Dans le quartier Niven Lake de
Yellowknife, le tipigloo est un des
premiers bâtiments des TNO à associer
cultures autochtones
et architecture contemporaine.
Avec sa forme circulaire, son toit surplombé d’un puits de lumière conique et bleuté, le tipligloo – appelons-le ainsi – du quartier Niven Lake ne manque pas d’attirer l’attention. Celle des badauds bien sûr, mais également celle des spécialistes. La conception de cette résidence a valu à l’architecte Kayhan Nadji un Merit Award en 2001, décerné par le National Post Design Exchange. Sur 280 propositions, seulement 20 furent récompensées. Sa photo a été publiée dans plusieurs magazines à travers le monde.
C’est en 1998 que la résidence a été construite, alors que l’architecte habitait déjà aux territoires depuis près d’une décennie. « Depuis plusieurs années, explique Kayhan Nadji, je cherchais à comprendre les cultures autochtones et à en intégrer des éléments à l’architecture contemporaine. Le résultat de cette démarche a été l’utilisation du cercle, qu’on retrouve autant dans le tipi des Dénés que l’igloo des Inuits, et qui symbolise l’unité (accent sur le centre). Quant à la forme conique, pour les Autochtones, elle comporte une dimension spirituelle, créant une relation entre les hommes et le ciel. »
Structure et harmonie
Le tipigloo, résidence de la famille Nadji, surplombe le Old Town et la baie de la rivière Yellowknife, sur lesquels il offre une vue extraordinaire, mise à profit par deux étages de vérandas et une fenestration généreuse. Pour le revêtement extérieur, l’architecte a choisi un stucco gris avec des reflets violets, qui s’harmonise avec les collines rocheuses environnantes et leurs mousses séchées. Par-delà l’esthétique, la forme circulaire du bâtiment joue un rôle important au niveau physique. L’absence d’angles apporte une diminution du périmètre, donc une économie de matériaux, et offre moins de surface en pâture au vent. En termes d’aérodynamisme, le vent répartit la neige autour de la maison plus également, ce qui apporte une isolation supplémentaire. La maison de 450 mètres carrés comporte quatre étages ouverts, reliés par un escalier central en spirale. Chacune des quatre chambres à coucher dispose de sa propre véranda.
Le poêle à bois, disposé au milieu du rez-de-chaussée, rappelle le feu central des habitations autochtones autour duquel on s’assoie, autre occasion de cercle, d’unité. Son tuyau monte à travers les étages pour ressortir à travers le puits de lumière bleuté. Le soleil y est généreusement accueilli l’été tout comme, l’hiver, les aurores boréales.
« Les entrepreneurs n’avaient jamais construit de maison de ce type, se rappelle Kayhan Nadji, alors ils ne voulaient pas me faire d’estimation, ils n’avaient aucune idée de combien ça allait leur coûter! Mais nous avons trouvé une façon rapide de construire. La structure circulaire, par exemple, a été faite en trois parties chez le charpentier qui ont été assemblées au chantier directement sur le sous-sol. »
Patrimoine et continuité
Les différentes qualités de la maison ronde de Kayhan Nadji ont, comme nous l’avons évoqué, été soulignées dans le milieu spécialisé de l’architecture. On serait tenté d’ajouter qu’elle est devenue un bâtiment emblématique de la ville de Yellowknife. Lors de leur passage ici, affirme Kayhan Nadji, nombre de touristes russes, japonais et américains viennent la regarder et la photographier. Une photo de la demeure – montrée comme un exemple de concept nordique – se trouve dans un manuel scolaire de 7e année en Alberta.
Et, peut-être plus important, poursuit l’architecte, le projet a beaucoup touché les Autochtones parce qu’il intégrait des éléments prédominants de leur culture, constituant une reconnaissance de leur savoir-faire. Depuis, Kayhan Nadji a réalisé plusieurs autres projets dans cet esprit de synthèse. À Cape Dorset, il a conçu un hôtel s’inspirant des maisons de pierres des Inuits. Il a également dessiné un bâtiment gouvernemental reproduisant les formes du tipi et du tambour. Le modèle a été utilisé à Whati et le sera bientôt dans trois autres collectivités dénées. « En étudiant l’architecture autochtone, a écrit Kayhan Nadji, on comprend que les structures complexes ne sont pas toujours supérieures. L’architecture autochtone possède un haut degré de sophistication, de performance, de pertinence pour les besoins et le respect de l’environnement. Les maisons des Autochtones ne sont pas seulement en symbiose avec la nature, elles la célèbrent comme la source de la vie. »