le Mercredi 6 mai 2026
le Jeudi 3 mars 2022 15:25 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Éditorial

La journée officielle

La journée officielle
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Cette année, le thème de la Journée internationale des droits des femmes est Break the bias (détruire les préjugés). Le mot-clic #BreakTheBias a été lancé sur Internet. La campagne nous invite à nous interroger sur nos partis pris, sur les stéréotypes et autres formes de discrimination envers les femmes dans le monde.

La pandémie mondiale – qui perdure depuis presque deux ans – a amplifié certains préjugés auxquels les femmes autochtones font face.

Dans un article du site Web d’affaires publiques britannique openDemocracy le gouvernement fédéral dit « reconnaitre que les femmes autochtones font face à des défis uniques et complexes ». Un rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne avançait qu’une femme d’une collectivité autochtone s’était vue refuser des soins médicaux, accusée d’être « à la recherche de drogues ». D’autres personnes ont également fait part à cette Commission de leurs réticences à approcher les services publics, craignant d’être sujettes à des discriminations dues à leurs appartenances autochtones.

Depuis le décès de Joyce Echaquan, le traitement des femmes autochtones en milieu médical est sous étroite surveillance.

Un autre rapport, cette fois du Centre de collaboration nationale de la santé autochtone (CCNSA) nous informait qu’il y avait, selon leurs enquêtes, une « perte de confiance » dans le système pourtant censé apporter son aide.

Rien ne sert ici de parler de ceux et celles qui ont à cœur les causes soutenues par ces « journées officielles ». Leurs campagnes et mots-clics sont les bienvenus. Ces gens sont à saluer, leurs travaux à mettre en vedette, tout en sensibilisant et encourageant les autres à faire de même.

Ici, il s’agit plutôt de pointer du doigt la probable majorité d’entre nous, qui participe au problème, par passivité ou agentivité forcée.

D’une part, la mauvaise foi des uns qui, par acquit de conscience, se « prêtent au jeu », partagent des citations « motivantes » (à coup de mots-clics et autres outils) ; d’autre part, la nécessité de ce « jeu » qui, malgré le sentiment qui l’anime, participe à diriger le projecteur sur une scène triste en besoin de lumière.

Nous voici donc, encore, à « célébrer », le temps d’une journée, des vies humaines et leurs souffrances, leurs combats, leurs avoirs et leurs êtres.

En espérant – naïvement surement – que nous ne nous contenterons pas de célébrer – le temps d’une rotation de la Terre sur elle-même – les accomplissements de personnes, mais, également, que cette journée, ce mois, ces personnes célébrées soient une occasion de mettre en évidence des problématiques insidieuses, durables, qui, elles, ne se règleront pas en une journée « officielle ».