le Mercredi 6 mai 2026
le Mercredi 4 avril 2001 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:35 Francophonie

Vive le bénévolat!

Vive le bénévolat!
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Après cette fin de semaine du Caribou Carnaval, l’heure est propice de parler du bénévolat, pour ne pas dire pour rendre hommage au bénévolat. Cette fin de semaine, célèbre entre toutes ici, à Yellowknife, nécessite une grande logistique et un déploiement de bénévoles impressionnant. Un grand nombre de personnes se succèdent pour venir sucrer le bec de la ville de Yellowknife au complet, sans parler des villages environnants et des touristes de toutes provenances. À part quelques exceptions (…), les gens arrivent heureux et souriants, contents de collaborer à cette belle entreprise. Chacun prend son poste, qui à vendre des billets, qui à prendre des commandes, qui à faire bouillir le sirop, qui à verser la tire sur la neige bien tassée. Des clients se présentent un peu timides, et nous avouent humblement ne pas savoir que faire. On leur suggère de regarder leurs voisins et d’y aller allègrement du bâton. Ils avancent parcimonieusement vers les tables, pas certains si l’exercice va leur plaire. Les Japonais opinent du bonnet quand on tente de leur expliquer qu’ils doivent garder leur bâtonnet toute la journée et qu’ils peuvent alors revenir. On est pas certain si le message a passé, bien que leur mine réjouie semble nous confirmer que si. De petits enfants, poussés par leurs parents, se cachent derrière ceux-ci, se demandant bien dans quoi on les a embarqués. Les adolescents, fiers de leurs expériences antérieures retrouvent des airs d’enfance en brandissant fièrement leur bâtonnet de la couleur des adultes. Ils ont sauté le pas. Peu leur importe de payer un dollar plus cher cette année, en raison de leur âge. La couleur de leur bâtonnet révèle qu’ils sont maintenant des adultes…du moins pour la tire d’érable. Certains reviennent même changer leur bâtonnet quand ils se rendent compte qu’au malheur, on les a pris pour des enfants alors qu’ils crient fièrement leur âge. D’autres ados, un peu moins fortunés ou qui ont simplement grandi plus vite que les autres nous avouent timidement qu’ils ne sont pas encore tire d’érablement adultes. Le doute ne nous effleure pas. Une fois les arrhes versées, les ados se bousculent à la table pour attraper la plus grosse ligne de tire. On a beau leur dire qu’ils peuvent revenir jusqu’à trop plein, rien n’y fait. C’est à qui aura le rouleau le plus dégoulinant sur son bâtonnet. La tire coule sur leur visage, les mains sont collées, le manteau porte les traces du précieux sirop. Pour reprendre une expression jadis à la mode : Y’a rien là! Est-ce que ça se lave, ça? Ça doit! On verra! Pour le moment, pas question de faire attention. La manne ne passe qu’une fois par année, et il faut bien vite se gaver, car il faudra ensuite attendre un an pour regoûter au merveilleux élixir. Quand j’étais plus jeune, lors d’un voyage au Mexique, j’avais connu une famille mexicaine. Le grand-père, d’un âge canonique, m’avait naïvement demandé si j’avais déjà vu ces arbres du Canada qui donnaient du miel. L’image m’est toujours restée présente à la mémoire et évoque pour moi des promesses d’Eden et de paradis. Le grand-père avait vraiment exprimé la réalité dans ce qu’elle a de plus joli, de plus exotique. Point n’est besoin de savoir que pour que nos arbres réussissent à donner cette sève sucrée, ils doivent d’abord passer par un rude hiver. Heureux de voir revenir le printemps, les arbres coulent allègrement, généreux et reconnaissant envers la Nature. Bref, tout ce beau processus de tire qui ne vient pas d’ici, mais qui trouve des échos bien ancrés chez les gens du Québec et de l’Ontario (presque toute la production mondiale vient de ces deux provinces), réussit à regrouper la plus grande participation de bénévoles de l’année, ici à Yellowknife. Et chaque année, depuis des lustres, le même phénomène se reproduit. Les bénévoles sont remplacés par d’autres, les gens vont et viennent, mais la même générosité se manifeste avec le même enthousiasme. Bravo à toutes les personnes qui ont participé. J’espère que tout comme moi, vous aurez eu l’occasion de vous sucrer le bec et de bien garder en mémoire le goût que vous ne retrouverez que l’an prochain. On se revoit à la Cabane à sucre des bénévoles. Ciao!

genevharvey@yahoo.com