Liberté, visibilité, sécurité
Vous venez d’arriver dans le Nord et le machisme, l’inconscience ou la rareté des transports en commun vous suggère de vous déplacer à deux roues, même s’il fait -40? Ou vous êtes un vieux Yellowknifien, mais l’envie vous démange soudainement de devenir un de ces merveilleux givrés roulants qui filent comme des flocons entre voitures et trottoirs glacés? Quelques conseils venant de praticiens endurcis.
Ce n’était au départ le fait que de quelques cyclistes démoniaques, mais aujourd’hui, de plus en plus de personnes pratiquent le vélo d’hiver et Yellowknife n’y échappe pas. L’hiver, ici, il y a des gens qui traversent le Grand lac des Esclaves pour se rendre à Dettah; une de mes interlocutrices connait même un maniaque qui se rend quasi hebdomadairement à Behchoko. Suffit de mettre une ou deux couches de vêtements de plus qu’à Québec ou Moncton, et c’est tout. Étienne Croteau, opte pour des sous-vêtements en polypropylène, portés sous ses vêtements habituels, un coupe-vent et ses vêtements d’hiver. En vélo l’hiver, note le coordonnateur des projets culturels, on se réchauffe très vite. Je confirme. Étienne s’est de surcroît muni d’une gaine en matière synthétique qu’il place par-dessus son banc et qu’il peut à loisir apporter à l’intérieur pour la réchauffer.
Dawn Tremblay a une autre philosophie : « Il faut bien sûr mettre des vêtements qui coupent le vent, et s’habiller comme pour faire du ski, affirme la chef de bureau chez Ecology North. Mais moi, quand il fait -40, je ne fais pas de ski, alors je ne fais pas de vélo non plus! »
Sécurité
L’hiver, aux TNO, les longues heures de noirceur s’associent à la glace et aux amoncellements de neige pour mettre du piquant dans la vie de l’honnête cycliste.
Selon la Société d’assurance automobile du Québec, le tiers des accidents mortels touchant les cyclistes arrivent après la tombée de la nuit, alors que le nombre de cyclistes diminue pourtant beaucoup.
L’espace de roulement est réduit, et il faut le partager davantage avec les piétons, conducteurs et autres cyclistes, alors que la visibilité est elle-même amoindrie. CQFD : prudence et stratégie! Ayez au minimum des réflecteurs à l’avant et à l’arrière de votre vélo, et si possible sur vos roues. Munissez-vous de vêtements phosphorescents, comme les travailleurs de la voirie ou de la construction, à tout le moins de brassards. Il existe même un vélo phosphorescent, le Kilo, fabriqué par Pure Fix. « Et en tout premier lieu, recommande Dawn Tremblay, faites preuve d’intelligence et mettez un casque. »
Les pneus cloutés sont souvent adoptés, pour leur adhérence supérieure, pour sécuriser la conduite hivernale. Il en existe à 100 clous, d’autres à 360 clous, leur prix variant entre 70 $ et 185 $. Pour Étienne Croteau, les pneus à clous sont incontournables. Les siens lui ont coûtés 80 $ chacun plus 20 $ d’installation. Selon le magasin MEC, si votre budget ne vous permet d’acheter qu’un seul pneu clouté, procurez-vous un pneu avant.
« Quand j’ai commencé à faire du vélo d’hiver, commente Dawn Tremblay, je voulais tout bien faire, alors j’ai pris des pneus cloutés la première année. Ça m’a aidée à avoir confiance et je ne les ai pas remis l’année suivante et rien n’est arrivé. »
Pour faire face aux conditions climatiques, Étienne a opté pour un vélo à une seule vitesse, pour éviter que les mécanismes du dérailleur ne grippent, ainsi que des freins à disques, incomparablement plus efficaces que les freins conventionnels avec blocs de caoutchouc. Il existe des freins à disques hydrauliques et d’autres avec câbles, qui possèdent chacun leurs défauts et avantages.
Reste qu’il faut redoubler de prudence l’hiver et ralentir. Une voiture, une plaque de glace et hop, le pire peut arriver.
Balaclava et graisse de motoneige
Le magasin Overlander Sports est bien connu des cyclistes d’hiver… certains y ont même travaillé! David Stephens prodigue quelques conseils à ceux et celles qui veulent rouler l’hiver : « Restez visibles, gardez vos oreilles, vos doigts et vos orteils au chaud, et, évidemment, soyez prudents. Gardez votre chaîne bien lubrifiée, vos pneus bien gonflés. » David suggère le port du casque et, dans les grands froids, d’une cagoule (ou balaclava). Pour protéger les mains, l’entreprise vend des moufles analogues à celles conçues pour le kayak de mer. Overlander offre le service de mettre de la graisse de motoneige dans le moyeu de la roue arrière pour 25 $.
Les maniaques fortunés se procureront un modèle Pugsley, fabriqué par la compagnie Surly. Ce vélo quatre saisons est conçu pour passer à travers la gravelle, le sable, la neige et la glace. Il est équipé de freins à disques avec câbles. Son cadre peut recevoir des pneus d’une largeur allant jusqu’à 3 pouces et demi à l’arrière et 4 pouces et demi à l’avant. Il se détaille aux alentours de 2000 $.