Assis en cercle autour de leur professeur, une douzaine d’élèves écoutent. Ils découvrent la première technique d’immobilisation au sol que l’on enseigne au judo. Déjà, ils comprennent les rudiments d’un sport olympique qui exalte le respect des consignes, d’autrui et de soi-même.
Cela fait un mois, que tous les élèves du primaire de l’école Allain St-Cyr (EASC) pratiquent le judo chaque semaine sur le tatami de 12 tapis placé dans la rotonde. Mario Desforges, mandaté par la société John Howard des TNO, propose aux écoliers de développer leur habileté spatiale, le contrôle et l’estime de soi.
« Le but est d’enseigner un sport toute l’année, d’assurer une continuité dans quelque chose, explique M. Desforges. À travers les jeux, les jeunes sont incités à passer l’étape de l’inconnu. Ils s’amusent dans un encadrement contrôlé et sécuritaire.» En se basant sur son expérience, le senseï francophone argumente que dans cette société de fast food où tout doit se faire vite, il est bénéfique pour les jeunes de retrouver un apprentissage qui suit une progression. « Un gros problème de nos jours réside dans le manque de volonté et de persévérance. Aujourd’hui, je leur ai demandé s’ils voulaient apprendre ce qu’était une immobilisation, il y avait un intérêt et je leur ai montré la première des quatre techniques qu’il leur faudra maîtriser pour obtenir leur ceinture jaune. Avec ces étapes, ils ont un but et un objectif pour continuer. »
Déjà, le programme a pris de l’ampleur aux TNO. Mario Desforges visite deux fois par semaine l’EASC et se déplace à l’école Boréale de Hay River, il enseigne aussi aux écoles Weledeh de Yellowknife et K’alemi de N’Dilo, et intervient également auprès des détenus du Centre de détention pour jeunes contrevenants du Slave Nord. De plus, d’autres membres de l’Association du Judo du Nord des TNO, présidé par M. Desforges, implantent le même programme dans différentes collectivités des Territoires. « J’espère bien recréer l’engouement que le judo avait suscité à Iqaluit, alors qu’après cinq ans et demi plus de 1 100 jeunes s’entraînaient chaque semaine. Il y a un énorme potentiel pédagogique à la pratique du judo », souligne calmement Mario Desforges.
Dans les prochaines semaines, les jeunes judokas d’Allain St-Cyr recevront leur judogi qu’ils attacheront avec leur ceinture blanche de débutants. Pour eux, l’objectif sera de passer au deuxième grade à la fin de l’année scolaire, la ceinture jaune. Pour plusieurs, cette expérience à l’école suffira, mais pour les autres qui voudraient porter le judogi plus souvent, la ville de Yellowknife offre depuis plusieurs années des cours de judo les soirs de semaine et les samedis matin. Miriame et Kenya, deux élèves de la classe de 5-6 de l’école francophone se disent très excités à l’idée de porter des ceintures. Mario Desforges a indiqué qu’il y avait un petit groupe de judokas adolescentes à Yellowknife qui démontrait un intérêt marqué pour ce sport. « Elles se retrouvent et pratiquent les soirs de semaine, c’est une belle chimie. Il est probable que nous réussissions à créer un basin assez important pour la compétition, en démontrant que le judo peut avoir autant de valeur que le hockey par exemple, en permettant à des jeunes des collectivités isolées d’atteindre un niveau pour réaliser expérience de vie unique que peut offrir une compétition nationale ou internationale. »