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le Jeudi 6 mai 2010 11:56 | mis à jour le 20 mars 2025 10:37 Divers

« Bon sang, mais qu’est-ce que je suis venu foutre ici ? » Comment Patrick Poisson a secouru un voyageur

« Bon sang, mais qu’est-ce que je suis venu foutre ici ? » Comment Patrick Poisson a secouru un voyageur
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Planté devant une grande carte routière, le doigt filant sur tous les chemins possibles, Jean-Marie Prival est angoissé, pour la première fois depuis son arrivée au Canada. Comment s’évader de Hay River… rapidement?

 

Cette histoire rocambolesque aurait pu connaître un triste dénouement si Patrick Poisson, un francophone de Hay River, n’était pas intervenu au même moment.

« Je l’ai vu debout, le doigt sur la carte, avec son gros pack sac et son accent français quand il parlait anglais », raconte Patrick Poisson. Il s’est aussitôt dit qu’il pouvait peut-être faire la différence dans le voyage de ce gars, dont l’attitude désemparée criait à l’aide, dans cette station de bus un peu délabrée. « Il avait le choix entre repartir en se disant que Hay River c’était plate ou repartir avec une bonne impression », raconte Patrick, qui a décidé de lui donner l’opportunité de la deuxième option.

C’est un peu par hasard que Jean-Marie Prival, un Français (de Clermont-Ferrand précisément), est débarqué dans la petite communauté ténoise, la fin de semaine dernière. Il voulait se rendre à Whitehorse et, pas très pressé, il s’est alors dit : « Pourquoi ne pas aller voir dans cette direction? ». À son arrivée, le doute s’est emparé de lui : « Je me suis alors dit : Bon sang, mais qu’est-ce que je suis venu foutre ici ? »

Arrivé le 2 avril, à Montréal, Jean-Marie a, en moins d’un mois, visité la Gaspésie, Chicoutimi, Tadoussac, Montréal une deuxième fois, Toronto, Niagara Falls, Jasper et j’en passe. C’est en faisant du pouce en Gaspésie que le voyageur a rencontré le premier Québécois dont le joual lui était incompréhensible. Jean-Marie raconte que l’homme, dont la femme était au volant, buvait ses bières dans le camion en monologuant sur ses histoires de chasse (dont le pauvre voyageur ne pouvait d’ailleurs pas comprendre le langage). À Niagara Falls, Jean-Marie raconte qu’il a « rencontré une nana, Amanda » et qu’elle lui a proposé de l’amener « à Niagara-on-the-lake avec la bagnole de sa grand-mère ». Il a ensuite voyagé par bus de Toronto aux Rocheuses, en Alberta. Avec sa « discovery pass » de Greyhound, Jean-Marie peut voyager à sa guise au Canada, aux États-Unis et, même, au Mexique.

Parmi toutes ses aventures depuis avril, aucune d’elles n’avaient fait surgir le doute en lui, aucune, avant son arrivée à Hay River. Jean-Marie raconte qu’il a d’ailleurs continué de douter, dans les premières minutes de sa conversation avec Patrick, ce dernier portant des lunettes noires, des pantalons d’intérieur et une casquette bien calée sur la tête. « Au final, je ne regrette pas du tout ! », s’exclame toutefois celui qui a passé tout le week-end à Hay River où il a pu voir ses premières aurores boréales, visiter les chutes, faire un feu avec d’autres francophones et apprécier les merveilleux couchers de soleil sur l’horizon du Grand Lac des Esclaves.

Jean-Marie s’est dit enchanté de son court séjour à Hay River. Il a repris son pack sac, lundi matin, pour lever le pouce vers Fort Nelson. Ce Français, pas très pressé, compte se rendre à Whitehorse, puis en Alaska pour la fin mai. « Je devrais être au Mexique, en juillet », ajoute-t-il. Rien de moins !

 

Bon voyage Jean-Marie !