Lundi Matin, le vol de Northwestern en partance pour Edmonton transportait un passager bien spécial. Celui qui a été pendant près de huit ans le curé de la paroisse de Fort Smith est rentré chez lui.
« À 83 ans, je n’ai plus la santé pour m’occuper d’une paroisse », a lancé le père Cueff sur un ton calme et réaliste. « Ça sert à rien de se leurrer alors je fous le camp. »
Membre de l’ordre religieux des Oblats de Marie, Cueff a choisi de se retirer dans une maison de retraite du sud de la France, tout près d’Avignon. Après 43 ans dans le Nord, il aurait pu choisir la maison de retraite de St-Albert, en Alberta, une autre maison dédiée aux prêtres de cet ordre, mais il préfère passer ces derniers jours à parler français.
Depuis son arrivée à Fort Smith en juillet 1963, il a eu très peu d’occasions de parler français avec ses paroissiens. D’abord, il a dû apprendre l’anglais, puis quelques mois plus tard il est muté à Fort Chipewyan, où il doit se lancer dans l’apprentissage du Cri.
Ces 27 ans de ministère sur le bord du lac Athabasca lui ont permis de maîtriser le Cri et de nouer des liens étroits avec la dizaine de familles de l’endroit.
« Au début je faisais ma tournée en traîneau à chiens et en canot, » dit Cueff, « pis plus tard j’ai eu un ski-doo. »
Ce sont ces premières années qui ont été les plus excitantes. Nouer des liens et traduire quelques pièces de littératures en cri ont été des défis exaltants pour père Cueff.
Après Fort Chip, ce fut Black Lake pour neuf ans, puis il revint à Chip pour six années. En 1995, il part trois ans en mission à Tahiti et à son retour en 1998 il devient prêtre de la Cathédrale St. Joseph à Fort Smith.
Après toutes ces années à Fort Smith, il garde de merveilleux souvenirs de la communauté et des paroissiens, mais il admet tout de même que sa mission ici a été une des plus difficiles.
« Les gens n’ont pas d’intérêts ici, » dit Cueff attristé, « Ni dans l’Église ou la religion, ni dans quoi que se soit d’autre »
Dans une entrevue, vendredi dernier, il a dénoncé l’apathie des jeunes de Fort Smith.
« La nouvelle génération ne veut rien entendre sur l’Église, » dit-il, « ils ne s’intéressent qu’aux jeux vidéo; même leur éducation en souffre, et c’est dommage. »
C’est donc un prêtre divisé qui repart pour l’Europe. D’un côté il y a 43 ans de mission et d’efforts, de l’autre la réalité qui frappe. À son arrivée, il y avait plus de cinquante prêtres de son ordre, aujourd’hui il n’en reste que six. Bien que la plupart des gens se disent toujours catholiques, peu sont prêts à vivre selon les voies de l’Église et pour Cueff il n’y a pas de compromis.
« Le catholicisme est basé sur la vie de Jésus d’abord et avant tout, mais l’histoire de l’Église, bonne ou mauvaise, fait aussi partie intégrante de la religion. »