Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de mon ami Charles, de vous brosser son portrait. Il s’agit du fils de mes amis Louise et Richard. Je connais Charles depuis qu’il est tout petit. Il devait avoir à peine trois ans quand je l’ai connu. Déjà, il avait une façon de raisonner qui nous impressionnait. Un enfant unique, élevé par des adultes, ça prend des façons de parler vraiment comiques des fois. Souvent, il avait des réflexions, on aurait dit un adulte.
Cet enfant-là était toujours content, très sociable, il était toujours prêt à laisser ses jouets aux autres. Il n’avait pas de problèmes à se faire des amis. Nous allions souvent camper ensemble, une gang, et je me souvient d’une fois et j’aperçois sa bicyclette à laquelle il manquait un bout de poignée. On aurait dit que le bout qui manquait avait été grugé par un petit rongeur, genre écureuil, si vous voyez ce que je veux dire. Je demande donc à Charles qu’est-ce qui était arrivé avec la poignée de sa bicyclette, et il me répond, sérieux : – J’ai pris une bouchée. – Quoi, t’as pris une bouchée! Pourquoi? Et il répond, imperturbable – Je voulais savoir de ce ça goûtait. Chaque fois que je repense à cette histoire, j’en ris encore.
Une autre fois, il devait alors avoir cinq, il revenait avec moi dans ma van (une Westfalia qu’il adorait), et un chauffard est venu nous couper, en nous montrant le doigt, parce que, j’imagine, on n’allait pas assez vite à son goût. Charles, témoin de la chose me dit bien sérieux : le monde est donc pas poli, hein, Geneviève! Et tout en se brassant la tête, il continue : le pire, c’est qu’on peut rien y faire! Mon petit philosophe venait de parler. Je vous jure, il avait cinq ans à peine. Une vraie réflexion d’adulte passée par ce petit garçon bien attaché à côté de moi m’a encore une fois bien étonnée.
Un jour, Charles, sa mère, le chien et moi revenions du camping. Il s’était mis à tonner et à éclairer, et nous avons décidé de vite revenir en ville. Le tonnerre et les éclairs, dans ce coin de pays, c’est rare comme d’la marde de pape, si vous me passez l’expression qui fait tellement bien image. Donc, Louise et moi étions devant, et Charles était assis derrière avec la chienne qui avait vraiment peur de ces éclairs. Elle était donc appuyée de tout son poids sur un petit Charles d’environ quatre ou cinq ans, et comme elle était assez lourde (il s’agissait d’un labrador) Charles pleurait, effrayé par les éclairs, et surtout écrasé du poids du chien. On arrêtait, poussait le chien qui s’empressait dès que la voiture repartait d’aller chercher consolation auprès de Charles qui l’aimait beaucoup, la flattait, mais qui n’était pas prêt à supporter son poids. Et le voyage s’est ainsi passé jusqu’à notre arrivée en ville où l’orage a pris fin. Il n’a pas plu une seule goutte, cette fois-là.
Mon ami Charles a grandi, beaucoup grandi. Il me dépasse, dépasse sa mère et son père. Il fait maintenant plus de six pieds et c’est un beau grand gars costaud, toujours aussi gentil et toujours aussi toujours prêt à aider, à partager. Il a maintenant seize ans et, croyez-le ou non, il conduit maintenant mon ancienne van, pas la Westfalia, mais une autre que j’ai eue après. Et il conduit bien. Et je vous jure qu’il ne lui viendrait plus à l’idée de goûter à ses poignées de bicycle. J’ai pensé aujourd’hui écrire un petit article à son sujet pour lui rendre hommage, ce qui m’a permis de faire une petite incursion dans mes souvenirs, et pour bien débuter cette journée de dimanche (j’écris toujours mes articles le dimanche matin, en me levant) tout ensoleillée. J’espère vous avoir fait sourire, et surtout, j’espère avoir fait rire Charles. Et je vous laisse là-dessus, en vous souhaitant un petit Charles dans votre vie!
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