En ce lundi pluvieux du mois d’août, il est entré dans l’association franco-culturelle de Hay River, en s’exclamant d’un ton surpris et heureux : « On parle donc français ici? ».
Ce grand bonhomme aux cheveux blancs, au regard bleu pétillant, exprimait avec un grand sourire sa joie de parler français dans ces territoires nordiques. Paul Touzin, Franco-Ontarien, passait à Hay River. Juste avant son arrêt à l’association, il s’était rendu à l’office de tourisme de la ville. Là, on ne l’avait pas informé de l’existence de l’organisme francophone, on lui avait donné les brochures touristiques classiques. Et c’est en marchant dans le centre-ville qu’il a vu le panneau de l’association franco-culturelle.
Hay River représentait une halte sur son trajet, après être passé à Yellowknife. Là encore, même affaire : il a été surpris de découvrir, au fil de sa visite du centre-ville, la Maison bleue des organismes francophones. « On ne sait pas qu’il y a tant de francophones dans le Nord. Je suis vraiment étonné par cette présence que je n’ai jamais soupçonnée aussi forte », dit ce cycliste, qui en est à sa huitième traversée du Canada en solitaire.
Paul Touzin a toujours vécu en français en Ontario, même s’il parle majoritairement anglais dans son travail. C’est un voyageur de l’extrême, qui fait une expédition à chaque trois ans. Déjà, en 1976, il reliait Ottawa à la Baie James en canoë-camping. Puis, en 1980, il est parti à l’assaut des monts Thorngat, les plus hauts sommets de l’est du Canada, au nord du Labrador.
Entre-temps, le vélo est apparu dans sa vie à la suite d’une expédition dans l’ouest du pays avec un ami. Les deux jeunes se retrouvent sans le sou à Vancouver. Ils décident de faire des petits boulots pour acheter des vélos et rentrer à moindres frais chez eux. Depuis, Paul Touzin s’est fixé comme objectif de parcourir toutes les grandes routes du Canada et toutes les passes des Rocheuses.
Il met à profit les trois mois d’été dont il dispose pour pédaler environ 100 km par jour, avec un budget quotidien d’environ 25 dollars, une tente, une petite caméra, un carnet de route. Depuis les années, il sait réduire au strict minimum son équipement et ses provisions. Il n’a pas peur des bêtes sauvages, ni des routes gravelées sur lesquelles il peine parfois, ni d’une agression quelconque. Au contraire, il trouve qu’au fil des ans, les gens sont de plus en plus courtois avec les voyageurs à vélo.
Il a eu un seul accident en trente ans de bicyclette, par une collision avec un véhicule qui s’acheminait vers un stationnement, coupant la voie de circulation cycliste.
Concernant les Territoires du Nord-Ouest, Paul Touzin reconnaît que les gens qu’il rencontre font preuve d’une grande gentillesse. « Surtout sur les portions de gravelle… les conducteurs s’arrêtent pour me demander si j’ai besoin de quelque chose, ils conduisent plus lentement, ils font attention à des gens à vélo comme moi. »
Lorsque Paul Touzin parle de ses randonnées, il le fait d’une manière simple et naturelle. On dirait que l’espace, la liberté d’aller où bon lui semble, lui colle à la peau depuis toujours. « Je veux toujours savoir ce qu’il y a au-delà de l’horizon et je n’ai pas besoin de savoir où je serai ce soir. »
Y’aurait pas un peu du coureur des bois là-dedans? Il éclate de rire : « En 1972, j’étais dans un train à l’arrêt quand, soudain, j’ai vu descendre quelqu’un d’un wagon. Il a pris son canoë, son équipement et il est parti. Ça m’a impressionné. »