Quand les Anglais parlaient français… ou presque !
Le 5 janvier 1066, le roi d’Angleterre, Édouard le Confesseur, s’éteint. Mort sans descendance, une bataille de succession s’engage immédiatement, car le défunt, pour obtenir l’amitié des grands seigneurs et la paix aux frontières, a promis le trône aussi bien à Harold Godwinson, son beau-frère, qu’à Guillaume II, duc de Normandie, le fils de son cousin.
Descendant de Rollon le Viking, Guillaume était, pendant ce temps, aux prises avec des barons déloyaux qui tentaient de lui prendre ses terres. Ses troupes armées écrasèrent donc ces détracteurs, ce qui lui valut le nom de Guillaume le Conquérant. Et des conquêtes, il en fit encore…
Puisqu’Harold Godwinson s’empresse de se proclamer roi d’Angleterre, Guillaume décide de réunir des hommes pour chasser l’usurpateur. Il promet une forte solde et des terres outre-Manche à tous ceux qui voudront le servir, et des soldats volontaires arrivent en grand nombre de Bretagne, de Flandre ou de Bourgogne.
Même le pape Alexandre II approuve la démarche de Guillaume ; il souhaite mettre au pas ces Anglais qui poussent l’impiété jusqu’à refuser de lui payer le denier de Saint-Pierre, l’impôt pour le Vatican.
Un français sur le trône d’Angleterre
Les Anglais sont mal armés et désorganisés, ils perdent alors la bataille et Guillaume est couronné roi d’Angleterre le 25 décembre 1066. Au XIe siècle, l’Angleterre devient donc normande… et est presque administrée comme telle.
Guillaume tient ses promesses et récompense ceux qui l’ont soutenu ; des titres et des fonctions jusque-là détenus par la noblesse anglo-saxonne sont attribués à ses compagnons. Des représentants de grandes familles normandes immigrent en Angleterre pour y recevoir des propriétés. Avec eux, c’est la langue d’oïl qui débarque sur l’ile, au milieu des Celtes, des Vikings, des Saxons et des Anglais, et qui surpassera tous les idiomes insulaires.
Désormais, quand on est noble, on parle le normand ; quand on est aristocrate, on s’exprime en saxon ; quand on est religieux, on dialogue en latin. Et, quand on est pauvre et ignorant, on opte pour l’anglais ! Ce normand, inoculé de force à l’Angleterre, on en retrouve encore de nombreuses traces aujourd’hui.
War, guerre ; wardrobe, garde-robe ; waren, garenne. Si nous substituons simplement au w la lettre g, on obtient quasiment du français !
D’autres mots anglais sont empruntés au normand tels que basket, panier, qui vient de baskat ou bien crown, couronne, qui vient de curune ainsi que ceux finissant en « -ent » ou en « -tion » que nous n’avons nul besoin de traduire : government, parliament, resident, jurisdiction, motion ou nation… Autant de mots d’origine française qui font de l’anglais la plus latine des langues germaniques.
Et les Anglais parleront ce français durant près de cinq-cents ans. Si la langue fait office de langue légale jusqu’en 1637, elle restera encore la langue de la cour londonienne bien après cette date. C’est pourquoi la devise de la monarchie britannique, datant du XVe siècle, est en français : « Dieu est mon droit. »
Compter pour du beurre
Origine : France
Date : XIXe siècle
Signification : ne pas être considéré
Étrangement, le beurre est souvent associé à une image d’abondance ou de richesse, comme dans « faire son beurre » ou encore « mettre du beurre dans les épinards ».
Pourtant, il existait autrefois la locution adjective « de beurre » qui caractérisait quelque chose sans valeur. Pierre Larousse précise que « vendre du beurre » signifiait « être ignoré de la société ». D’ailleurs, à cette époque, les jeunes filles qui vendaient du beurre dans les bals étaient celles qui n’avaient pas de cavaliers et ne pouvaient pas danser.
Le café du pauvre
Origine : France
Date : XIXe siècle
Signification : acte sexuel
À cette époque, « prendre son café » voulait dire « prendre du plaisir ». Le café étant une denrée rare et précieuse que seuls les riches pouvaient s’offrir, les pauvres préféraient donc aller voir les filles de joie qui étaient plus accessibles que le café.
Entre la poire et le fromage
Origine : France
Date : XVIIe siècle
Signification : entre deux évènements
Puisqu’il était coutumier que le fromage se mange après les fruits, l’expression d’origine signifiait donc « vers la fin du repas », à un moment où l’on commence à être repu et également détendu, devenant propice aux discussions. L’expression s’est ensuite généralisée pour indiquer « à un moment libre entre deux évènements », la poire et le fromage n’étant plus que des marques temporelles.
Trempé comme une soupe
Origine : France
Date : XVIIe siècle
Signification : être mouillé
S’il est facile d’imaginer le sens de l’expression puisque la soupe est à un état liquide, autrefois pourtant, la « soupe » était la tranche de pain qui était elle-même trempée dans la soupe et qui en ressortait forcément mouillée.
Avoir du pain sur la planche
Origine : France
Date : XIXe siècle
Signification : avoir beaucoup de travail à accomplir
À l’origine, cette expression signifiait « avoir des ressources pour l’avenir et être assuré de ne manquer de rien » puis elle a changé de sens.
Elle est devenue une expression argotique « la planche au pain » qui désignait le tribunal (par allusion à sa position élevée comme les planches où le boulanger posait son pain cru après l’avoir façonné avant de le mettre au four).
À cette même époque est apparue l’expression « manger le pain du roi » qui voulait dire « être en prison », car seulement le pain y était fourni gratuitement par l’État, donc le roi.
La combinaison de ces deux expressions a fait que le peuple a assimilé les années de prison au pain sur la planche du boulanger, et le pain a pris le sens de « corvée » là où il avait toujours eu le sens de « ressource ».