Le piano est l’instrument de prédilection de Mili Balakirev. Il s’en sert pour matérialiser ses créations musicales, inspirées des mélodies et chansons des ethnies habitant les régions de la Volga et celles du Caucase.
Parmi les chansons populaires de ces régions, on compte notamment Les bateliers de la Volga, publiée en 1866, à la traduction souvent erronée. Ce chant était chanté par les bourlakis : des travailleurs saisonniers qui tiraient des bateaux dans les régions peu profondes de la Volga.
Trois ans plus tard, Balakirev présente sa sonate pour piano Islamey, Fantasia oriental, inspirée par des mélodies d’origine circassienne et tartare. Sa sonate, qui est vue comme une des œuvres pour piano les plus difficiles à jouer, forte de ses mélodies et de ses harmonies aux échelles changeantes, sans pour autant perturber la beauté sonore.
Bien qu’il compose des symphonies, des concertos, des polkas, des mazurkas, des chansons et d’autres compositions pour piano solo, deux des compositions de Balakirev se placent sur le podium de la musique classique. Il s’agit de ses deux poèmes symphoniques ; le poème symphonique étant un genre joué en un seul mouvement, et qui représente la trame narrative d’une histoire ou d’un poème. Ces deux poèmes symphoniques sont Russie et Tamara.
Le poème symphonique Russie est composé après le voyage du musicien parmi les peuples du Caucase. Il y dépeint en musique son ressenti des différents contextes culturels et musicaux du paysage russe. Quant à Tamara, il s’agit de l’un des plus beaux poèmes symphoniques, puisant son inspiration dans une légende slave, elle-même mise en poème par Mikhaïl Lermontov. Ce dernier y dépeint les nuits de beauté et de passion qu’une Tsarine, dite « ange céleste de beauté, avec un esprit du domaine de l’enfer » offrait à son visiteur.
Elle avait son château dans les hautes gorges de la rivière Terek, au nord des monts Caucasiens, et y invitait des voyageurs pour les séduire et leur offrir une belle nuit.
Au lever du jour, son invité était retrouvé mort. On pouvait alors entendre de faibles pleurs de Tamara, qui, d’une douce voix, disait adieu à son amant. La beauté du poème de Lermontov est alors transcrite musicalement, sans paroles, dans le poème symphonique de Mili Balakirev. Il signe ainsi une des œuvres les plus admirées du romantisme.