Le conflit de travail qui vient de se terminer avec la conclusion de la première convention collective des employés de la mine Ekati a été dur. Dans son poème coup de poing « Speak white », Michèle Lalonde parle de « l’éternité d’un jour de grève ». Cette grève-là a duré presque trois mois.
Quand on voit ce que les employés ont finalement accepté, on est en droit de se demander si le jeu en valait la chandelle. Hormis des minces augmentations de salaires, un jour de congé de plus pour les employés à la solde de BHP Billiton depuis plus de cinq ans et un processus de résolution de conflit, il n’y a pas beaucoup de gains. Rappelez-vous les semaines qui ont précédé la grève : le syndicat claironnait qu’il ne cherchait pas d’augmentations salariales. Ce qu’il réclamait c’était une échelle salariale fondée sur l’ancienneté plutôt que sur l’évaluation subjective des travailleurs, davantage de congés pour compenser les quarts de travail forcenés à la mine et des possibilités d’avancement égales pour les travailleurs autochtones. Rien de tout cela n’a été obtenu. Et le contrat n’est valide que pour un an. On dirait presque que le syndicat a acquiescé à une offre insatisfaisante parce qu’il n’avait plus l’énergie nécessaire pour poursuivre la bravade.
Il ne faut pas s’en étonner, cette grève était mal partie depuis le début. Les travailleurs ont quitté la mine au moment même où le fiasco des routes de glace forçait une diminution de la production. Le rapport de force n’était pas là. Et puis ces grévistes qui franchissent les lignes de piquetage, qu’il n’y en ait que quelques uns comme l’avançait le syndicat, ou plusieurs dizaines comme fanfaronnaient les patrons, ça ne fait pas très sérieux. Et pour finir en beauté, on refuse de dévoiler le pourcentage de travailleurs ayant exercé leur droit de vote. Si le taux de participation avait été aussi satisfaisant que ce qu’on nous raconte, il n’y aurait pas de raison de le cacher.
Soyons clairs : le secteur des diamants est contrôlé par une poigné de colosses farouchement anti-syndicaux. Si les travailleurs du Nord veulent tirer le meilleur de ces emplois, ils devront être solidaires, stratégiques et déterminés. Nous ne sommes pas encore là.