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le Vendredi 14 Décembre 2007 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

Maroc rouge (suite et fin)

Maroc rouge (suite et fin)
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Après trois jours passés à Marrakech, cette belle ville si vivante, où les contrastes se côtoient, où les traditions millénaires se heurtent à un modernisme omniprésent, nous entamons notre route vers le grand sud. Oui, le grand sud a des consonances de grand nord, si vous me suivez. Des consonances d’exotisme. Des consonances d’inconnu. Des consonances du grand désert de sable, par opposition au grand désert de glace et de neige du Nord. Ce n’est pas la première fois que j’ai l’occasion de faire cette comparaison.

La dernière journée de mon séjour à Marrakech, je suis malade, très malade, toute la nuit. Malade à un point tel que je me dis qu’au petit matin, je vais tenter de revenir chez moi par le prochain avion. Mais au petit matin, une fois les angoisses de la nuit passées, je décide de bien me soigner et de poursuivre le voyage. Après tout, ne suis-je pas venue pour découvrir ce beau pays? Je passe donc par la pharmacie, et je m’apprête à vivre une longue journée en autocar… sans toilettes. Mais le guide et l’accompagnateur ont été prévenus. Les arrêts se feront plus fréquemment aujourd’hui, fort heureusement pour moi.

Le trajet de cette première journée n’est pas très long : Marrakech – Ouarzazate. Quel beau nom! Je vais vous avouer quelque chose. C’est ce beau nom de Ouarzazate qui m’a convaincue d’aller visiter le grand sud du Maroc, ce beau nom si évocateur de désert et de sable, en tout cas, pour moi.

Dans cette ville, deux ou trois studios de cinéma. En effet, ces montagnes annonciatrices de désert et de sable sont l’endroit rêvé pour tourner des films. Plusieurs films se sont tournés ici, certains célèbres, d’autres moins. je me contenterai de nommer Lawrence of Arabia et Astérix et Cléopâtre. Les studios situés au milieu de nulle part ont l’air de grosses statues égyptiennes en carton pâte. Bizarre! Mais le décor naturel vient expliquer le choix de l’endroit.

Ma journée voit lentement ma récupération s’opérer. Et tout doucement, je fais plus ample connaissance avec mes compagnons et compagnes de voyage. Une femme me demande si je connais M.D. de Yellowknife. J’ai déjà travaillé avec la personne en question pendant des années. Cette compagne de voyage connaît le frère de cette personne avec qui j’ai travaillé. Encore une fois le monde me rattrape. Que le monde est petit quand on a déjà habité dans le Grand Nord!

Le lendemain, la longue route se poursuit plus vers le sud, vers Zagora, autre étape qui nous rapproche du désert. À Zagora, on couche dans un espèce de palais dont les cours et les dépendances sont somptueuses, mais dont les chambres et les repas laissent à désirer et n’ont rien d’un palais, du moins comme on l’entend. C’est une petite ville, bien nichée dans l’Atlas et où on dort les poings fermés, car le bruit est inexistant. Le lendemain, dernière étape avant Erfoud. Au départ, une grande pancarte frappe notre imagination : Zagora – Tombouctou : 52 jours. C’est cette pancarte que les caravaniers voyaient avant d’entreprendre leur traversée du désert, en passant par l’Algérie, pour arriver au Mali. Et encore, 52 jours, c’était quand tout allait bien. S’il y avait une tempête de sable ou autre, ça pouvait vous prendre deux et même trois mois… en dromadaire, bien sûr.

Donc, direction Erfoud, où nous arrivons vers la fin de l’après-midi. Puis, nous nous dirigeons vers la grande dune de Merzouga, une dune rouge impressionnante qui fait plus de 45 kilomètres, et située à environ une quarantaine de kilomètres d’Erfoud. Nous arrivons à quelques minutes du coucher du soleil. Mes compagnons et compagnes de voyage se dirigent vers le haut de la dune pour y admirer le coucher de soleil, à dos de dromadaire. Étant donné mon état de santé encore précaire, je reste sur place et j’admire également le coucher de soleil. Et je suis bien placée pour voir les centaines de dromadaires qui rentrent au bercail. Quel beau spectacle, avec le coucher de soleil en image de fond.

Au retour de tout le monde, nous regagnons les 4X4 et nous nous dirigeons vers le bivouac où nous allons coucher ce soir. Ce sont de vraies tentes berbères, placées en rond, et qu’on a montées pour nous. Il y a une dizaine de tentes où nous coucherons deux par tente. Un petit feu est allumé par les Berbères. Le soleil est maintenant couché et il fait noir, très noir. Cependant, le ciel étoilé éclaire la terre, tellement les étoiles y sont brillantes.

Je sais, il y a des beaux ciels (ça se dit) dans le Nord, mais jamais je n’ai vu un ciel avec autant d’étoiles. Jamais, je vous le dis. C’est d’une beauté écrasante. Et aucun son. Le grand silence. Nous sommes vraiment sur la dune, entourés de sable, en plein désert. C’est impressionnant.

Ce soir, j’aurai peine à trouver le sommeil, un peu apeurée par le silence et l’isolement. Je me relève et vais m’asseoir près du feu avec les jeunes Berbères qui gardent le camp. Je finirai par trouver le sommeil, pour me réveiller aux premières lueurs du jour, avec un lever de soleil sur les dunes. Encore une image inoubliable.

Et c’est à regret qu’on laisse le désert derrière nous, pour nous diriger vers Tinghir, ville située dans l’Atlas où nous visiterons des gorges magnifiques. Le lendemain, nous bouclons la boucle sur Ouarzazate et ensuite Agadir, qui me laisse plutôt indifférente, comme les autres personnes du voyage d’ailleurs. C’est une grosse ville assez nouvelle (reconstruite en 1960, après un tremblement de terre), station balnéaire, très touristique. Mais cela termine bien le voyage, car nous aurons moins de regret de quitter le Maroc, en repartant d’Agadir.

Et c’est ainsi que d’autres belles images viennent s’inscrire dans nos mémoires, impérissables et bien vivantes. C’est également ainsi qu’un voyage prend fin.