le Jeudi 7 mai 2026
le Vendredi 4 avril 2008 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Économie

Un projet qui fait l’unanimité ou presque… Expansion hydroélectrique de Taltson

Un projet qui fait l’unanimité ou presque… Expansion hydroélectrique de Taltson
00:00 00:00

Accueilli favorablement par la plupart des communautés autochtones du territoire Akaitcho, le projet d’expansion hydroélectrique de la rivière Taltson fait plutôt l’objet d’un mécontentement du côté de la Première nation de Lutsel K’e.

La séance publique d’information qui s’est tenu en mars dans cette communauté située à l’est du Grand lac des Esclaves a laissé bien des questions sans réponse et les résidents de Lutsel K’e craignent que l’établissement de lignes électriques à proximité de leur territoire aient des impacts irréversibles sur l’habitat naturel de l’endroit.

Le projet prévoit le développement de la centrale hydroélectrique déjà existante de Taltson, situé à 56 kilomètres au nord-est de Fort Smith. La production hydroélectrique de cette centrale, qui se situe actuellement à 18 mégawatts, serait accrue de 36 mégawatts additionnels sans nécessiter la construction d’un nouveau barrage. Les nouvelles capacités de la centrale permettraient d’alimenter en électricité les principales mines de diamant situées plus au nord par le biais de 690 kilomètres de lignes de transmission.

Selon les estimations de Dezé Energy Corporation, le promoteur du projet, cette expansion hydroélectrique diminuerait énormément les émissions de gaz à effet de serre aux TNO en permettant de fournir une énergie renouvelable qui remplacerait les quelque 90 millions de litres de diesel nécessaire à chaque année pour alimenter des mines comme Ekati, Diavik ou Snap Lake.

Le projet a été soumis à l’Office des terres et des eaux de la vallée du Mackenzie en 2007 qui a ensuite exigé, en octobre dernier, qu’une étude d’impact environnemental plus approfondi soit menée. Le dossier est maintenant dans les mains de l’Office d’examen des répercussions environnementales de la vallée du Mackenzie (OEREVM) qui vient d’ailleurs tout juste de soumettre un document de référence à la Dezé Energy Corporation cette semaine. La corporation doit maintenant répondre aux exigences de l’Office et lui remettre un rapport détaillé sur les différents aspects et impacts du projet dans les trois prochains mois.

L’agent de projet à l’OEREVM, Patrick Duxbury, avise que l’étape des audiences publiques devrait se dérouler quelque part à l’automne, possiblement en octobre, si tout se déroule comme prévu. Par ailleurs, dans son scénario idéal, la Dezé Energy Corporation aimerait que la construction débute en 2009 pour que la production d’électricité commence au plus tard en 2011.

Précisons que la Dezé Energy Corporation regroupe trois partenaires, soit l’Akaitcho Energy Corporation, la Métis Energy Company Ltd. et la NWT Energy Corporation. Les Premières nations Akaitchos, la nation métisse des TNO et le gouvernement territorial ont donc chacun des intérêts dans le projet.

Lutsel K’e contre le projet

La communauté de Lutsel K’e et son conseil de bande font pratiquement cavalier seul dans leur opposition au projet d’expansion hydroélectrique de Taltson. Adeline Jonasson, chef du Conseil déné de Lutsel K’e, affirme que les autres premières nations Akaitchos n’ont pas autant de raisons de désapprouver le projet, car ils seront loin de subir les mêmes conséquences.

« Nous sommes la communauté qui sera le plus impactée. Les lignes à haute tension vont passer à travers nos territoires ancestraux. Nous sommes une communauté très traditionnelle, ici, et nous dépendons de la terre et des animaux », a-t-elle indiqué.

Parmi les nombreuses appréhensions de la communauté de 400 habitants, on retrouve les conséquences écologiques des lignes de transmission d’électricité sur les populations de caribous, les territoires de trappe et de chasse ou les zones de pêche. On dénonce aussi que ces lignes traverseront des sites sacrés sans compter les impacts négatifs sur le tourisme dans ce secteur reconnu pour ses expéditions de chasse, de pêche et de canot.

De plus, la population craint que cette expansion hydroélectrique ne soit que le début d’une série d’un développement minier et d’uranium dans le secteur. Ultimement, la communauté croit qu’elle doit être maître de l’utilisation de son territoire. « Quand on a quelque chose de cette envergure, il ne faut pas juste penser au présent. Il faut aussi regarder les effets à long terme du projet. Qu’est-ce que ça va représenter pour nous au bout du compte? », a lancé la chef de Lutsel K’e.

Adeline Jonasson concède que le fond du projet est bon en permettant une éventuelle diminution des gaz à effet de serre. C’est plutôt le choix actuel du tracé des lignes électriques qui l’importune, car trop près de la communauté. Elle avoue qu’elle serait beaucoup plus en faveur du projet si le tracé retenu serait plus à l’ouest du Grand lac des Esclaves ou si le promoteur optait pour des câbles électriques sous-marins pour traverser le lac, alternative qui serait cependant plus onéreuse.

Le ministre veut que ça bouge

Pour sa part, le ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles, Michael Miltenberger est persuadé des bienfaits de cette expansion hydroélectrique. « Ça semble être un bon projet pour nous. Le gouvernement est partenaire à un tiers. Nous avons un client [les mines], c’est une énergie propre et ça va réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ça va faire plusieurs bonnes choses », a-t-il déclaré.

Le ministre insiste que les infrastructures sont déjà en place sur le site de la gorge de Taltson. « Nous disons qu’il y a déjà un projet existant et que nous faisons juste une expansion relativement modeste. Ce n’est pas un projet entièrement nouveau ce qui constitue, nous pensons, un facteur d’atténuation », a-t-il poursuivi.

Concernant le processus actuel d’analyse des impacts environnementaux par l’OEREVM, M. Miltenberger souhaite que l’exercice se déroule rondement. « Nous voulons être sûrs que l’évaluation soit fait avec diligence, mais voulons-nous que ça traîne pendant deux ans? Non, nous ne voulons pas », a-t-il conclu.