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le Vendredi 5 mai 2000 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:35 Société

Paris-Iqaluit-Clyde River! Portrait du Nord

Paris-Iqaluit-Clyde River! Portrait du Nord
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Née dans la petite bourgade de Somain dans le nord de la France, elle obtient sa license en philosophie-linguistique à l’université de Lille. Désirant poursuivre ses études à Paris pour habiter dans la même ville que Jean-Paul Sartre, elle prépare son déménagement dans la ville lumière. L’année où elle part pour Paris, Sartre meurt. Faible consolation, elle assiste toutefois à l’enterrement du grand philosophe existentialiste.

Elle fait ensuite une license de japonais. Puis, par hasard, elle tombe sur une petite annonce posée sur un babillard. « Je vois un petit papier à la FAC sur lequel on annonce le début d’un cours d’inuktituk à raison de 2 heures par semaine », raconte Sylvie Panéak. « Comme j’ai toujours été fascinée par le Nord quand j’étais môme, je m’inscrit au cours », poursuit Sylvie. Elle part ensuite effectuer un stage de six semaines à Iqaluit. À la fin de son court séjour, elle ne le sait pas encore, mais son futur mari [et papa de ses deux petites filles] l’attend! « Suzanne, qui supervisait mon séjour là-bas, m’avait demandé d’aller chercher des papiers dans le bureau de Loseosie [prononcer Loosi Oosie]. Dès le premier regard…», se rappelle Sylvie avec un sourire rêveur.

De retour à Paris « ça m’avait tellement plu, j’étais vraiment branchée, alors je me suis dit que le plus facile c’était d’immigrer dans le Nord », explique-t-elle. Lorsque cette dernière se présente à l’ambassade du Canada à Paris, « le gars de l’ambassade ne savait pas où se trouvait Iqaluit et il m’a dit – Ça fait 25 ans que je suis en poste ici, et on ne m’a jamais fait une demande pareille », raconte Sylvie. Elle obtient ses papiers très rapidement et elle est de retour dans le Grand Nord le 12 octobre 1992. Depuis, elle n’est jamais retournée en France!

Elle se marie avec Loseosie et ils déménagent en juin 1993 à Clyde River, le village natal de son mari où vivent 800 habitants. Clyde River est situé à 725 km au nord de la capitale du Nunavut. Au mois de septembre, maman met au monde la petite Tania.

Les premières années, maman parle en français à sa petite puce, mais lorsque Tania atteint l’âge de deux ans, elle ne répond que lorsqu’on lui parle en inuktituk. « Un jour elle m’a demandé de ne plus lui parler en français. À l’école, la langue d’enseignement était l’inuktituk. De plus, je parle à son père en anglais, alors elle a appris l’anglais naturellement. Elle devait trouver que c’était bizarre que je sois la seule à parler en français autour d’elle », révèle Sylvie. « Ça ne m’est jamais venu à l’idée que mes enfants ne parleraient pas français », s’exclame-t-elle.

« Toutefois, depuis que nous sommes à Yellowknife, elle me demande – Que veut dire ce mot en français », soutient Sylvie qui semble fière de voir ce soudain intérêt de la part de Tania pour la langue française. « Je suis contente d’être ici, je peux même lire en français » me lance-t-elle en me faisant un petit clin d’oeil.

Comment se déroule la vie dans une petite communauté autochtone comme Clyde River? « Si tu veux vivre dehors un maximum, c’est vraiment bien. J’aimais marcher dehors avec cette bestiole », me dit-elle en riant et en pointant son chien qui m’a accueillie d’un concert d’aboiements! Il était tout de même très mignon après environ une dizaine de minutes.

« La vie est calme et tranquille », ajoute Sylvie, qui n’aurait jamais quitté ce coin de nature « pas pollué et rempli de fleurs et de rivières » si elle n’avait pas eu d’enfants. « J’avais toujours l’impression que je pouvais aider », déclare celle qui a ouvert la première garderie à Clyde River. De l’aide, les habitants de Clyde en ont besoin pour soutenir les enfants dont la famille est dysfonctionnelle.

Les problèmes d’alcool, de violence et de drogue font des ravages dans la petite communauté. Sylvie et son mari ont pris la décision de quitter Clyde puisque Tania, en première année, ne savait toujours pas lire et prenait du retard à l’école par rapport aux enfants de l’extérieur. Il semble très difficile d’établir une certaine continuité dans le programme scolaire. « Plusieurs professeurs viennent pour un an ou deux, puis repartent. Ils ne connaissent pas toujours l’ampleur des problèmes sociaux et familiaux des élèves et ne savent pas comment répondre à leurs besoins », explique Sylvie.

Donc, le grand déménagement à Yellowknife s’avérait primordial pour la petite famille pour laquelle l’éducation a une importance cruciale. « Mes petites filles étaient très excitées à la vue des arbres lorsque nous sommes arrivées ici. Elles me disaient – maman , je peux les toucher, je peux les toucher. Et pendant une semaine, j’entendais des Oh! et des Ah! Encore aujourd’hui, elles se battent pour appuyer sur le bouton de l’ascenseur lorsque nous allons à la bibliothèque », raconte maman. Et à présent, que fait la nouvelle Yellowknifoise? « J’ai du temps à moi et je vais au gymnase ». S’étant engagée dans plusieurs organisations à Clyde, Sylvie peut se reposer tout en cherchant un nouveau milieu de travail à So’mbak’e (Yellowknife!).