Oui, il faut prononcer ce titre à haute voix, car on sent mieux ainsi que le processus est enclenché et qu’il se poursuivra sans relâche, jusqu’à ce que ce soit le temps de virer de bord. Bon! De quoi parle-t-on ici? Je vous le donne en mille. Je parle, bien, sûr, ça va de soi et c’est clair pour moi, des jours qui rallongent. Qui n’a ressenti, au profond de son être, une sorte d’angoisse le gagner, pour le pas dire le poigner, quand, partant travailler, il fait noir comme chez le loup, et sortant du boulot, il fait noir comme chez le diable. Au secours! Ce n’est pas aisé, que de gérer le sentiment de nordicité qui s’empare alors de vous…et si je le dis ainsi, c’est bien pour faire joli et ne pas étouffer davantage. Pour ma part, tout ça est fort bien géré. Étant ici depuis si longtemps, on dirait que lorsque les jours recommencent à raccourcir, je me sens bien, surtout quand il recommence à faire noir assez tôt le soir, en automne. On dirait que j’ai besoin de ça pour refaire le point, pour me recentrer. Par contre, à ce temps-ce de l’année, quand les journées se font de plus en plus longues, tout d’abord de façon imperceptible, puis un bon matin, ça y est, ça fait du bien! Non seulement on s’en rend compte, mais on pousse une exclamation étonnée! Ainsi, par les temps qui courent, c’est donc à dire en cette seconde semaine de février, les changements sont surprenants. Pour ma part, je quitte la maison assez tôt, soit vers 7 h 30. Ce n’est pas encore clair, mais à 8 h 30, heure d’ouverture des bureaux en général, il ne fait plus noir. Et vers 17 h, heure de fermeture, il ne fait pas complètement noir. Wow! Il est bien évident que ce n’est pas avant le 21 mars (ou le 20 ou le 22, je ne sais pas exactement cette année) journée de l’équinoxe, que nous allons dépasser nos voisins du sud pour la longueur des journées. En effet, la journée de l’équinoxe, les jours ont chez nous, comme à l’équateur, comme ailleurs, douze heures de clarté et douze heures d’obscurité. Donc, alors qu’à l’équateur, les journées vont continuer de se dérouler sur le même pattern, soit douze heures, douze heures, nous, de l’hémisphère du nord, nos jours vont se mettre à rallonger jusqu’aux solstices d’été qui ont lieu vers le 21 juin (ou le 20 ou le 22). Dans l’hémisphère sud, c’est en décembre qu’à lieu le solstice d’été et que les jours les plus longs prévalent au pôle sud. À l’équateur : le statu quo.
Ainsi donc, comme en équateur les jours comptent, à peu de choses près, pratiquement toujours douze heures de clarté et douze heures d’obscurité, serait-ce à dire que les gens qui y vivent auraient une stabilité de vie plus grande que la nôtre ou que celle des gens du pôle sud? Je plaisante, ça va de soi. Mais je n’envie pas les gens vivant à l’année à l’équateur. Ils ne ressentiront jamais la douce euphorie qui s’empare de nous lorsque les jours rallongent et rallongent, que la neige fond et fond (car n’oubliez pas que plus vous allez vers l’équateur, moins vous avez de neige, ça va de soi), plus les oiseaux reviennent et viennent égailler nos déplacements de leurs pépiements si joyeux. Non, je crois qu’à ces moments, les gens du nord n’envient pas les résidents de l’équateur. Par contre, quand pas un son d’oiseau n’est perceptible, à part le cri rauque d’un corbeau courageux, que la neige crisse sous vos pas, que le frimas s’accapare de vos cils et de vos sourcils…et des moustaches de ceux qui en ont, alors, je me demande si dans le plus profond et même dans le moins profond de lui-même, le pauvre piéton du nord ne se demande pas sérieusement s’il ne devrait pas déménager dans des contrées plus clémentes. Eh oui, voilà les états d’âme qui nous touchent tous, pas en même temps, pas nécessairement à la même époque, mais qui envahissent nos pensées les plus secrètes et celles qui le sont moins.
Courage, nouveaux arrivants. Le printemps s’en vient, avec son cortège de petits plaisirs incomparables. Et suivra l’été… si euphorisant, si énergisant, si incomparable! Oui, ça vaut la peinede passer par l’hiver pour avoir le bonheur de connaître ensuite l’été et de se laisser doucement envahir par l’automne, annoneur des aurores boréales. Puis l’hiver, on fait un peu comme la nature : on se repose, on réfléchit, on se débarasse d’une vieille couche de feuilles (j’allais dire de peau) pour en préparer une toute nouvelle pour le renouveau qui s’en vient. S’il y a un lieu qui nous fait bien percevoir la nature dans toute sa grandeur, dans toute sa dûreté, dans toute ses surprises, c’est bien ici, dans le Grand Nord.
Courage! Le printemps commence à se faire sentir. Je vous laisse à vos observations et à vos pensées. Bonne fin d’hiver!
genevharvey@yahoo.com