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le Jeudi 15 avril 2010 11:12 | mis à jour le 20 mars 2025 10:37 Divers

Aventure ténoise Deux bombardiers traversent le Grand lac des Esclaves

Aventure ténoise Deux bombardiers traversent le Grand lac des Esclaves
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Une expédition dans un véhicule peu ordinaire.

 

Rejoindre l’autre côté d’un lac peut se faire rapidement. Mais, lorsque l’on parle de rejoindre Hay River en partant de Yellowknife, que l’on prenne un avion, une automobile ou un bateau, l’autre bord du Grand lac des Esclaves n’est jamais à quelques minutes. En autoneige (Bombardier), ce sont dix à douze heures de conduite sur glace qui sont nécessaires pour parcourir en ligne presque droite les 195 km qui séparent les deux plus grandes villes des TNO. Pour la première fois de sa vie de pêcheur, Shawn Buckley, de Hay River, a entrepris cette aventure afin d’illustrer la pêche commerciale à des élèves de Yellowknife. Faisant l’aller au début de la dernière semaine de mars, c’est après deux semaines d’intervention éducative qu’il reprend le chemin du retour avec ses deux véhicules.

« C’est essentiel de suivre une route déjà tracée lorsque tu avances sur la glace, remarque-t-il. Car avec cette trace, tu sais que tu es déjà passé par là et que la glace est sécuritaire. À quelques mètres de ta route, la glace peut être moins solide et même dangereuse. »

Au milieu de la nuit, sous les aurores boréales et les myriades d’étoiles, la quête des deux lignes parallèles tracées à l’aller se révèle un casse-tête utile contre la fatigue. À chaque fois que la piste est perdue, l’autoneige avance en zigzag pour retrouver, à la lumière de ses phares, ses subtiles empreintes glacées. Si les quatre yeux du conducteur et de son copilote n’arrivent pas à déceler l’ancienne voie, il faut faire demi-tour et reprendre la même piste pour déterminer l’endroit où le bombardier n’aurait pas dû bifurquer. Si cette étape n’est également pas fructueuse, il faut sortir aux alentours, et chercher ces traces avec une lampe de poche à la main. Ce fréquent rituel, couplé aux remplissages des réservoirs d’essence, morcelle la monotonie de cette conduite nocturne et permet aux deux équipages de discuter autant que de se dégourdir les jambes.

Stéphanie Vaillancourt, qui a conduit le deuxième bombardier durant ces douze heures de traversée, témoigne de l’importance de casser la routine et le bourdonnement du moteur : « C’est au début que je me demandais pourquoi c’était si important de suivre ces traces. On perdait beaucoup de temps et je me disais “coudonc, on peut pas juste foncer et mettre un peu de kilomètres derrière nous”. Mais au moins, il se passait toujours quelque chose, et vers 6 h 30 du matin, juste après le lever du soleil, j’étais à deux minutes de donner le volant à mon copilote si Shawn n’avait pas arrêté pour remplir les réservoirs d’essence. ». Entre fissures, zones de glace infranchissables et problèmes techniques, la jeune francophone admet retenir le moment fort où l’équipage a discerné, à l’horizon, la silhouette du High Rise de Hay River. « À ce moment-là, j’ai su que ça achevait », raconte-t-elle. Yves Lécuyer un autre participant de cette aventure, se sent privilégié d’avoir traversé un des plus grands lacs au Canada en Bombardier. « C’était probablement ma seule chance de pouvoir le faire, j’ai aimé cette grandeur et cette glace en mouvement. »