le Jeudi 23 avril 2026
le Vendredi 28 septembre 2007 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

Aventure Pour celui qui aime l’espace, c’est au Canada que ça se passe

Aventure Pour celui qui aime l’espace, c’est au Canada que ça se passe
00:00 00:00

Fabien Docet vient d’Angers, une ville à l’ouest de la France. Depuis quelques mois, il a entrepris une véritable expédition à travers le Grand Nord canadien : marcher en solitaire une distance de plus de 6600 km en moins de dix mois. Ça commence par une envie, par le besoin de faire quelque chose de différent des sentiers battus de l’Europe. Après vient un an et demi de préparation et puis le 5 juillet 2007, c’est le départ de la capitale du Yukon. Ensuite, il n’y a toujours aucune certitude, juste du cœur et de l’effort.
« La nature prend une tout autre dimension quand on la côtoie ainsi. Je me suis donné comme priorité de ne laisser aucune trace de mon passage dans la nature. Tout au long de mon voyage, je transporte mes déchets jusqu’à la prochaine étape et je ne prends que des photos et des notes sur mon journal », explique Fabien.
Cet aventurier qui ne parle presque pas l’anglais vient de s’arrêter à Hay River pour acheter quelques soupes instantanées et des bottes d’hiver en prévision du froid à venir alors qu’il continue sa route vers Fort Smith. « En fait j’espère qu’il va faire froid, dit-il, car à cette prochaine étape, je laisse mon Carrix (un engin roulant permettant de transporter du matériel en tout terrain) et je récupère ma pulka (traîneau pour le ski de fond). Pour relier Fort Smith aux TNO à Wollaston en Saskatchewan, il n’y aura plus de sentier ni de route. Je vais passer sur les lacs gelés de la forêt boréale avec des skis et parfois des raquettes. Pour faire cela, il faut qu’il gèle. »
Fabien est déjà très heureux de pouvoir continuer son aventure. « Je fais ça pour moi, je n’ai pas vraiment de cause, lesquels m’auraient permis d’avoir plus de commanditaires. Mais même si c’est quasiment tabou en France, je revendique que je le fais pour le plaisir. Ça demeure une véritable aventure, car je ne sais jamais si je vais repartir ou pas. Dernièrement c’est seulement à Entreprise que j’ai su que l’équipe qui me soutient en France avait déniché un fournisseur québécois qui me donnerai une pulka. Maintenant je sais que je peux me rendre jusqu’à Churchill en Ontario après c’est toujours en suspens » confit-il.
Même si c’est la première fois qu’un homme tente cette expédition, Fabien se détache très aisément de la notion d’exploit. « Je le fais au jour le jour, je découvre des coins fabuleux. Je suis passé par le sentier du patrimoine Canol, qui est un des passages les plus difficiles en Amérique du Nord. J’ai traversé ces montagnes sur plus de 1000 km en autonomie totale. C’était très dur, mais je referai ce voyage juste pour cette immensité, cette faune au naturel et cette tranquillité. Alors que j’ai traversé sur 6 km, le fleuve Mackenzie avec mon petit canot portable, j’ai compris la différence entre un fleuve canadien et la Loire qui passe à côté d’Angers. »
Le marcheur ne sait pas vraiment où il passera la nouvelle année, car à cette époque, il sera proche de Churchill, mais proche aussi des ours blancs. Malgré lui, il sera dépendant aussi des changements climatiques et de leurs influences sur les délais des migrations nordiques de ces mammifères marins. D’après lui, il devrait rejoindre la ville de Québec durant le mois de mars. Il fallait qu’il se fixe un nombre de jours pour accomplir sa traversée, car il a sa famille en France et d’autres choses à faire aussi. « Je suis encore dans les temps, mais je ne me prends pas trop la tête avec ça, c’est juste que ce serait trop facile de rester des jours et des jours dans ces petites villes que je visite. Alors, je m’arrête quand j’en ai besoin et pour le plaisir d’une bonne douche chaude ou alors quand je suis obligé comme au prochain ravitaillement. »
Le soir, Fabien regarde souvent la Grande Ourse, Callisto, d’après le nom d’une jeune guerrière de la mythologie, qui s’est vu transformé en ourse par Héra la femme de Zeus. C’est aussi le nom qu’il a donné à son association basée en France, une entité juridique pour qu’il puisse ouvrir un compte bancaire au nom de cette expédition et peut-être recevoir des subventions. Pour lui cette constellation qui ne se couche jamais lui permet de poursuivre son chemin sous ce ciel nordique.