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Expressions francophones – partie 16

Expressions francophones – partie 16
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Quand la grammaire rend les linguistes fous

En 1515, François Ier découvre l’Italie en combattant victorieusement à Marignan pour défendre ses droits héréditaires sur le duché de Milan. Subjugué par ce pays, il souhaite généreusement attirer les peintres, dont Léonard de Vinci, dans le royaume de France et la Renaissance se répand.

L’Italie est à la mode : il faut prendre son exemple à tout-va. Alors, la langue française jamais rassasiée happe autant de termes qu’elle avale, mâche et digère, pour enrichir son vocabulaire.

Plus d’un millier de mots sont ainsi accueillis, faisant de l’italien la deuxième langue la plus présente dans le dictionnaire français, après l’anglais. Il y a les évidences comme bravo, brio, concerto, opéra, piano, scénario ou encore spaghetti et puis il y a les mots issus de l’art, de la musique, de la finance, de la mode, de la nourriture ou encore de la guerre : fresque, solfège, crédit, escarpin, citrouille, soldat…

Cependant, les mots ne suffisent pas. Il faudrait également adopter la grammaire italienne !

Poète préféré de la cour de François Ier, Clément Marot veut importer en France une syntaxe… et plus spécifiquement l’accord du participe passé. À ce sujet, l’écrivain Voltaire dira : « Clément Marot a rapporté deux choses d’Italie : la vérole et l’accord du participe passé… Je pense que c’est le deuxième qui a fait le plus de ravages ! ».

Rappelons donc ces règles… Avec le verbe être, le participe passé s’accorde toujours avec le sujet.

Avec le verbe avoir, le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct lorsque celui-ci est placé avant le verbe. Mais, comme souvent, il y a quelques exceptions à ces règles… qui peuvent rendre fou.

 

La naissance des mots

La France connaitra une période bénie et audacieuse, l’allégeance aveugle au latin vole en éclats. On ne se soumet plus à un langage figé, mais on l’adapte à l’observation et à l’expérience. Lorsque François Rabelais publie Pantagruel, et, qu’au chapitre « Des meurs & conditions de Panurge », on y lit le proverbe « Femme folle à la messe », il fait là usage d’une contrepèterie indiquant réellement « Femme molle à la fesse ».

Le français a bien des sources. On fabrique des mots à partir d’une onomatopée. Par exemple, coquelicot est dérivé de cocorico, parce que la fleur rouge faisait penser à la crête d’un coq. C’est aussi le cas pour les mots chuintement, hibou, claque ou hoquet…

On construit des mots tirés de noms propres. Tout comme Antoine Silhouette, contrôleur général des finances, a légué son nom à une ébauche de portrait ; Michel Bégon, gouverneur de Saint-Domingue, a inspiré le bégonia ; Jacques de La Palice, maréchal de France, a suscité la lapalissade et Madeleine Palmier a offert le sien à la première pâtisserie sortie de son four de Commercy…

On bâtit des mots grâce à la dérivation, un procédé par lequel on ajoute un préfixe ou un suffixe à un terme existant : occupé/inoccupé/occupation…

On fonde des mots avec la juxtaposition de deux mots pour en former un troisième : après-midi, gratte-ciel, sous-main…

On édifie des mots par des glissements de sens et, en 1538, lorsque l’imprimeur Robert Estienne baptise son lexique français-latin, dictionnaire, synonyme alors de vocabulaire, il n’imagine pas que ce mot désignera ensuite tout ouvrage présenté par classement alphabétique.

Le latin est délaissé, certes, mais la langue reste force de loi dans le domaine de la justice et ce, même si elle n’est plus comprise. Et parfois, les langues s’entremêlent alors. Dans les procédures de Toulouse, les juges questionnaient en français, les accusés répondaient en langue d’Oc et les verdicts étaient rendus en latin !

Le 25 aout 1539, François Ier, qui comprend qu’on ne peut plus juger, condamner ou absoudre dans une langue dont personne ne saisit les tenants et les aboutissants, signe l’ordonnance dont les articles 110 et 111 concernent la promotion du « langage maternel francoys, et non autrement » dans l’administration française.

Pourtant, le latin restera son ennemi puisqu’il s’internationalise et devient, au XVIe siècle, la langue européenne pour les sciences, le droit, la philosophie et l’Église.

Une lapalissade (une vérité de La Palice)

Origine : France

Date : XVIe siècle

Signification : une évidente vérité qui prête à rire 

« Le vainqueur a remporté la victoire », voilà une lapalissade. Jacques II de Chabannes, dit Jacques de La Palice, seigneur de la ville de Lapalisse, trouva la mort alors qu’il participait au siège de l’Italie aux côtés de François Ier. Afin qu’il soit enterré en France, son corps fut transporté par les soldats de l’armée dont certains lui dédièrent une chanson dans laquelle on pouvait entendre : « Un quart d’heure avant sa mort il faisait encore envie ». Mais, en l’absence de traces écrites, et suite aux déformations liées aux nombreuses transmissions verbales, ces vers devinrent : « Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie ». Voilà comment ce monsieur de La Palice, qui aurait probablement été oublié, passa à la postérité et comment naquit la toute première lapalissade, une affirmation d’une évidence telle qu’elle fait au moins sourire.

Sauter du coq à l’âne

Origine : France

Date : XIVe siècle

Signification : passer brutalement d’un sujet à un autre sans transition ni liaison, tenir des propos incohérents

Une théorie trouve l’origine de cette expression dans le conte Les Musiciens de Brême des frères Grimm où quatre animaux : un âne, un chien, un chat et un coq, pour faire peur aux brigands, montent les uns sur les autres, l’âne en bas et le coq en haut, donc à l’opposé du premier.

Pourtant, on disait à l’origine « saillir du coq en l’asne ». Il existe ici une confusion entre l’âne d’aujourd’hui et la cane – la femelle du canard – car, jusqu’à la fin du XIIIe siècle, le mot asne était précisément utilisé pour désigner la cane ! Les coqs tentaient souvent de saillir les canes, autrement dit ils montaient sur elles pour s’accoupler, et le verbe « saillir » serait entré dans le langage argotique comme « sauter ».

En réalité, nous avons littéralement sauté de l’asne à l’âne ! J’en conclus donc que c’est probablement parce qu’un coq ne peut évidemment pas s’accoupler avec un âne que l’expression serait née !

Vendre la mèche

Origine : France

Date : XVIe siècle

Signification : trahir un secret 

L’expression fait référence ici à la mèche qui servait autrefois à faire un brin de lumière à l’aide d’une lampe à huile.

À cette époque, lorsqu’un artificier éventait ou découvrait la mèche d’un engin explosif, il permettait d’en éviter les dégâts. Le verbe « éventer » a d’abord eu la signification « exposer au vent », puis celui de « divulguer » avant de prendre enfin celui de « découvrir ». Par métaphore, « éventer la mèche » est devenu « découvrir les dessous d’une affaire qui doit rester cachée ». Depuis le XIXe siècle, le mot « vendre » au sens de « trahir » est venu se greffer sur l’expression d’origine pour nous donner celle d’aujourd’hui.

Tarte à la crème

Origine : France

Date : XVIIe siècle

Signification : un lieu commun

Le jeu du corbillon était populaire. La règle était simple : il fallait répondre à une question en citant le plus grand nombre d’objets se terminant par « on », rimant donc avec corbillon.

Dans L’école des femmes de Molière, le personnage Arnolphe explique que la femme idéale doit être d’une si grande ignorance que, au jeu du corbillon, elle doit répondre « tarte à la crème » à la question « qu’y met-on ? ».

Par la suite, l’écrivain, dans La critique de l’école des femmes, lors d’un dialogue entre le Marquis, Dorante, Elise et Uranie, réussit à leur faire prononcer plus de dix fois « tarte à la crème ». Dans cet effet comique de répétition, la tarte à la crème est une locution dont les interlocuteurs se repaissent de façon stérile, croyant qu’elle donne plus de poids à leur discours.

C’est de là que l’expression tire son sens, la tarte à la crème ayant simplement été choisie, au détriment de n’importe quel autre objet, parce que les spectateurs mécontents avaient l’habitude de la lancer sur les comédiens.