La réforme de la langue fransaise
J’imagine que vous le savez, on a décidé d’apporter de grandes transformations à la langue française. Est-ce un bien ou un mal? Je ne suis pas là pour juger, mais je peux vous donner mon humble opinion. Je suis partagée entre différents sentiments. Chose certaine, comme je suis en général habituée d’écrire en tentant de ne pas faire d’erreurs ou de fautes de français, pour moi, me plier à cette réforme, ce sera comme si je décidais d’inclure des fautes dans mes textes. En effet, écrire compte-gouttes un compte-goutte et des comptes-gouttes, pour moi, toute la logique propre au génie de la langue disparaît, tout comme si on faisait disparaître ce petit accent circonflexe de disparaitre. Bien beau de simplifier, mais je me souviens, quand j’ai appris les noms composés, on m’avait appris comment écrire compte-gouttes, un compte-gouttes et des compte-gouttes, compte invariable, car il s’agit du verte et gouttes, toujours pluriel, car il y a toujours plusieurs gouttes. Et je ne l’ai jamais oublié. Mais que là on vienne me dire d’écrire compte-gouttes sans aucun s au singulier et deux s au pluriel, ça n’a aucun sens. Ne venez surtout pas me dire que c’est plus simple ainsi pour les enfants. Allons donc! Les enfants d’aujourd’hui sont aussi intelligents que nous l’étions à l’époque. Pourquoi ne comprendraient-ils pas les règles que nous avons comprises alors!
Que le plus-que-parfait du subjonctif disparaisse, cela me laisse plutôt froide, car il était tout doucement disparu de l’utilisation courante. Nous n’entendrons donc plus de jolies phrases du genre « Encore eût-il fallu que je le fusse » (pour ne pas me servir du verbe savoir qui pourrait choquer de jeunes oreilles peu habituées aux subtilités de notre belle langue). Non, Molière ne cessera jamais de charmer nos oreilles, mais le fait de réformer empêchera peut-être les générations futures de bien apprécier l’art d’écrire que fut celui de maître Poquelin, dit monsieur de Molière.
Je sais, les experts le crient haut et fort : la langue est en perte de vitesse. Les jeunes se rendent à l’université sans savoir écrire leur langue. Quelle calamité. Où ont été les manques. Qui a commis les erreurs? Les jeunes sont-ils moins intelligents qu’autrefois? Je crois qu’il n’est pas évident de répondre à ces questions, et je n’ai sans doute pas les connaissances pour pouvoir apporter des réponses à ces questions. Mais en tant que traductrice et d’amoureuse de la langue française, je peux vous dire sans me tromper que ces réformes font peur. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que la langue est vivante et qu’il faut l’adapter sans cesse. Si on avait eu peur d’apporter des changements à cette langue, on écrirait encore comme à l’époque de Rabelais, et la langue n’aurait pas fait l’objet de l’évolution qu’on lui connaît. Mais j’ai peine à croire que notre petit accent circonflexe va disparaître! Je vais m’ennuyer de ce sympathique petit chapeau! Et à ce que j’ai entendu, on va se débarrasser du ph pour adopter le f. Ainsi, un fénomène a-t-il autant de sens qu’un phénomène? Pas certaine! Et que dire du fonétique et du foque (je parle du loup de mer, ne vous énervez pas trop)? Pas certaine si je serai portée à écrire téléfone avec un f! Et ne demeurera-t-on pas estomaqué devant un fosfate bien campé? Et un fonografe bien vétuste?
Oh! pas certaine si je vais m’adapter, mais que dis-je! Il le faut. Pas le choix. On attend les consignes. Mais pendant la période de changement, on peut croire que toutes les fautes pourront se justifier par la réforme. Je n’ai pas d’exemples en tête, mais je suis certaine que vous êtes assez futé pour en trouver de votre cru (qui l’eût cru, encore eut-il fallu qu’il eut crû). Bon, amusez-vous, tout comme je vais tenter de le faire. Mais je sais que les choses peuvent changer vite. Je vous donnerai en exemple la Turquie, qui, avant les années 1920 écrivait sa langue avec les signes arabes et qui a changé avec l’écriture romaine, tout comme nous, sous les ordres d’Ataturk, le père de la nation turque. La réforme a été suggérée et mise en place en l’espace de quelques mois. Et ça marché. Donc, on peut apporter quelques réformes à la langue française, sans qu’on y perde notre latin, si vous me passez l’expression. On verra en temps et lieux. Pas certaine que cette réforme se fasse à la vitesse où s’est faite la réforme de la langue turque. Il y a des gens qui ne se déménagent pas si facilement dans la langue française, et je parle des Académiciens français, pour ne nommer qu’eux. On verra bien. pour ma part, je me pratique à faire des fautes, car que je le veuille ou pas, pendant un certain temps, je ne pourrai pas m’empêcher de penser que paraitre écrit sans accent circonflexe, c’est une faute. Quand est-ce que ça s’en vient, ces réformes. Plus tôt qu’on ne le croirait. C’est à surveiller! C’est commencé en certains endroits. Et bonne chance aux enseignants qui devront oublier ce qu’ils ont appris et réapprendre les nouvelles règles. On est pas sorti du bois! Je vous laisse réfléchir à tout ça. Non, la cédille ne disparaîtra pas, car ca sans cédille, ça donne encore ka comme son. À moins qu’on décide de remplacer les cédilles par des s, et qu’on se mettre à écrire ça comme sa. Vous voyez l’imbroglio d’ici! Sa sent mauvais. Je m’arrête ici, car je pourrais continuer indéfiniment. Et si jamais vous voyez une ou des fautes dans un de mes articles, dites-vous qu’il s’agit peut-être de là de la réforme qui prend le dessus. Je plaisante.
On en reparle.
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