Si je vous décrivais une fosse de 15 pieds dans une baie peu profonde à accès très limité. Un endroit doté d’une eau peu limpide, entourée d’herbes marines et dont la température atteint déjà les 57 degrés Fahrenheit. Vous allez sûrement me dire : brochet!
Lorsque j’ai positionné mon bateau au-dessus de cet endroit, c’était exactement dans l’optique de prendre du gros brochet. J’avais donc utilisé un équipement des plus sportif afin de maximiser le combat : un petit « baitcaster » avec une canne à action rapide et un bas de ligne de 20 lb test.
Me voilà dans l’action et les lancés se suivent étroitement. Accompagnés de Marco Bilodeau et de Nicolas Lavoie, nous sommes tous les trois sollicités par une armée de brochets. Nous avons déjà réussi à attraper plusieurs spécimens de plus de quarante pouces, mais c’est le monstre du lac qui nous intéresse, celui qui fera en sorte d’animer nos discussions entre amis pour des siècles et des siècles…
Soudain, ma ligne plie en deux et je suis incapable de négocier le combat. En d’autres termes, c’est un combat à sens unique et je regrette déjà mon piètre équipement, si vous voyez ce que je veux dire. Je n’ai déjà presque plus de ligne en réserve et j’anticipe le pire. Je demande donc à mes deux frères d’armes de préparer une ligne à « downrigger », afin de pouvoir couper ma ligne et de la transférer sur celle-ci. Une manœuvre que j’ai déjà expérimentée avec Cynthia, ma conjointe, et Éric Gazaille lorsque celui-ci avait attrapé une grise géante qui avait brisé son moulinet…
Donc, comme j’ai un peu d’expérience dans ce type d’intervention, la manœuvre est un succès. Me voilà en mesure de négocier le combat et le monstre réagit déjà différemment. Le voilà qui approche du bateau et pour la première fois, nous sommes en mesure de le voir, ce qui provoque en moi une poussée incroyable d’adrénaline.
La voici, une immense truite grise d’au moins 60 lb. Le trophée d’une vie décide à nouveau de prendre les commandes et de regagner les profondeurs.
Selon moi, elle souhaitait voir à qui elle a à faire et maintenant que sa curiosité est satisfaite, elle n’a guère intérêt à refaire surface. En effet, après 45 minutes de combat, elle brise la ligne et me laisse dévasté par le sentiment d’avoir passé proche d’un record local, et peut-être même plus…
Encore aujourd’hui, je me remémore ce combat et je peux vous garantir que ce poisson devait peser près de 80 lb. Au fil des années, j’ai capturé plusieurs spécimens de 30 à 40 lb, et je vous confirme que celle dont je vous parle appartenait à une tout autre catégorie. J’ose croire que l’an prochain, elle sera au rendez-vous et là, l’histoire sera peut-être différente. Nous avons tous des histoires de pêche qui nous marquent au fer rouge, et bien moi, c’est celle-ci, et je vous souhaite à tous de vivre une telle expérience!