Le féminisme 2.0 face à la Ligue du LOL
Depuis la mi-février, le scandale de la Ligue du LOL fait la manchette des journaux en France. Les membres de ce groupe Facebook privé, qui a commencé à sévir dans les années 2010 et qui s’est doté de ce nom LOL (pour laughing out loud) sont des journalistes et blogueurs qui s’attaquaient à leurs confrères, essentiellement des femmes et militantes féministes sur Twitter. Les membres de ce « boys club » ont évolué dans le milieu journalistique et sont devenus des membres influents des médias, tout en saccageant des vies impunément et apparemment juste pour rire.
Les langues se délient enfin et de nombreuses victimes racontent enfin ce qui est arrivé et témoignent des effets dévastateurs de ce cyberharcèlement. Les membres de la Ligue font enfin face à la musique. Même s’il n’y a pas d’accusation formellement portée contre eux, ils sont en train d’écoper et de perdre leurs emplois.
Les membres de cette Ligue se disent surpris que leurs cibles aient été à ce point touchées par les publications supposément drôles, mais surtout antiféministes, homophobes, grossophobes, racistes et parfois mêmes antisémites. Ces trolls qui ridiculisent, rabaissent sur un ton condescendant, surtout quand la cible est une femme, et qui, au lieu de présenter un débat d’idées ou une quelconque argumentation, se déchainent sans aucun filtre.
Comme les autres harceleurs dans la « vraie vie », ces « clictistes » ne semblent pas mesurer la portée de leurs actes. La « culture LOL » a dévoyé la communication traditionnelle et juste pour avoir le « bon mot » et créer le buzz, se traduit entre autres par des propos autrefois intolérables, 140 ou maintenant 280 caractères assassins, à l’emporte-pièce. Les adeptes se lancent la balle à qui mieux mieux et cela déboule sans fin, tel un rouleau compresseur de gazouillis qui terrasse les victimes et finit par nous rabaisser tous comme société. On est mal, mais notre seuil de tolérance s’affaisse pour accepter l’inacceptable. Le cyber agresseur ravage, mais lui, il ne s’inquiète pas, au contraire, il pose les jalons de sa carrière, car beaucoup de gens le suivent.
Si l’affaire LOL éclate maintenant en France, le phénomène du cyberharcèlement ne se limite pas à l’Hexagone. Un rapport de Reporters sans frontières de 2018 relève que ce phénomène touche des femmes journalistes du monde entier, et selon l’Internationale Women’s Media Foundation, près des deux tiers des femmes journalistes sont la cible des cyber agresseurs.
Osez le féminisme 2.0
Une étude réalisée à l’Université de Chicago en 2018 portant sur les opinions des milléniaux sur le féminisme (Millenial Views on Feminism) a démontré que si les milléniaux sont d’accord avec le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, la plupart d’entre eux ne se considèrent pas comme féministes. S’ils adhèrent aux revendications et aux programmes des mouvements féministes, ils disent toutefois que le féminisme n’est pas pour eux. Il y a lieu de se demander qu’elle est la perception qu’ont les milléniaux et les jeunes de la génération Z (nés après 1995) du féminisme.
Est-ce la perception que les féministes sont des hordes de femmes hystériques apostrophant tout passant qui ne se joint pas à la cause ? Il est évident que l’étiquette féministe ne colle plus. On demandait aussi aux participants si notre société a atteint un niveau où les femmes ont les mêmes perspectives et possibilités de réussite que les hommes. La majorité des répondantes ont rétorqué qu’on n’y est pas encore. Par contre, la majorité des hommes, toutes catégories confondues, à l’exception des Américains d’origine asiatique, pensent que la société a atteint ce niveau d’équité. Ce qu’il faut retenir de cette étude est qu’il y a un risque de complaisance et que les nouvelles générations doivent être sensibilisées et instruites sur les défis auxquels les femmes font encore face. Si des batailles ont déjà été remportées, la « guerre » n’est pas finie. Il ne s’agit pas de traiter les hommes de porcs, mais bien de continuer à lutter contre toutes les inégalités. Le féminisme se doit d’être intersectionnel, le combat féministe doit être inclusif, car l’essence même du mouvement est la revendication qu’aucune différence de traitement n’est acceptable sur la simple base d’une différence physique ou du choix de vie.
Ce qui fait grandir les femmes améliore toute la société. Pour citer Christiane Taubira : le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées. Être impitoyable envers un comportement sexiste ce n’est pas faire la guerre à l’autre sexe. Il faut comprendre que le combat féministe n’est pas de justifier que les femmes méritent leur place au pouvoir, mais de faire appliquer leur droit inaliénable d’accéder à toutes les sphères de la société. Ce droit est entravé sans motif valable depuis bien trop longtemps. Le débat qui doit avoir lieu aujourd’hui, c’est comment éradiquer les prétextes qui justifient ces discriminations.
Le féminisme dans les médias sociaux
Les féministes luttent contre toute forme d’oppression en organisant des marches et autres activités de sensibilisation. L’activisme féministe dans les médias sociaux est récent. Des campagnes de mobilisation et de dénonciation utilisant des hashtags tels que #MeToo, #balancetonporc, #TimesUp, #payetashnek etc. permettent de dénoncer et surtout de créer des mouvements de solidarité et des victimes osent enfin s’exprimer pour réveiller les consciences, s’inspirer les uns(es) et les autres et continuer à se mobiliser et à dénoncer les discriminations.
Oui, on peut voter, on peut avoir son propre compte bancaire, on peut divorcer, on peut avorter, mais le chantier n’est pas terminé. Ici comme ailleurs.
Les féministes milléniaux ont accès aux nouvelles technologies et de nouvelles plateformes que n’avaient pas les suffragettes. Il faut rester vigilants, car certains droits acquis peuvent être remis en question au gré des changements politiques, et le monde ne change pas si on ne s’active pas.
Pour combattre la cyber intimidation qui touche tout le monde, sans distinction de genre, de nationalité, d’âge, d’orientation sexuelle, de race, de religion, il faut se battre avec les mêmes armes et utiliser les mêmes médias, mais différemment.