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le Jeudi 13 octobre 2022 15:26 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Chronique Sur la route de Compostelle 3

Chronique Sur la route de Compostelle 3
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À la demande générale, des nouvelles de moi.

Ça fait trois jours que je marche avec dans la tête la chanson « I Want It That Way » des Backstreet Boys. Tu sais, quand t’as vraiment pas beaucoup de distraction pendant six ou sept heures par jour, ça arrive que tu restes pris avec la même toune pendant un bout. Dans le fond, je voulais vraiment vous partager cette information pour ne pas être le seul à avoir la chanson dans la tête. Donc voilà. Ça, c’est fait.

Et là je vous entends dire : pis Pampelune Pampelune, comment c’était ? Eh bien, Pampelune, j’y suis arrivé juste après avoir dormi dans un maudit dortoir, donc j’ai finalement somnolé entre deux ronfleurs, alors je n’ai pas pu profiter. Je n’y suis pas allé dans l’arène avec les taureaux et de toute façon mes genoux amochés comme le punching bag de Mike Tyson n’auraient pas pu esquiver grand-chose.

Après deux semaines de marche, je me rends compte que, ce qui fait le voyage, ce sont les gens que tu rencontres et les gens que tu quittes.

À Logroño, c’était le départ de Sinéad, l’Irlandaise à la guitare, et des mariachis mexicains. Pauvre Sinéad. Elle qui s’était tellement attachée à moi, mais devait rentrer à Londres. Faut dire qu’on avait plein de points en commun. Tous deux on fait le Camino, on a le même rythme sauf qu’elle triche et fait envoyer ses bagages par transport, les deux on a vendu nos souliers Salomon, les deux on croit que les Canadiens sont les meilleurs, les deux on trouve que je suis hilarant.

Et les mariachis mexicains, célèbres sur le chemin pour leur trémolo capable de casser un vitrail de cathédrale, ont finalement décidé de finir le chemin en char.

Ce soir là, sur une terrasse d’une de ces rues piétonnes de Logroño, on a sorti la guitare, on a chanté à tue-tête, les passants en ont redemandé, on a bien bu, on n’a pas pu décoller le lendemain.

Aussi, un truc si tu te ramasses sur une terrasse à Logroño à chanter des chansons espagnoles dont tu ne connais pas les paroles, tu as juste à chanter « Guatemala Guatemala Guatemala » et ça passe comme dans du beurre.

À Burgos, c’était Oli, notre podiatre britannique favori qui nous quittait. Oh, Oli. On s’ennuiera de tes séances d’étirement qui faisaient tellement mal. On se rappellera toujours de cette soirée où Eddie, s’étirant les mollets, les mains dans tes mains, les yeux dans tes yeux, te regardait tendrement pendant que ses pantalons lui tombaient aux chevilles révélant ses superbes boxers à motifs de canard en caoutchouc. Pauvre lui ! Il avait perdu un bon quinze livres, et ses pantalons ne lui faisait plus.

Ce soir là, sur une terrasse de Burgos, on a mangé, on a bien bu… on n’a pas pus décoller le lendemain.

Faut pas s’attacher. Les gens vont et viennent. Ça me fait penser à Yellowknife.

D’ailleurs, ça fait du bien de faire des jours de repos, des « zero day » dans le language « backpacker », parce que je redécouvre des muscles et des tendons que je ne pensais pas avoir, et ça fait mal. Mais là, j’essaie quelque chose de nouveau. Une toute nouvelle technique que je viens d’inventer et qui va révolutionner le monde de la randonnée longue distance : marcher lentement. Je marche clairement plus vite que la moyenne et c’est peut-être ça qui me fait mal aux jambes. J’ai eu la puce à l’oreille quand trois Français en trois jours m’ont interpellé en disant : « Ah, c’est toi le Canadien qui marche vite. »

Ça l’air que j’ai une réputation. Il y en a qui m’appellent Speedy Gonzalez pis je me force à rire à chaque fois. Je suis tanné.

 

Conseils pour les pèlerins

Faut embrasser la vibe espagnole. Tout est fermé entre deux et cinq heures pour la sieste ? Pas de problème. Va te coucher toi aussi ou bois une bière en attendant que le resto ouvre. C’est ce que les Espagnols font, et ils savent comment vivre.

Dès que tu quittes un endroit, vérifie que tu n’as rien laissé derrière. Quand tu voyages avec le stricte minimum, tout devient précieux. Ton Tupperware dans lequel t’as récupéré des noix achetées hier, tu y tiens comme si c’était dans ta famille depuis des générations.

Oublie les standards d’esthétique comme tu les connais. Ton bronzage trois couleurs comme la crème glacée napolitaine, c’est bien correct. Je suis d’ailleurs à la recherche d’un concours de « farmers tan ». Je pense que j’ai des chances de gagner.

 

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Buen camino