Un corégone de 30 livres a été pêché dans les eaux du Grand lac des Esclaves, en 2004. Presque totalement dépourvu d’appareil reproducteur, le poisson est-il une erreur de la nature ou le produit de la pollution?
Les histoires de pêche font généralement sourire. Les pêcheurs ont souvent tendance à exagérer le fruit de leur capture, au profit de légendes fantastiques. Pourtant, une histoire de pêche a bien fait le sujet central de discussion au Young Leaders Summit on Northern Climate Changes, il y a de cela quelques semaines. Cette fois-ci, personne n’a ri, l’heure était plutôt à la réflexion.
En effet, le poisson recueilli en 2004, présentait des anomalies importantes, d’abord quant à son poids – un corégone pèse normalement entre trois et quatre livres – et aussi quant à ses organes reproducteurs – le poisson n’avait que de très petites gonades. « Il semblerait que le corégone ait utilisé ses ressources alimentaires pour produire de la masse au lieu de se reproduire, ce qui demande beaucoup plus d’énergie », souligne Fred Taptuna, responsable au ministère de Pêches et Océans Canada, à Hay River.
Le corégone, ni mâle ni femelle, en a surpris plus d’un, à commencer par George Low, chercheur à l’époque pour Pêches et Océans : « C’était un poisson très inhabituel. Il devait avoir environ 15 ans. Même lorsqu’il y avait de la pêche commerciale au corégone géant, ils ne pesaient jamais plus de quatre ou cinq livres ».
Contamination
Récemment, la contamination des poissons dans le lac Athabasca a refait surface. Plusieurs études ont démontré qu’il pouvait y avoir un lien avec les industries pétrolières. Les recherches de l’Université de l’Alberta ont trouvé la présence, entre autres, de mercure et d’arsenic dans l’eau du lac.
Le Slave River Journal rapportait, en octobre dernier, le cri du cœur du docteur Erin Kelly, spécialiste de l’eau, au ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles. Elle demande l’aide de la population de Fort McKay, Fort Chipewyan, Fort Smith et Fort Resolution afin de recueillir des poissons et de les analyser.
Pour sa part, l’énorme corégone de Hay River n’a pas encore révélé tous ses mystères. « On ne pensait pas à cela (la pollution) à ce moment-là, mais le poisson a été envoyé à Jim Reist, qui travaille pour un groupe de recherche de biologie marine », mentionne M. Low. Pour le moment, Fred Taptuna attend toujours les analyses du chercheur afin de démontrer si oui ou non la contamination des eaux peut avoir causé l’aspect anormal du poisson.