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le Jeudi 6 avril 2023 12:42 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Expressions francophones – partie 15

Expressions francophones – partie 15
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Le combat d’un homme

Johan Barton, un médecin du comté de Chester, en Angleterre, a à cœur que les Anglais continuent de parler la droite language du Paris et de païs la d’entour. Bénéficiant de l’aide de quelques clercs, il rédige vers 1410 la première grammaire française : le Donait françois, faisant référence là à Donat, auteur de la grammaire latine du IVème siècle.

Mais, si l’on y trouve beaucoup de données intéressantes, allant de la construction de la phrase aux combinaisons verbales en passant par les accords, le tableau se révèle en définitive assez incomplet. Johan Barton s’applique donc à l’enrichir, essayant de faire coller le français à la règle latine, notamment par un exposé approfondi des déclinaisons anciennes dont le français serait sensé s’inspirer.

Le résultat espéré est décevant.

Cependant, en Angleterre, il y a du changement. Le nouveau roi Henri IV, monté sur le trône en 1399, est le premier souverain anglais de langue maternelle anglaise depuis plus de trois siècles.

De son côté, la poétesse Christine de Pisan, vénitienne et pourtant douce représentante de la langue française, défend la cause des femmes. Avec elle apparaissent les premières revendications d’un féminisme qui ne porte pas encore son nom.

Elle compose des traités moraux, des œuvres philosophiques, des libelles politiques et même un manuel militaire et écrit surtout des vers en y évoquant l’amour. Dans une société où la femme est encore regardée avec commisération et sarcasme, Christine de Pisan ne craint pas de jouter verbalement avec les hommes. Ainsi, elle participe à un débat sur la valeur du Roman de la Rose, œuvre du XIIIème siècle écrite en partie par Jean de Meung, lors duquel elle reproche à l’auteur d’accuser, de blâmer et de diffamer les femmes de plusieurs vices en prétendant que leurs mœurs sont pleines de perversité.

 

Le combat d’une femme

Jusqu’alors, pour désigner la femme, on utilisait le vieux terme moillier, un mot dérivé du latin mollis, faible, en référence à la faiblesse de la femme. Le terme a d’ailleurs subsisté en italien moglie, en espagnol mujer ou en portugais mulher. En revanche, si mouquère existe toujours en argot pour désigner « le sexe faible », il a été remplacé par « femme ».

On pourrait penser que c’est un progrès mais hélas, ce n’est guère mieux. En effet, ce mot issu du latin femina est dérivé de fellare, sucer, en allusion ici au bébé tétant le sein de sa mère. En effet, le terme femina désigna d’abord la femelle animale, puis s’étendit à la femme, la réduisant ainsi à son rôle de reproductrice. Promouvoir l’émancipation de la femme lorsqu’on la désigne uniquement par sa fonction maternelle, le « féminisme » apparu au XIXème siècle est donc parfaitement contradictoire.

Il aurait été judicieux de lui préférer le mot « dame », vocable issu de domina, maîtresse de maison, et féminin de dominus, maître de maison, placés chacun au même niveau lexical.

Quoi qu’il en soit, Christine de Pisan a choisi le moment opportun pour défendre la cause des dames puisque, en pleine guerre de Cent Ans, c’est une jeune fille venue de Lorraine, Jeanne d’Arc, qui va sauver la situation.

Le 14 avril 1436, après la libération, l’Université parisienne, qui s’était rangée du côté de l’occupant, reprend son indépendance. François de Montcorbier, grand poète connu sous le pseudonyme François Villon, s’amuse à jongler avec les mots. Il est le premier à écrire « détester » qui signifie tout simplement « rayer du testament », autrement dit « déshériter » ; on peut tester un enfant puis le dé-tester si on change d’avis. Et, deux-cent ans plus tard, le verbe entrera dans le milieu juridique, pour ne plus en sortir.

La langue française se meut beaucoup. Des règles nouvelles viennent rendre la langue plus limpide, plus facile à lire et plus aisée à dire. Par exemple, les lettres u et v n’étant pas encore différenciées, on ne pouvait distinguer le mot uile de vile. On a donc ajouté un h au premier qui est devenu huile.

Par ailleurs, dans l’écriture gothique que l’on utilise encore au XVème siècle, on développe le y, ainsi que le point sur le i qui n’en avait pas jusqu’alors.

Mais qui impose ces changements ? À cette époque, il n’y a pas d’Académie française !

Les professeurs d’école et les maîtres des facultés sont trop obnubilés par le latin pour se préoccuper des progrès possibles de la langue française. En revanche, les copistes sont tout-puissants. Ils transcrivent un livre qui sera recopié par d’autres, et ainsi de suite dans une chaîne ininterrompue. Ce sont eux qui introduisent les nouveautés, parce que c’est plus pratique, parce que c’est plus logique, parce que c’est plus intelligible… Ensuite, les prochains copistes copieront la copie, et l’innovation deviendra bientôt la seule règle en vigueur.

 

Les débuts de l’imprimerie

L’invention de Gutenberg, qui a très vite enthousiasmé les pays germaniques entre autres, ne trouve pas d’écho en France. Il faudra attendre près de vingt ans pour voir une imprimerie s’établir, au collège de la Sorbonne. L’établissement de cet artisanat dans les soubassements de l’université en 1470 est le fruit du pur hasard : il y avait de la place. Michael Friburger, Ulrich Gering et Martin Crantz, trois imprimeurs allemands, s’installent donc avec leur presse, leurs moules à fondre et leurs boîtes de poinçons qui permettent de fabriquer à l’infini les indispensables caractères mobiles. Ils sortent ainsi les cent-dix-huit feuillets de l’œuvre latine Epistolae de l’humaniste italien Gasparino Barzizza… mais le français ne s’imprime pas encore.

Et, le 26 janvier 1746, dans un petit atelier de la rue Neuve-Notre-Dame, là où sera érigée plus tard la cathédrale Notre-Dame, Pasquier Bonhomme, maître imprimeur, produira le premier ouvrage en français : les Grandes Chroniques de France, une traduction de textes latins de l’abbaye de Saint-Denis sur l’histoire des rois.

La langue française est maintenant imprimée d’un bout à l’autre du royaume. Elle devient si propre à occuper tous les aspects de l’existence et de la pensée que la conscience publique en réclame désormais l’emploi exclusif, trop heureuse d’abandonner l’obscurité latine.

C’est la fin du Moyen-Âge qui a tout osé, tout inventé, tout proposé… Il suffira à la Renaissance de polir davantage le diamant qu’est la langue française.

Rester sur le carreau

Origine : France

Date : XVIIe siècle

Signification : mourir  

Même si l’expression a vu le jour durant les Temps modernes, depuis le XIIe siècle, le « carreau » désignait un pavé plat de terre cuite qui était utilisé pour couvrir les sols des ruelles et des maisons. Par extension, le « carreau » désignait toute surface couverte par des carreaux et, lorsqu’une personne était blessée ou tuée à l’intérieur d’une habitation, on disait alors qu’elle gisait sur le carreau.

As de pique

Origine : France

Date : XVIIe siècle

Signification : une personne mal vêtue ou à l’apparence étrange  

On ne sait pas précisément d’où vient cette expression, mais elle était très péjorative, car elle désignait un personnage stupide. Molière lui-même l’utilisait !

Au XIXe siècle, on s’est aperçu que le pique ressemblait approximativement à un croupion de poulet. C’est pourquoi, dans le langage argotique, l’as de pique désigne l’anus. Autant dire que si vous vous faites appeler comme tel, c’est que vous êtes un véritable « trou du c… ».

Avoir le cœur qui bat la chamade

Origine : Italie

Date : XVIIe siècle

Signification : avoir le cœur qui palpite lorsqu’on éprouve une forte émotion ou une attirance pour quelqu’un

Le mot « chamade » vient du piémontais « ciamada » qui signifie « clameur ».

La chamade est un roulement de tambour, ou une sonnerie de trompette, dont l’utilisation se faisait au cours des batailles ou des sièges pour indiquer qu’on souhaitait se rendre ou qu’on demandait une trêve pour ramasser les morts. Aujourd’hui, « avoir le cœur qui bat la chamade », c’est littéralement être prêt à « se rendre » à la personne qui nous a tapé dans l’œil. 

La langue française est étonnante, n’est-ce pas ?
Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.