Le 30 juin, les travailleurs de la mine Ekati ont voté à hauteur de 66 % en faveur d’une première convention collective, mettant ainsi fin à la grève qui perdurait depuis le 7 avril.
L’entente ne contient aucune nouvelle provision sur l’ancienneté en cas de mise à pied. « Cependant, nous avons obtenu la reconnaissance des vacances et des congés », ajoute le président du Syndicat des travailleurs du Nord, Todd Parsons.
Dorénavant, les employés cumulant moins de cinq années de travail pour la mine auront droit à une journée supplémentaire de travail, alors que ceux qui travaillent pour la mine depuis plus de cinq ans auront deux journées de plus. Pour ce qui est des congés relatifs à Noël, le vice-président pour la région du Nord de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Jean-François Des Lauriers, fait savoir que cette question n’est pas réglée, « mais qu’il y aura des procédures de consultation conjointe pour en discuter ».
Todd Parsons et Jean-François Des Lauriers refusent de révéler quel a été le taux de participation au vote qui se tenait au cours de la semaine dernière. « Tout ce que je peux dire, c’est que je suis content du taux de participation et que c’est supérieur à ce dont nous nous attendions », dit Parsons.
Selon M. Parsons, il s’agit d’une procédure syndicale normale de ne pas dévoiler le taux de participation à ce genre de vote. « Nous suivons nos règles et notre constitution. Je ne vois pas pourquoi on laisserait cette information couler vers l’employeur. Ça ne servirait pas notre intérêt », dit-il.
Rappelons que les travailleurs syndiqués qui décidaient de ne pas participer au vote avaient l’occasion de ne plus être membres en règle du syndicat. « Tous les nouveaux employés devront cependant être membres du syndicat et ceux qui n’ont pas participé au vote pourront aussi signer leur carte de membre », d’indiquer M. Des Lauriers.
Ce dernier ne peut cependant spécifier si cette possibilité de se retirer d’un syndicat ressort fréquemment d’un processus de négociations au Canada.
Jean-François Des Lauriers reconnaît qu’au cours de ces négociations, le syndicat n’a pas obtenu tout ce qu’il désirait, « mais il s’agit d’une première étape ». De son côté, M. Parsons se rabat sur le fait qu’il s’agit de la première convention collective obtenue par des travailleurs du diamant au Canada et que ces derniers pourront dorénavant compter sur un cadre légal pour le règlement de leurs griefs et différends.
« Le syndicat ressort de cette grève extrêmement renforcé, croit Jean-François Des Lauriers, je suis très encouragé par la participation et la mobilisation des travailleurs. Les gens ont pu s’identifier en tant que syndicalistes, et pour plusieurs, il s’agit d’une première expérience du monde syndical. En plus, ils étaient confrontés à l’un des employeurs les plus difficiles. C’est certain qu’il y a des gens qui ont été découragés, mais d’autres ont été galvanisés ».
M. Des Lauriers s’attend d’ailleurs à d’autres négociations difficiles au cours de la prochaine année, alors que la présente convention collective prendra fin le 31 août 2007. « Nous serons particulièrement prêts. Ces deux mois de grève nous ont permis de roder la machine, d’établir de meilleurs contacts et de faire connaître la cause de ces ouvriers », dit-il.
De son côté, Todd Parsons croit que le syndicat sera en meilleure position pour la prochaine ronde de négociations. « Nos membres ont confirmé leur volonté d’être représentés par le syndicat et l’employeur n’aura pas le choix de le reconnaître. Ce sont les membres qui nous diront ce qu’ils veulent. De notre côté, tous les sujets seront ouvrables », dit-il.
Pas de pénalité pour les récalcitrants
Au cours de la dernière ronde de négociations entre le syndicat et l’employeur, le Conseil canadien des relations industrielles a ordonné au syndicat de ne pas imposer de pénalité à ses membres ayant traversé les lignes de piquetage durant la grève. « C’est quelque chose que nous avons contesté, mais ça nous a été imposé et on doit vivre avec », de mentionner M. Des Lauriers, qui ne saurait dire s’il s’agit d’un précédent canadien en matière de relations industrielles.
Cependant, Todd Parsons croit que le milieu syndical canadien « devrait être préoccupé par le fait que le Conseil canadien des relations industrielles a obligé une organisation à violer sa propre constitution ».
Les détails de l’entente
En plus des journées de vacances supplémentaires accordées, les augmentations salariales générales seront de 1,5 %. De plus, l’employeur devra accorder des augmentations salariales équivalentes à une moyenne de 4,5 %.
L’entente comprend aussi des primes de maintien en poste et des bonus de retour au travail. La nouvelle convention collective prévoit des processus de règlement des différends et des griefs et un processus pour régler les problèmes liés au harcèlement, « étant donné qu’il s’agit d’un milieu de travail où l’on peut se faire intimider par le patron », prend soin de préciser Jean-François Des Lauriers.
Enfin, les travailleurs pourront compter sur un comité de consultation, et un comité conjoint sur l’équité, visant les groupes sous-représentés comme les Autochtones, les handicapés, les femmes et les groupes ethniques.
Du côté patronal
À l’annonce des résultats du vote, la mine Ekati a fait parvenir un court communiqué aux médias signalant sa satisfaction « que nos employés aient accepté une première convention collective qui offre des bénéfices et des compensations de niveau mondial, qui confirme la protection et la sécurité de notre équipe et qui honore nos accords sur les bénéfices et les impacts socio-économiques ».
Les deux parties sont présentement à discuter d’un protocole de retour au travail. Selon la partie patronale, ce retour se fera par étape, à partir de la mi-juillet.