Sur la route qui s’élève vers le Yukon, les pics sont nombreux et les vallons aussi. L’autoroute de l’Alaska chemine sur la frontière entre la Colombie-Britannique et le Yukon, si bien que sur une distance de 300 km tout juste avant Watson Lake vous traversez le 60e parallèle pas moins de neuf fois. Heureusement qu’il n’y a pas de panneau à chaque fois, vous ne verriez plus le paysage!
Plus vous vous éloignez vers l’Ouest et plus vos choix de destinations se limitent enfin si vous voulez rejoindre un grand centre. Whitehorse au Yukon en continuant la grande route, Juneau la capitale de l’Alaska pour toucher le Pacifique un peu plus au sud, Fairbanks ou Anchorage encore aux États-Unis, mais plus au Nord-Ouest. En ces temps glaciaux, la vision de naviguer sur des étendues non gelées au milieu des fjords bordant la chaîne de montagne côtière peut être la plus alléchante. Passé un poste de douane où l’on vous remercie de présenter des passeports, la route entre la Colombie-Britannique et l’Alaska est une descente éblouissante vers l’océan Pacifique. Skagway et la ruée vers l’or, débute un périple en traversier. De nuit ou de jour, les bateaux de l’autoroute maritime de l’Alaska permettent aux automobiles et aux piétons de relier les villes côtières de l’état américain à travers de profonds fjords le plus souvent embrumés. L’hiver, les prix déjà abordables des admissions à bord sont soumis à une ristourne de 30 % pour encourager les déplacements aller-retour. L’air salin, la houle, le voyage… peu de choses que l’on peut mettre ensemble sur le Grand lac des Esclaves. L’arrivée à Juneau s’effectue en auto de préférence, car le terminal n’est pas à la porte (50 km du centre-ville). La ville se fait charmeuse grâce à ses températures pluvieuses, la grandeur de ses arbres et de ses montagnes, et lorsque la neige s’invite, les hauteurs du centre-ville proposent de belles pentes de luges et des paysages d’une juste tranquillité. À quinze kilomètres de la ville, une route s’arrête devant l’un des glaciers le plus observés du monde : le glacier Mendenhall. Là encore, luge ou déambulage sur ski de fond pour traverser le lac glaciaire, peuvent remplacer la simple marche sous ces températures clémentes. Et une fois de plus, il faut se présumer chanceux d’apercevoir la montagne derrière la mer de glace car le plafond nuageux permanent en cette saison au sein de la forêt Tongass change d’altitude à l’occasion.
On arrive à Juneau par bateau ou par avion. Ainsi, après quelque temps, c’est un bon endroit pour se dire qu’il est temps de retourner. Alors s’en suivent les six heures de bateau et les 1 200 km avant la première ville des TNO, Fort Liard. Prendre la route l’hiver demeure une aventure jusqu’à bonne destination. Elle se transforme parfois en véritable safari nordique, grâce aux multiples rencontres avec la faune sauvage le long des routes. La blancheur étonnante de la route et ses grands espaces libres sur les bas côtés sont trop lumineux pour ne pas voir le derrière d’un bison même en pleine noirceur. Et des caribous, lynx, coyotes, mouflons de Dall, ce sont les orignaux les plus furtifs, les seuls à ne pas prendre le temps de vous observer alors que vous vous arrêtez pour une séance de photos.