Un couple franco-ténois fait de l’élevage à distance.
Parmi les 275 fermes d’alpagas établies au Canada, trois sont répertoriées dans les territoires. Une au Yukon, une à Fort Smith, aux TNO, et une autre, Alpagas Karisma Alpacas, en pleine zone résidentielle de Yellowknife. Pourtant, il n’y a pas plus de fumier de camélidé que de bouse de vache dans la capitale ténoise. Non, les seuls signes qui révèlent la présence d’un élevage d’alpagas sont deux rubans colorés fièrement posés sur les tours de son du cinéma maison de François Grenon et d’Isabelle Côté. Deux rubans attribués à une femelle alpaga, du nom de Mademoiselle, lors du concours 2010 de l’exposition d’alpagas en Ontario. Mademoiselle appartient à ces deux Franco-Ténois, mais n’a jamais posé les pattes au nord du 60e parallèle. Elle mène une vie tranquille au Québec en compagnie de trois autres alpagas de la ferme Karisma logés chez un autre éleveur. Pour l’instant, la ferme Karisma n’a que ses quatre alpagas et ses deux rubans à contempler, mais le couple compte déménager bientôt sur la rive sud du Saint-Laurent afin d’acquérir une terre et de développer leur ferme au sein d’un marché en expansion au Canada.
Le rêve d’une vie plus vraie, plus proche de l’autosuffisance, courait dans la tête de ces deux Québécois d’origine, et c’est un article dans une revue de tricot qui a éveillé les sens d’Isabelle Côté. Femme créative et tricoteuse avertie, elle veut s’immerger dans le monde de la fibre d’alpaga et travailler avec cette matière connue pour être plus chaude et plus résistante que la laine, tout en ayant des qualités peu allergènes. François Grenon est piqué par le développement du bagage génétique des alpagas canadiens. Il veut se concentrer dans l’élevage d’alpagas et améliorer les qualités de son troupeau, pour finalement collaborer avec d’autres éleveurs afin de promouvoir ce secteur économique. Ils prétendent qu’une ferme d’alpagas n’est pas tant demandant que cela, car l’animal n’est pas un gros mangeur, et, lorsqu’il paît, il n’arrache pas l’herbe, mais la coupe simplement. « Une ferme d’alpagas demande peu d’entretien et dégage peu de nuisance environnementale par rapport à un élevage de bovins ou de porcs », explique Mme Côté.
Le couple est heureux que le travail de recherche et de préparation effectué ces deux dernières années ait porté fruit avec deux récompenses lors de leur première participation à une exposition agricole. Avec cet élan, qu’ils attribuent à leur passage dans le Nord, ils se voient participer au développement du marché canadien et devenir des chefs de file dans cette industrie à tricoter de toutes pièces. Ils s’imaginent, dans plusieurs années, propriétaires de 150 alpagas, un troupeau suffisant pour subvenir au volume de fibre nécessaire pour offrir des produits issus de leur élevage. Isabelle Côté filera sa propre laine, connaîtra l’art du mélange et le tri de la fibre, et François Grenon sera passé maître dans l’élevage de ces camélidés. Deux avenues qu’ils espèrent maîtriser et enseigner par la suite. Un des plaisirs qu’ils auront rapidement la chance de satisfaire à foison sera d’écouter leurs alpagas. Ces animaux sont effectivement très expressifs et émettent des sons plus ou moins sourds lorsqu’ils sont calmes, qu’ils s’accouplent ou détectent un danger. « Être là avec eux, quand ils sont au calme dans leur environnement, c’est très relaxant à écouter », assure Isabelle Côté.