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le Jeudi 16 février 2023 14:15 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Expressions francophones – partie 8

Expressions francophones – partie 8
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Clovis est parvenu à réunir un vaste royaume en faisant la guerre sur tous les fronts, mais certains lieux sont restés hors de l’influence du mouvement rassembleur initié par ce dernier et la rupture de la proximité linguistique en marque la limite. Des différences d’accent et de vocabulaire apparaissent entre le nord et le sud du royaume ; elles se creuseront et perdureront durant l’histoire.

 

Le Pacte de la loi salique

Clovis s’inspire, entre autres, des Wisigoths en établissant, pour la première fois, une loi écrite. Le Pactus legis salice, proclamé en 511 et évidemment rédigé en latin, se veut à la fois un code de procédure criminelle, une règlementation familiale et un tableau des compensations financières appliquées aux différents crimes et délits.

La femme y est maintenue dans un statut d’infériorité en étant exclue de toute succession afin notamment d’empêcher un patrimoine familial de tomber entre les mains d’une autre famille.

« Quant à la terre, qu’aucune portion n’en échoie aux femmes, mais qu’elle aille toute au sexe masculin. » Pourtant, Clovis lui-même ne la respectera pas lors du partage de son patrimoine. Ainsi, à sa mort, il lèguera de son royaume la partie est à son fils Thierry, la région de la Loire à Clodomir, le Nord à Clotaire, Paris à Childebert et… l’Aquitaine à sa fille Clotilde !

Malheureusement, en partageant ainsi ses territoires, Clovis nuira à sa volonté d’unifier la France, et donc à uniformiser la langue.

 

Le vent du changement

Un zeste de celtique ancien, une poignée de francique et une base latine… tel est le parler pratiqué dans le royaume de Clovis et, si les Francs s’évertuent à parler le latin, ils pratiquent une langue tellement altérée que même les auteurs de la Rome antique des siècles précédents n’y comprendraient rien. On continue donc à populariser afin d’être compris par le plus grand nombre : facilité, rapidité et efficacité sont les maitres mots.

Par exemple, on abandonne le verbe tangere, qui signifie toucher, pour adopter une onomatopée : toc qui deviendra toccare. Et cela donne même lieu à des cocasseries de langue.

Les Romains raffolant du foie gras d’oie engraissée aux figues, un plat qu’ils appellent jecur ficatum, littéralement « foie aux figues ». On finit par abandonner jecur pour adopter ficatum et, le mot qui désignait alors figue prend le sens de foie. On le retrouve aussi en italien, fegato, en portugais, figado, en espagnol, higado ou encore, en roumain, ficat.

À côté, on garde des expressions irremplaçables et toujours usitées : a contrario, a priori, a posteriori, grosso modo, in extremis, et caetera…

 

La fin de l’instruction

Peu à peu, les collèges où l’on enseignait la langue latine disparaissent. La célèbre école d’Autun est désertée. On enseigne « chrétiennement » et le clergé a désormais la haute main sur cette entreprise. La hiérarchie catholique développe, d’une part, des écoles épiscopales qui préparent ceux qui se destinent à la prêtrise, et, d’autre part, des écoles paroissiales où les enfants qui ne songent pas à embrasser la vie religieuse profitent d’un enseignement minimum fondé sur la lecture, l’écriture et le chant. Les enfants issus des familles pauvres apprennent à s’occuper des animaux ou à tisser et les nobles s’appliquent à se préparer à la guerre.

Et, à la fin du VIe siècle, l’instruction fait vraiment figure de coquetterie peu partagée.

 

Avoir le vent en poupe

Origine : France

Date : XIVe siècle

Signification : être favorisé par les circonstances pour avoir du succès

La proue étant l’avant du bateau et la poupe, l’arrière, il parait évident que les marins préfèrent largement avoir le vent en poupe pour avancer plus facilement et, quand le vent souffle depuis l’arrière vers l’avant du bateau, un marin se considère donc être aidé.

C’est ainsi qu’au sens figuré cette expression a été utilisée pour désigner ceux qui sont aidés par le sort et qui ont tendance à réussir ce qu’ils entreprennent.

Un vent à décorner les bœufs

Origine : France

Date : XXe siècle

Signification : un vent très violent

Lorsque les bovins sont parqués en stabulation libre dans une étable, ils sont grandement susceptibles de se blesser mutuellement avec leurs cornes et d’être gênés, notamment pour accéder à leur nourriture. Pour éviter cela, il faut donc les écorner.

Malheureusement, cette opération, qui se pratique alors que les animaux sont en liberté dans les champs, provoque des saignements qui attirent les petits insectes, comme les mouches, en grandes quantités et cela n’est pas recommandé pour les plaies.

C’est pourquoi les paysans, sachant que les mouches ne demeurent pas dehors les jours de grand vent, profitent de pratiquer l’opération à ce moment-là, permettant ainsi à la plaie de sécher et donc de cicatriser plus facilement.

Avoir du vent dans les voiles

Origine : France

Date : XIXe siècle

Signification : se sentir en confiance

Cette expression a deux sens, plus ou moins similaires.

À l’origine en 1835, issue du vocabulaire argotique, elle faisait référence à une personne ivre qui n’est plus apte à estimer les risques de ce qu’elle entreprend. Animée par un excès de confiance, et de zèle, elle se sent alors aussi « gonflée » qu’une voile un jour de grand vent.

Cette expression réapparait en 1883 avec une nouvelle signification, plus commune que la première.

Lorsqu’un bateau veut progresser face au vent, il est obligé de louvoyer, c’est-à-dire zigzaguer pour utiliser un vent contraire. Lorsqu’une personne est ivre et qu’elle titube pour atteindre son but, on dit également qu’elle louvoie.

Bon vent

Origine : France

Date : XIXe siècle

Signification : bonne chance ou va-t’en

Cette expression a également deux sens ! Cependant, ils sont cette fois-ci bien distincts et quasiment opposés. L’expression est utilisée aujourd’hui aussi bien dans un sens que dans l’autre et c’est le ton qui est employé qui en définit le sens.

Cette locution nous vient de la marine à voile.

C’est une formule parfaitement compréhensible lorsque les marins, une fois embarqués et prêts à lever l’ancre, entendaient leurs proches, restés à quai, leur souhaiter de trouver le « bon vent » nécessaire à une navigation facile.

Elle est également employée pour signaler à quelqu’un qu’il ferait mieux de s’en aller rapidement, généralement dans ce cas sur un ton beaucoup plus froid, un peu comme un vulgaire « dégage » !

Autant en emporte le vent

Origine : Mésopotamie (Irak)

Date : VIIIe siècle avant Jésus-Christ

Signification : cela s’emploie pour les choses auxquelles on s’engage
et qu’on n’exécute jamais

Que ce soit bien clair, son origine n’a rien à voir avec le film dans lequel on a découvert Scarlett O’Hara ! Cette expression est très ancienne puisqu’on la retrouve déjà dans l’Ancien Testament.

Nabuchodonosor, Roi de l’empire de Babylone, fait un rêve et tient absolument à en connaitre la signification. Il fait donc appeler les prêtres, les sorciers et les magiciens du royaume, mais tous lui demandent de raconter ce fameux rêve. Nabuchodonosor refuse, pensant qu’ils doivent être capables de deviner son rêve, et ordonne qu’ils soient tous tués.

Daniel, un sage du royaume qui ne veut pas mourir implore la compassion de Dieu et, durant la nuit, il aura une vision du rêve de son roi qu’il va s’empresser d’aller lui conter.

Nabuchodonosor a rêvé d’une statue dont la tête était en or, le torse et les bras en argent, le ventre et les cuisses en bronze, les jambes en fer et les pieds en argile. Une pierre tombera et brisera les pieds en argile entrainant également la destruction du fer, du bronze, de l’argent et de l’or.

Au verset 35, on peut ainsi lire « Le vent les emporta, et nulle trace n’en fut retrouvée ».

Ce qui est encore plus intéressant c’est que, dans le livre de Daniel (chapitre 1), on peut s’apercevoir que lorsqu’il parle du vent, il évoque l’autan, mot issu du latin altanus qui signifie « vent de la haute mer », qui souffle en provenance du sud, soit d’Israël vers la Syrie et qui serait particulièrement violent.

C’est pourquoi sa phrase « Le vent les emporta » devint « L’autan les emporta » puis l’expression subit une déformation au cours du temps en évoluant en « Autant en emporte le vent » qui, littéralement ne veut rien dire puisqu’il y a une inversion du sujet et qu’on devrait plutôt dire « le vent en emporte autant ».

Finalement, cette expression a été réemployée dès le XIIIe siècle et utilisée par des écrivains comme Charles Dickens avant d’être popularisée par le roman de Margaret Mitchell qui a donné son nom au film qu’on connait.

 La langue française est étonnante, n’est-ce pas ?
Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.