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le Jeudi 4 mai 2023 12:57 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Expressions francophones – partie 20

Expressions francophones – partie 20
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Quand toute l’Europe parle français

L’autoritarisme de Louis XIV est critiqué, mais le roi, qui cherche à tout prix à régner, se prépare à mener une nouvelle campagne. Charles II est décédé, laissant le trône de Madrid vacant, et beaucoup souhaitent alors savoir qui sera le nouveau roi d’Espagne. La France et l’Autriche ont chacune un prétendant légitime, ce qui entrainera un conflit sans précédent en Europe. Durant treize années, les armées de Louis XIV, emmenées par le maréchal Claude-Louis-Hector de Villars, se battront contre les forces réunies d’Angleterre, de Hollande et du Saint Empire germanique commandées par le prince Eugène de Savoie. Le maréchal de Villars attaquera les troupes ennemies et gagnera finalement la bataille, espérant obtenir la paix à tout prix.

Le 6 mars 1714, au château de Rastatt, en Allemagne, les deux opposants signent le traité qui met fin à la guerre et Philippe V, petit-fils de Louis XIV, devient roi d’Espagne, avec toutefois, des pouvoirs réduits.

Ce traité rompt avec une tradition diplomatique qui paraissait immuable. Il est rédigé en français, et non en latin, comme le voudrait la bienséance internationale, car, depuis l’âge de dix-huit ans, Villars fait la guerre et n’a pas eu le temps de finir ses humanités, les études des lettres et des arts. Il est donc dument spécifié que cette singularité linguistique soit considérée comme une exception. Une exception qui va vite devenir une habitude…

 

Une mauvaise éducation

En ce début du XVIIIe siècle, la langue française se répand et, bizarrement, c’est au départ à cause de quelques décisions injustes.

En Allemagne, le jeune prince Frédéric subit la violence de son père, Frédéric-Guillaume, roi de Prusse. Ce dernier exige une éducation sévère pour son héritier dont sont exclus le latin, la littérature, la musique et la danse, autant de disciplines qui éloigneraient l’enfant de la martiale rigueur d’un authentique Prussien. Cette rigidité germanique n’est du gout ni de la gouvernante ni du précepteur du prince, Marthe de Roucoulle et Jacques Égide du Han, deux protestants français. C’est donc secrètement que Frédéric, guidé par ses mentors, apprendra la langue de Molière et s’initiera à la littérature française.

En Pologne, la petite princesse Sophie profitera de l’enseignement de Babette Cardel qui lui fera découvrir le français.

En Suède, le jeune prince Gustave bénéficiera des leçons de Charles-Gustave Tessin, un comte ayant vécu quelques années à la cour de Louis XV pour qui le raffinement aristocratique se traduit uniquement par la langue française.

Et, un jour, chacun montera sur un trône pour devenir, à leur tour, roi de Prusse, tsarine de Pologne et roi de Suède. On conversera en français dans les cours de Berlin, de Saint-Pétersbourg, de Stockholm, et dans le monde entier les diplomates parleront en français de guerre et de paix, de commerce et d’alliance…

 

L’Académie appréciée par les uns et boudée par les autres

L’Académie française offre un fauteuil à l’écrivain François-Marie Arouet, plus connu sous le nom de Voltaire, pour son influence sur ce qu’il considère être « la première langue du monde, pour les charmes de la conversation et pour l’expression du sentiment ». Il ne sera jamais un académicien assidu, mais il souhaite tout de même convaincre ses collègues d’une évidence dont il veut faire une règle : l’orthographe doit se soumettre à la prononciation usuelle.

Par exemple, on ne doit plus écrire françois ou connoissance mais « français » et « connaissance », comme on le prononce à peu près partout.

L’abbé Pierre-Joseph Thoulier, grammairien et traducteur, qui a autrefois été le professeur de Voltaire de surcroit, se dresse contre son ancien élève. Selon lui, il faut respecter l’usage ancien. Cet argument fera douter les académiciens, et si le changement voulu par Voltaire entre facilement dans les mœurs orthographiques, l’Académie tergiversera si longtemps qu’elle n’adoptera officiellement cette évolution qu’en 1835, presque un siècle plus tard !

Voltaire ne s’attarde donc pas à l’Académie, il part rejoindre le jeune prince Frédéric, devenu le roi Frédéric II de Prusse, qui l’a invité à Berlin. Devenu francophone, il n’est pourtant pas francophile. Son attachement purement culturel au français n’influence guère sa stratégie politique : il s’apprête à s’allier avec l’Angleterre contre la France…

 

Un vieux de la vieille

Origine : France

Date : XIXe siècle

Signification : Une personne très âgée qui a acquis une sérieuse expérience dans un domaine précis

Il est bel et bien question ici d’un soldat d’une garde, plus précisément de la garde impériale créée par Napoléon Ier en 1804. Composée d’environ cent-mille hommes, c’était une troupe d’élite divisée en une jeune, une moyenne et une vieille garde.

Lors de la bataille de Waterloo, l’officier général français Pierre Cambronne a clamé « La garde meurt, mais ne se rend pas ». Et les anciens, qui racontaient de leur vivant leurs exploits aux plus jeunes, étaient alors appelés « les vieux de la vieille garde ». Avec le temps, ces soldats ayant été oubliés, « un vieux de la vieille » a fini par désigner tout vétéran ayant de l’expérience dans un domaine particulier.

 

Vieux comme Hérode

Origine : France

Date : XVIIe siècle

Signification : Très ancien

Citée par le poète et homme d’église Antoine Furetière, cette expression s’applique principalement à des objets.

Contrairement à Mathusalem qui a « réellement » vécu très vieux (969 ans tout de même !), aucun des différents Hérode connus, faisant partie de la dynastie des rois de Judée, n’a eu une extrême longévité.

Si Hérode Ier le Grand a vécu 69 ans, ce qui était rare pour l’époque, ce n’était pas suffisant pour qu’il marque les siècles de cette manière.

Peut-être alors que l’expression est due au cumul des règnes des six Hérode qui se sont succédé de l’an 73 av. J.-C. jusqu’à l’an 93 après J.C…. Ou bien il faut simplement la comprendre comme « assez vieux pour remonter au temps d’Hérode ».

 

Mariage pluvieux, mariage heureux

Origine : France

Date : XXe siècle

Signification : La pluie lors d’un mariage est un présage d’une issue heureuse

Il n’est en effet qu’une phrase qu’on prononce, lors d’un mariage par temps pluvieux, afin de tenter de consoler les mariés naïfs et de leur faire croire que la pluie est de bon augure signifiant que leur amour durera longtemps.

Pourtant, à l’origine, on parlait de mariage à la détrempe en référence aux relations extraconjugales, car, avec le temps, le papier était évidemment voué à se déchirer ; contrairement aux vieux mariages dont on pensait qu’ils étaient plus vrais et plus forts. C’est pourquoi les mariages plus vieux seraient forcément plus heureux.