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le Jeudi 31 mars 2022 15:12 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Découvrir le Nord comme on part à l’autre bout du monde

Découvrir le Nord comme on part à l’autre bout du monde
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Une équipe d’une petite dizaine de jeunes et leur enseignante ont passé deux semaines et demie à Yellowknife pour rénover une partie du centre d’accueil Home Base Youth Dorms et s’ouvrir aux cultures du Nord canadien. Une réussite pour ce groupe, qui repart à Montréal « grandi et reconnaissant » de l’accueil et de la chaleur de la capitale ténoise.

Lambert Baraut-Guinet
IJL – Réseau.presse – L’Aquilon

Les voyages forment la jeunesse, dit l’adage. Pour les élèves du programme DéfiMonde du Collège Sainte-Anne de Montréal, ça ne pourrait pas être plus vrai. Dans le cadre du projet « intégrateurs d’équipe » de ce programme, des groupes d’une dizaine d’élèves en cinquième secondaire planifient leur voyage puis partent pendant trois semaines se mettre au service de causes qu’ils défendent.

Ils sont donc huit, âgés de 16 à 17 ans, accompagnés de Sandrine Bourret, leur enseignante d’histoire, à avoir posé leurs sacs à Yellowknife durant le mois de mars 2022. Au programme, rénovation d’un centre d’accueil de jeunes à Yellowknife et activités dans et autour de la ville pour se familiariser avec le mode de vie du Nord et les cultures autochtones.

« On est venu pour rénover trois pièces différentes du Home Base Youth Dorms, et faire en sorte que l’ambiance soit plus confortable pour les jeunes qui y vivent, » raconte Isabella Sampaio, une élève du groupe.

 

Voyage initiatique pour clore leurs études secondaires

Tout au long de leur deuxième cycle du secondaire, les élèves du programme DéfiMonde s’ouvrent sur le monde par l’apprentissage des langues – notamment l’espagnol et le mandarin – et par le voyage.

En temps normal, un séjour en Chine est prévu en troisième secondaire. Puis, en quatrième et cinquième année, des groupes d’une dizaine d’élèves sont constitués. Ces équipes – celle présente ce dernier mois à Yellowknife a choisi le nom d’Auradis – ont un an et demi pour planifier un voyage de trois semaines, qu’ils réalisent ensuite au cours de leur dernière année.

L’accompagnatrice de l’équipe Auradis, Sandrine Bourret, explique l’intérêt des jeunes pour un tel projet, et met en avant la gestion et la planification : « Il faut comprendre que ce sont vraiment les élèves qui ont monté tout le projet : la destination, ce qu’il fallait faire, la planification, ce sont vraiment eux qui ont [tout] monté tout seuls. »

L’initiation au savoir-être vient ensuite. « S’assurer de bien gérer le tout, d’être ensemble, de travailler en équipe, de collaborer. La connaissance de soi, d’apprendre à – et découvrir comment – interagir avec les autres, l’ouverture. C’est vraiment ça, le pilier du programme », termine l’enseignante.

 

 

Home Base Youth Dorms, à Yellowknife, où l’équipe Auradis a rénové trois espaces de vie.
(Crédit photo : Lambert Baraut-Guinet)

Un rôle dans la communauté comme centre du voyage

Une place difficile à trouver, dans un environnement complexe : Home Base Youth Dorms (anciennement Hope’s Haven) est un centre d’accueil pour enfants et jeunes adultes itinérants ou sans espace où rester en sécurité. Une distance à casser donc, et rapidement, entre les jeunes des deux groupes.

Une confiance qui a pu mettre du temps à s’installer, mais qui a porté ses fruits, comme le résume Cathryne Turac, membre de l’équipe Auradis : « On sait qu’on est vraiment privilégiés. J’avais peur qu’il nous voie comme des étrangers. Je ne m’attendais pas à ce que les jeunes s’ouvrent à nous comme ils l’ont fait. On a vraiment vraiment été chanceux dans les discussions qu’on a pu avoir, c’était vraiment vraiment enrichissant. »

Une confiance qui est peut-être aussi née des activités réalisées par l’équipe au cours de son séjour. « Tous les matins, nous étions au centre, » explique Sandrine Bourret. Des matinées au cours desquelles les jeunes ont peint, aménagé et décoré trois pièces et chambres du centre d’accueil. L’objectif du groupe était simple : créer des espaces « plus confortables pour les jeunes qui sont là-bas ».

Une transformation réussie, semble-t-il, comme le confirme Tammy Roberts, directrice générale de l’organisation Home Base Yellowknife : « C’était trop beau pour être vrai. J’étais tellement heureuse de voir le résultat. C’est incroyable pour les jeunes qui reçoivent, mais aussi une belle expérience pour les jeunes de l’équipe Auradis. Ça casse les barrières entre les jeunes. »

De l’aveu de certains élèves, à la fin de leur séjour, l’occupation des pièces rénovées avait déjà commencé à augmenter : « une raison de se sentir fière », confiait une élève.

 

Du temps libre pour découvrir la vie nordique

L’objectif du voyage était également de s’ouvrir à la vie dans le Nord, et de découvrir également les beautés que la région a à offrir. Le groupe a ainsi participé à une soirée d’observation des aurores boréales, à une partie de pêche sur glace ou une sortie de traineaux à chiens. Ils ont aussi découvert les chutes Cameron en randonnée, ou encore passé une soirée avec des ainés dénés autour d’histoires, de chants et de tambours.

Des distractions qui n’ont pas empêché les jeunes de se confronter aux rudes conditions de vie dans le Nord. Ce n’est pourtant pas le froid qui les a surpris le plus, mais plutôt l’accueil enthousiaste des habitants et la présence de la francophonie.

Cathryne Turac, une élève, partage cet étonnement. « Beaucoup de gens que l’on a rencontrés nous ont dit ne pas être nés ici, confie-t-elle, mais ont décidé de venir ici. Je ne pensais pas que des gens déménageraient ici, mais je réalise à quel point c’est une belle ville. Même si c’est petit, c’est tellement chaleureux. Je comprends pourquoi les gens veulent venir ici. C’est commun de rencontrer des gens qui racontent être venus ici pendant un an et finalement y être encore sept ans plus tard. »

 

Fermeture des frontières : une opportunité ?

Prévu pour permettre aux élèves de partir à l’international, en raison de la pandémie, c’est vers les destinations intérieures que les équipes ont dû tourner leurs horizons, avec, au départ, un peu de frustration. « Une des valeurs du programme DéfiMonde, c’est d’aller à la rencontre de l’autre, explique Cathryne. Pour moi, personnellement, quand on nous a dit qu’on allait rester au Canada, j’avais peur de ne pas avoir cette opportunité. »

Une angoisse de ne pas trouver de différence flagrante entre Yellowknife et leur environnement quotidien, qui, de leur propre aveu, n’a pas duré longtemps. « Ça a vraiment été le contraire, et on est vraiment fiers de notre projet », termine-t-elle.

Isabella Sampaio, une de ses camarades, surenchérit : « C’est surement une des meilleures expériences que j’aurai dans ma vie. Ça nous pousse, cette expérience différente, à vivre pendant un mois avec des gens qu’on n’a jamais vus et avec sept autres adolescents et un coach. C’est vraiment une expérience un peu folle. Ça nous pousse à faire des choses qu’on n’aurait jamais faites avant. Je crois que je dirais aux gens, à la maison, qu’on n’a pas besoin d’aller à l’international pour passer par des choses nouvelles. On a beaucoup de culture, on a beaucoup d’opportunités ici, même à voir l’autre. Il faut juste regarder. Mais même si ça parait similaire, c’est complètement différent. »

« Nous avons un pays incroyable, et les gens ne l’explorent pas tant que ça, explique Tammy Roberts. Alors, avoir des jeunes qui restent aussi longtemps que ce que [l’équipe Auradis] a fait, ça leur permet d’expérimenter ce que la communauté a à offrir. »

Et de se rendre compte aussi des besoins qui sont parfois plus proches qu’on ne le pense. Comme le raconte une autre participante, Alexandra Tarnowski, « il y a aussi quelque chose d’autre qu’on a dû réaliser, c’est que ce n’est pas parce que c’est au Canada, ou que quelqu’un vit au Canada, qu’ils n’ont pas besoin d’aide. Il y a aussi des personnes, des communautés, des organismes qui ont besoin d’aide dans notre propre pays. »