N’allez surtout pas croire que la température n’y est pour rien dans ma décision d’écrire sur l’hiver! Vous vous fourvoieriez de la belle manière. Je n’étais pas dupe au point de croire que cela pouvait vous arriver, mais encore fallait-il entrer dans le vif du sujet, et voilà le chemin tortueux que j’ai adopté! Ceci étant dit, attaquons-nous à la bête, si je peux m’exprimer ainsi (et je le peux, car l’auteur ne peut-il pas se permettre toutes ses fantaisies?).
Tout comme vous, je me suis couchée hier soir en me disant : « Espérons que ça va se réchauffer cette nuit ! », tout en sachant pertinemment que si le temps doit s’adoucir, ce ne sera probablement pas en pleine nuit, mais bien au courant de la journée. Pourtant, c’est comme une enfant à qui on avait promis le Père Noël que je me suis couchée hier soir (j’écris mon article dimanche matin, pour vous démêler). La première chose que j’ai faite ce matin, c’est de vérifier combien il faisait. -36º degrés bien comptés, avec un facteur de refroidissement éolien que je vous passe sous silence. Eurk! C’est le mot qui m’est venu à la bouche. Et j’ai un doute de ne pas avoir été la seule à proférer une grossièreté ce matin. Je ne sais pas ce que nos concitoyens de langue anglaise ont dit, mais le holy cow a dû revoler.
De retour de vacances le 7 janvier, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre le capitaine nous annoncer qu’il faisait –6 à Yellowknife. Je n’en croyais pas mes oreilles! Par contre, le vent se levait, et déjà, quand nous sommes sortis sur la piste, l’évidence s’imposait : ça chutait dangereusement, pas les gens, le temps. Depuis cette date fatidique, le temps a oscillé entre –35 et –50, parfois avec le facteur éolien, d’autres fois, sans. On ne rit plus.
De toute évidence, on habite la Grand Nord (enfin le début du Grand Nord… on est au nord du soixantième parallèle, ne l’oubliez pas), mais on n’est pas des ours polaires.
Ceux d’entre vous qui n’ont pas encore réalisé l’utilité des combinaisons (à panneaux ou pas) n’ont pas à se promener à pied. Le plus gros effort qu’ils ont à fournir est de « peser sur le pitonneux pour décoller leur char ». Les personnes qui doivent marcher, ne serait-ce que quelques minutes connaissent bien, elles, toute la nécessité de ces sous-vêtements. Sans ça, le vent s’infiltre, s’installe… et vous risquez de craquer… en deux, comme un drap sur la corde à linge, l’hiver, que vous décidez d’entrer. Vous ne faites pas attention, et crac! Le drap casse en deux. Vous ne me croyez pas. Écoutez plutôt la petite histoire que Jim Corcoran (le vrai et l’unique) m’a racontée, un jour qu’il était de passage ici, et que je faisais une entrevue à la radio avec lui.
Un jour que Jim était à Inuvik avec ses musiciens, il est allé dehors voir les aurores boréales qui, justement, faisaient également un spectacle ce jour-là. Il faisait très froid. On avertissait Jim de rentrer, mais subjugué par le spectacle céleste, Jim n’en faisait qu’à sa tête et admirait les rideaux magiques. Au bout d’un certain temps, sentant le froid s’infiltrer en lui, il décide de rentrer. En mettant les pieds à l’intérieur, il entend un grand crac. Ses bottes (je ne peux pas vous donner la marque, car je ne m’en souviens plus, mais de bonnes bottes en matériau spécial pour le froid), ses bottes, donc, venaient de se fendre en deux à cause du froid! Ce n’est pas une histoire inventée. C’est une histoire vraie, qui m’a un jour été racontée et qui, vous vous en doutez bien, m’a fait rire aux larmes et qui me fait rire encore. Pas vous? Je ne voudrais point insinuer que le sens de l’humour n’est peut-être pas ce qui vous caractérise, mais…
Toujours est-il que par ces grands froids, la peau ne tarde pas à causer des engelures pernicieuses. Il faut bien se couvrir, car gare! Une fois que vous avez gelé une partie de votre corps, elle demeure fragile pour le reste de vos jours.
Vous ne me croyez pas! Une petite dernière histoire, bien moins intéressante que l’autre, mais quand même. Quand j’avais douze ans, je me rendais à l’école à pied, par jour de grand froid. À cette époque, point d’autobus scolaire. On allait à l’école à pied ou avec quelqu’un qui nous y menait, sinon, tant pis. Donc, ce matin de froid sibérien, même si j’étais vraiment habillée comme un ours, je me suis gelé le genou et depuis, par les temps de grands froids, le genou me fait mal et à tendance à regeler.
Je souhaite de tout coeur que lorsque vous lirez ces lignes, le temps aura grimpé quelque peu, et que vous pourrez rire un peu, car là était malgré tout le but de mes propos : vous dérider un peu par ces temps de grands froids arctiques; laissons donc faire le sibérien!
Je vous souhaite malgré tout un bel hiver. Après tout, n’oubliez pas qu’on habite le Grand Nord, ainsi que je le disais au début. Si on avait voulu de la chaleur, on serait allé s’installer ailleurs, ne croyez-vous pas? Ceux qui ont répondu non doivent réviser leur tir et devraient peut-être songer à déménager. Pour ma part, ça me fait un bon sujet de doléances, ce qui me convient parfaitement. J’haguis l’hiver? Pas tant que ça. Juste quelques degrés moins froid, et on repart!
Bon, il faut que je décolle mon char… pas de pitonneux!