L’autre décès causé par une attaque d’ours, cette semaine aux TNO, est vraiment chose inquiétante. Il y a deux semaines, quand une Québécoise s’est fait tuer, à Canmore, en Colombie-Britannique, j’ai entendu aux nouvelles nationales, qu’il s’agissait du dix-neuvième décès attribuable à un ours depuis cent ans au Canada! Celui de Hay River cette semaine serait donc le vingtième! De deux choses l’une : ils se sont trompés aux nouvelles, ou il y a de plus en plus d’attaques d’ours. Car je vais vous dire, si ça fait vingt personnes à se faire tuer par un ours récemment, j’ai eu connaissance de six de ces décès en moins de dix ans : celui de Hay River, la semaine dernière, de Canmore il y a à peine un mois, de Québec, où une jeune athlète des TNO s’est fait tuer sur la base militaire, celui du jeune garçon, ici, près du lac Prosperous, il y a moins de cinq ou six ans, et les deux personnes de Liard Hot Springs, il y a moins de dix ans. Un homme était allé porté main forte à une femme qui se faisait attaquer par un grizzli, et ils se sont fait tuer tous les deux, sur le trottoir de bois menant aux sources thermales. Il ne reste donc que quatroze décès en quatre-vingt-dix ans, ce qui me semble peu, toutes proportions gardées. C’est beaucoup, mais peu par rapport à six en moins de dix ans! Vous me suivez?
Les ours sont de moins en moins chassés. Il y en a de plus en plus. Leurs territoires sont de plus en plus envahis par l’homme. Est-ce que ça le rend plus agressif? Il semble bien si on examine tout ça à la lumière des récents événements. Chose certaine, il y a eu beaucoup plus que des décès causés par des ours. Elles sont nombreuses, les histoires de personnes attaquées par des ours. Ici, dans le Nord, nous sommes vraiment sur leur territoire. Vous avez peut-être déjà aperçu un ours en vous promenant en ville, ou tout près de la ville. Pour ma part, le plus près de la ville que j’en ai vu, c’est au dépotoir. En sortant de la ville, alors là, je ne vous dis pas. Je me souviens d’en avoir vu douze entre Yellowknife et Fort Simpson, en un seul voyage. Et ce n’est pas une histoire de pêcheur. Tous des ours noirs. Les grizzlis sont beaucoup plus à l’ouest, dans les montagnes. Le grizzli qu’on a abattu, au début du printemps, ici à Yellowknife, était égaré. C’est quasiment aussi étonnant que de se retrouver face à face avec un ours polaire dans la région. Ce n’est pas du tout leur territoire. Et non, on n’en a jamais vu dans les parages, Dieu merci! Pourtant, le petit ours noir timide semble bien agressif, de nos jours!
Je ne suis pas là pour vous dire ce qu’il faut faire si vous voyez un ours. Il y a des sites qui sont vraiment consacrés à ça, et qui sont préparés par des experts en la matière. Qu’il me suffise de vous dire de faire du bruit quand vous êtes dans le bois, de parler fort, de rire fort, de bien marquer votre présence, pour que les ours ne s’approchent pas. Pour le reste, si vous arrivez face à face à un ours, il y a bien des conseils. Faites pour le mieux, et Dieu vous soit en aide! Ça semble fataliste? Ça l’est, en effet.
Pour ma part, je peux vous dire que depuis que le jeune garçon s’est fait attaquer, il y a cinq ou six ans, je vais beaucoup moins dans le bois. Je ne relaxe plus autant quand je me retrouve seule à lire dehors. Je cherche vite la présence des autres. La nuit, dans une tente (et ça fait longtemps que ça ne m’est pas arrivé), le moindre craquement me garde éveillé la nuit (même s’il fait clair). On ne donne pas cher de sa peau, dans une tente, quand un ours décide de mettre sa grosse papatte dessus. Donc, plus ça va, plus je suis craintive dans mes déplacements dans la nature sauvage. Car après tout, il ne faut pas oublier que nous sommes sur leur territoire, les ours, quand nous sommes dans le bois. Et que souvent, au printemps, et au début de l’été, ils sont affamés, les ours, et qu’ils sont prêts à faire bien des choses pour se nourrir et nourrir leurs petits et défendre ces derniers. Donc, gare à vous! Vous ne devriez pas vous aventurer seul. À deux ou plus, les chances de s’en sauver sont plus grandes, car vous faites plus de bruit et êtes plus menaçants pour l’ours.
Cet article ne vise pas à vous faire peur, mais bien à vous rappeler, encore une fois, qu’on vit en plein territoire d’ours. Nous sommes chez eux, nous les repoussons de plus en plus. Ils réagissent quelquefois avec violence. Le fait d’en être consciente peut peut-être nous sauver la vie un jour. Juste un tout petit mot à propos des choses qu’on vend pour décourager les ours, soit les « bear bangers» et les canettes de poivre. Pour ces dernières, si vous n’êtes pas certain de savoir vous en servir, évitez ça, car non seulement vous pourriez vous retrouver avec des difficultés à respirer, en plus d’avoir à affronter un ours. Pour ce qui est des canettes à bruit, ça ne nuit pas de s’en servir, pour annoncer votre présence, mais attention de ne pas faire sursauter un ours dans les parages, qui pourrait décider de se sauver dans votre direction. Soyez bien sûr de l’utilisation de ces outils pour éloigner les ours. C’est un peu comme si on me donnait un fusil pour me défendre. Ce serait peine perdue, car je ne sais pas comment ça fonctionne, moi, un fusil. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas de permis! Logique, non?
Et dire que moi, quand j’étais jeune, c’était des histoires de loups qu’on nous racontait pour nous faire peur!
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