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le Vendredi 7 septembre 2007 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

À la limite de l’insouciance… Expédition en canot à travers le Nord canadien

À la limite de l’insouciance… Expédition en canot à travers le Nord canadien
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Il s’est retrouvé sur une île déserte sans pagaie, il a marché tout trempé pendant trois heures par une nuit froide pour trouver de l’aide et il s’est même permis de crier après un ours noir qui voulait manger ses derniers vivres. Décidément, le voyage en canot de Vincent Cochin n’a pas été de tout repos.

Le Français de 23 ans est finalement arrivé en un seul morceau à Yellowknife, le 22 août dernier, après un périple d’environ 2000 km sur la rivière Peace, la rivière Slave et le Grand lac des Esclaves. Il était parti de Mackenzie, un village de Colombie-Britannique aux abords du Lac Williston, deux mois et demi plus tôt.

« À la base, je devais aller jusqu’à Chesterfield dans la Baie d’Hudson. Il fallait que je me dépêche pour y aller. Et comme vers la fin août, le niveau des rivières est plus bas et que c’est moins navigable, j’ai décidé d’arrêter. Il fallait que je me trouve du travail pour l’hiver et Yellowknife était un bon endroit », a expliqué le jeune homme.

Vincent Cochin a donc revu ses plans et se donne maintenant l’objectif d’atteindre la Baie d’Hudson en canot ou peut-être même en kayak pliable, celui-ci étant moins volumineux et plus léger, pour la fin de l’été 2008.

L’hiver suivant, il compte entreprendre un voyage en traîneau à chien à travers l’Arctique pour se rendre ultimement jusqu’au Groenland. La Sibérie et d’autres régions d’Asie pourrait aussi suivre dans ses projets à très long terme. « Je ne sais pas où je vais me rendre. Ça peut durer cinq, huit, quinze ans ou même toute une vie », a déclaré le passionné des peuples inuit.

« Le but, c’est d’aller à la rencontre des gens. C’est apprendre de ces gens et apprendre à vivre dans l’Arctique comme les Inuits. J’ai beaucoup plus d’intérêt pour ce peuple que les autres peuples autochtones », a indiqué Cochin.

C’est pourquoi il considère que son récent voyage en canot « n’est qu’une introduction ».

« Il faut oser »

Le Français originaire de Normandie confie n’avoir fait du canot qu’à une seule occasion avant son grand départ au mois de juin. Selon lui, son expérience minime dans le domaine ne constituait pas un danger, mais plutôt un défi.

« Qui tente rien, n’a rien! Il faut oser! Et quand tu l’as fait, tu es content de l’avoir fait », a lancé l’aventurier.

D’autant plus que son expédition est venue bien près de ne jamais avoir lieu. Cochin raconte que sa mésaventure a commencé alors qu’il a tenté à partir de Mackenzie d’emprunter une petite rivière, la Morfee Creek, avec son canot pour rejoindre sa destination de départ aux abords du Lac Williston.

Cette balade en canot qui s’annonçait sans histoire s’est finalement transformée en cauchemar alors que le courant inattendu de la rivière a pris le dessus, amenant le canot à chavirer.

Vincent Cochin a perdu tous ses bagages incluant son argent et n’a récupéré que son canot. Isolé, trempé de la tête aux pieds et voyant la nuit approcher, le pauvre homme s’est donc résolu à marcher durant trois heures dans la forêt, une seule sandale aux pieds, pour trouver de l’aide. Après avoir essuyé un premier refus, le rescapé a finalement trouvé quelqu’un qui a accepté de l’emmener au village de Mackenzie. Sans le sou et ne parlant pas beaucoup anglais, le jeune homme a finalement pu compter sur l’aide du curé de l’endroit qui lui a payé une nuit à l’hôtel.

Le lendemain, Vincent Cochin ne se faisait plus d’illusion et avait déjà mis une croix sur son projet, mais c’était avant qu’il rencontre un couple des environs qui l’a aidé à retrouver ses bagages dans la Morfee Creek. Ces bons samaritains l’ont aussi hébergé pour lui donner le temps de sécher ses vêtements et son matériel et ils sont allés le porter directement avec le canot à son point de départ.

« Je pensais déjà à aller travailler sur un ranch pour l’été, mais grâce à eux, j’ai pu repartir cinq jours après », a déclaré le jeune homme très reconnaissant.

Cochin raconte que la suite du voyage a été relativement sans histoire si on compare avec cette mésaventure. Il faut dire que, contrairement à la Morfee Creek, le pagayeur était bien documenté sur son itinéraire avec des cartes fluviales des différents cours d’eau qu’il devait franchir.

Mais le périple a quand même eux son lot d’anecdotes. À commencer par cette petite frousse sur la rivière Peace, non loin du village de Peace Point, alors que le courant l’a amené dans des rapides très mouvementées. Son canot a cependant su tenir le coup. « Un Indien m’avait prévenu à Garden Creek, mais comme mes cartes ne parlaient pas de ces rapides, j’en ai pas vraiment tenu compte. C’est quand j’ai vu les rapides en question que j’ai compris. Je me suis dit que j’allais encore y laisser toutes mes affaires. J’ai pagayé le plus fort que je pouvais pour ressortir le plus rapidement des trois passages de rapides. Après, je ne regardais plus le canot de la même manière. Je me suis dit que c’était vraiment un bon canot », a souligné le Français.

Plus loin dans son périple, le jeune aventurier s’est retrouvé emprisonné sans pagaie sur une petite île dans le Grand lac des Esclaves à proximité de Lutsel K’e. « J’avais cassé ma première pagaie la veille et, par malchance, j’ai cassé ma deuxième la journée suivante. J’ai réussi à me rendre sur une île juste à côté. Mais là, j’étais pris sur une île sans pagaie. Je pensais en avoir pour plusieurs jours avant qu’on me retrouve », a-t-il dit. Finalement, des Autochtones qui passaient par là le lendemain ont remarqué le drapeau blanc qu’il avait hissé et sont venus l’aider. Le francophone raconte aussi l’anecdote où il a dû empêcher un ours noir de manger sa nourriture. « Pendant que je montais ma tente, je le voyais à côté en train de manger des petits fruits. Il était très maigre et ne faisait pas bien peur. Il était peut-être même malade. Plus tard, je l’ai surpris à fouiller dans mon canot où se trouvait ma nourriture. Je lui ai crié après et il est parti en grognant », a-t-il expliqué, le plus sérieusement du monde.

« Sur le coup, tu ne te rends pas compte. Quand tu y repenses… c’est sympa », a-t-il simplement réalisé, lorsque faisant le point sur les diverses situations qu’il a vécues.