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le Jeudi 15 avril 2010 11:07 | mis à jour le 20 mars 2025 10:37 Divers

Aventure Les piétons du Grand Nord marchent vers Kugluktuk

Aventure Les piétons du Grand Nord marchent vers Kugluktuk
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Une traversée de 60 jours… de la taïga à la toundra.

Deux hommes et une femme marchent à travers la nature ténoise. Ils suivent le dernier tronçon d’une route déjà empruntée par l’explorateur et commerçant Samuel Hearne en 1772, alors qu’il perçait la toundra afin de rejoindre Coppermine, en partant de Churchill, au Manitoba.

Les trois piétons sont soutenus par une personne-ressource qui évolue en base arrière. Dominique Simonneau est restée à Yellowknife pour assurer soutien logistique, communication et ravitaillement jusqu’à ce que les piétons atteignent le village de Gaméti. Elle restera basée dans la collectivité du Nunavut, que l’on nomme désormais Kugluktuk, jusqu’au terme de cette aventure.

Dominique Simonneau apprend l’inuktitut depuis quatre ans à Paris. Pour elle, l’apprentissage de la langue est une façon de s’ouvrir à la culture, de mieux la percevoir et la connaître. Elle a lu Paul Émile Victor et Jean Malaurie, mais ces témoignages, même s’ils sont justes et intéressants, ne sont pas vivants pour autant. « L’acquisition de la langue va structurer cette façon de penser que l’on peut décrire comme une harmonie entre l’homme et la nature environnante. C’est une symbiose entre le monde animal, le ciel, l’humain, et les esprits. C’est une vision globale », interprète cette ancienne directrice de projet industrielle. Comme toute autre langue, c’est par l’immersion que Dominique pense trouver le temps et les ressources pour pratiquer sa conversation en langue eskimo-aléoute, qu’elle estime peu développée.

C’est aussi avec une vision globale que les piétons du Grand Nord veulent effectuer leur expédition. « Ce n’est pas un exploit sportif, ni une mission éducative ou scientifique. Nous voulons découvrir l’intimité du territoire, en étant dedans lors de notre progression lente et harmonieuse. Que ce soit à pied, en ski ou en raquette. Une aventure intime dans le territoire. Pour prendre le temps de l’apprécier et être attentif aux peuples de ce territoire, sa faune et ses Hommes », explique Mme Simonneau.

C’est à la fin du mois de mars que Domique Simonneau a rejoint les marcheurs pour les ravitailler lors d’un deuxième et dernier point de rencontre fixé durant cette randonnée de 60 jours. Personne-ressource chargée d’établir des contacts avec les communautés traversées, Mme Simonneau est témoin, à Gaméti, de la rencontre des piétons avec un résident de la communauté qui renseigne méticuleusement Pascal Hemon, le chef d’expédition, sur la mise à jour du passage pour se rendre à Kugluktuk. Joe Zoe rencontre Céline Espardellier, Yann Couillard et Pascal Hemon au hasard des opportunités, et se dévoile être une aide inestimable alors qu’il a lui-même remonté cette route ancestrale pour une expédition en motoneige, il y a quelques années. « Ses explications ont modifié la trajectoire initiale, raconte Dominique Simonneau, car en dépassant le Grand lac de l’Ours, les piétons passeront par le nord-ouest d’une formation rocheuse au lieu de la contourner par le sud, comme il était prévu. C’était très symbolique comme échange, c’est exactement l’expérience de terrain que l’équipe recherche. »

Leur avancée dans la taïga ténoise puis la toundra nunavoise, ne se veut pas traditionnelle du tout. Ils n’utilisent pas de branches d’épinette pour se coucher, ils ne font pas de bivouac au feu de bois, mais utilisent des réchauds pour cuire leur nourriture et chauffer leur tente. Le temps nécessaire pour établir un feu de camp est un temps de repos trop précieux pour ceux se déplaçant quotidiennement. Après cinq semaines d’aventure, les trois piétons touchent le Grand lac de l’Ours. Selon leur itinéraire, ils devraient atteindre leur destination dans trois semaines.