le Jeudi 12 février 2026
le Vendredi 14 janvier 2005 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

La Nation dénée fricote avec les syndicats

La Nation dénée fricote avec les syndicats
00:00 00:00

La Nation dénée, l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du Nord (STTN) étudieront le monde du travail sous la lorgnette des Dénés, a-t-on annoncé le 7 janvier.

« Nous avons convenu de financer un projet de recherche pour voir comment, entre autres, il serait possible d’inclure les principes et valeurs traditionnels des Dénés ainsi que nos caractéristiques culturelles dans les conventions [collectives] », explique la chef de la Nation dénée, Noelline Villebrun.

À titre d’exemple, Mme Villebrun mentionne qu’une éventuelle convention collective adaptée à la culture dénée pourrait inclure une clause autorisant les travailleurs à prendre congé pour prendre part à la chasse printanière traditionnelle. Ou encore que la notion de famille immédiate soit étendue aux oncles, tantes et cousins pour permettre aux travailleurs dénés de s’absenter du travail pour assister aux funérailles de leurs proches, comme le veut la tradition.

Le président du STTN, Todd Parsons, indique que la recherche se penchera aussi sur le comportement des multinationales du secteur des ressources naturelles face aux travailleurs autochtones. Ces compagnies, dit-il, « viennent ici et tentent de se présenter comme de bons citoyens corporatifs. Mais. en même temps, elles traitent les Autochtones avec beaucoup de mépris ailleurs dans le monde. Nous voulons documenter les façons dont ces compagnies agissent envers les Autochtones. »

Le vice-président de l’AFPC pour la région du Nord, Jean-François Deslauriers, estime pour sa part que les résultats de cette étude pourront servir lors des négociations avec les employeurs. « Nous devons faire cette enquête exhaustive si nous voulons tenir un discours qui colle à la réalité des travailleurs dénés », affirme-t-il.

La question du respect des quotas d’employés originaires du Nord sera aussi abordée. Déjà en juillet, Jean-François Deslauriers déclarait à L’Aquilon que BHP Billiton, qui opère la mine diamantaire d’Ekati, ne respectait pas ses quotas. Une opinion à laquelle la chef de la Nation dénée s’est dit d’accord. « Je ne crois pas qu’ils respectent leurs quotas », a-t-elle dit. L’étude sera l’occasion de vérifier ces allégations.

Un syndicat déné ?

« Cela ne signifie pas nécessairement que nous allons joindre le syndicat », a répété à plusieurs reprise Noelline Villebrun lors de l’annonce du projet. Mais la chef n’écarte pas pour autant l’idée d’un syndicat à la déné. Loin de là.

Elle évoque les Navajos qui ont formé une organisation pour représenter les travailleurs autochtones de l’Arizona. « Je voudrais voir ce qu’il y a dans leur convention et comment on pourrait mettre en œuvre quelque chose de similaire pour les Dénés », déclare-t-elle. « Si les Navajos ont pu le faire en Arizona, je ne verrais pas pourquoi nous ne pourrions pas le faire ici », ajoute la chef laissant la porte grande ouverte aux spéculations sur les intentions de la Nation. Or, c’est un secret de polichinelle que les syndicats n’ont pas particulièrement la cote chez les Autochtones. L’étude conjointe se penchera donc sur la question de la perception des syndicats par les Dénés.

« C’est quoi le problème, au Canada et dans le Nord ?. Pourquoi les Autochtones sont-ils méfiants vis à vis des syndicats et comment pouvons nous changer cela ? », demande Jean-François Deslauriers qui compte sur les résultats de l’étude pour orienter l’approche de l’AFPC dans ses relations avec les Dénés.

Pour sa part, la chef de la Nation dénée pense que les syndicats peuvent jouer un rôle positif pour faire respecter les droits des travailleurs dénés. Noelline Villebrun, qui précise qu’elle ne souhaite pas faire la part belle aux syndicats, se souvient qu’elle est devenue membre d’un syndicat pour la première fois, dans les années 1980. Elle travaillait, alors, sur l’oléoduc de Norman Wells. « Avec le syndicat nous étions certains de recevoir un salaire horaire de 14,98 $. C’était garanti nous n’avions pas à nous battre pour ça. […] Pendant ce temps, il y avait des gens qui remplissaient des sacs de sables à 50 cents de l’heure, parce qu’ils n’étaient pas membres », raconte la chef.

Les résultats de cette recherche devraient être connus d’ici le début juin.