En prenant connaissance des revendications de Jack Anawak pour un soutien plus large en matière de santé mentale dans les petites collectivités du Nord, on ne peut que se remémorer toutes les statistiques publiées en matière de taux de suicide dans le Nord, principalement au sein des communautés autochtones.
Y a-t-il une exagération? Pas du tout. Le taux de suicide des jeunes Autochtones du Nord est six fois supérieur à la moyenne nationale qui est de 14 par tranche de 100 000 habitants.
Ces données statistiques sont spectaculaires et soulignent sans détour la tragédie humaine qui se vit dans le Nord.
Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg.
Pour chaque personne qui se suicide, il y en a des dizaines qui continuent à survivre en traînant avec eux un malaise psychologique profond. Ce malaise psychologique continue de les toucher et de toucher également leurs proches. Que ce soit le taux de criminalité, le taux d’agressions sexuelles et physiques, l’alcoolisme ou la dépendance aux drogues, toutes les statistiques démontrent que ces fléaux sociaux sont omniprésents dans le Nord et ne font, souvent, que perpétuer la situation chez les générations futures.
Les violences physiques et psychologiques des pensionnats se sont perpétrées il y a 40 ou 50 ans. Mais au retour dans leur communauté et à la suite de leurs mariages et de la fondation de leurs familles, plusieurs des victimes des pensionnats ont simplement perpétué les comportements vicieux subis à l’école. Quelques générations plus tard, ces comportements sont aussi adoptés par les descendants.
Les jeunes du Nord n’ont pas fréquenté les pensionnats, mais ils sont néanmoins des victimes de ce système, et toute guérison doit passer par des programmes qui prennent en compte l’ensemble des séquelles, pas seulement celle des parents et des grands-parents.