La salle était bondée, mais on aurait pu entendre une mouche voler tellement les gens étaient captivés par les histoires de René Fumoleau. Une quarantaine de personnes ont assisté au lancement du CD They gave me a chance de René Fumoleau la semaine dernière au Centre du patrimoine septentrional du Prince de Galles.
Le CD double d’une durée d’environ 150 minutes contient principalement des versions orales d’histoires que le conteur d’origine française venu s’établir dans les TNO au début des années 50 a écrites dans ses œuvres antérieures. On y retrouve aussi des informations sur la vie de René Fumoleau ainsi que des enregistrements historiques de chants autochtones qui datent de 1957.
Les quelque 60 récits présentés sur le disque sont tous en anglais. « La majorité de ses auditeurs parlent anglais. C’est pourquoi nous l’avons juste fait en anglais », a justifié Bill Gilday, qui a travaillé sur la production du disque.
Des histoires et encore des histoires
C’était beaucoup plus qu’une simple présentation officielle du CD de René Fumoleau que l’auditoire a pu voir le 14 juin dernier. Les gens ont d’abord et avant tout pu découvrir ou se remémorer les multiples histoires et anecdotes que l’artiste-prêtre qui fêtera son 81e anniversaire cette année a pu raconter avec une énergie pour le moins surprenante.
Il a notamment raconté l’anecdote de la visite de la reine Elizabeth II et du prince Charles à Yellowknife en 1970. Fumoleau se trouvait avec cette dame autochtone prénommée Mary qui n’avait aucune idée de qui était le prince Charles lorsque ce dernier est venu à sa rencontre. « Vous devez être très riches pour venir d’aussi loin que Londres », avait-elle candidement noté.
Ou l’histoire de l’homme qui payait ses comptes d’électricité avec les bouteilles d’alcool vides. Le jour où le prix de l’électricité a augmenté, l’homme s’est donc résolu à boire plus d’alcool.
Toute la soirée, Fumoleau n’a pas manqué de divertir les gens sur place avec ses histoires. Ceux-ci en ont d’ailleurs redemandé à maintes reprises. « Il a l’habileté de prendre quelque chose de compliqué et le rendre très simple. Il aide à nous faire comprendre des choses. Je me sens très chanceuse d’être ici », a expliqué Mindy Willett de Yellowknife, une admiratrice qui était présente à la soirée.
« Je sais qu’il est dans les environs depuis très longtemps, mais c’est la première fois que je le vois en personne ce soir. C’est un homme très charmant », a pour sa part révélé Ingrid Panay.
De son arrivée à Fort Good Hope en 1953 jusqu’à son déménagement à Yellowknife en 1970 en passant par un séjour de quelques années à Déline, sur le Grand lac de l’Ours, celui qui habite maintenant Lutselk’e a vécu de nombreuses expériences qui lui ont inspiré ses histoires.
« Il y a beaucoup d’histoires vraies. Des noms ou certains éléments ont été changés, mais l’essentiel est vrai », a souligné René Fumoleau. En entrevue avec L’Aquilon, le conteur en a profité pour y aller de quelques réflexions sur son vécu aux TNO. « Le Nord était un pays ou il faisait bon vivre. Il y avait encore une liberté », a-t-il confié.
« La vie était bien simple il y a 50 ans. Les Dénés vivaient encore leur vie traditionnelle. On avait beaucoup de temps pour être ensemble, se raconter des histoires ou simplement rien faire. J’ai eu la chance de venir ici dans cette période où il n’y avait pas de télévision, pas de radio, pas de moteur et la livraison du courrier aux cinq ou six semaines », a poursuivi René Fumoleau.
Approché par les Conteurs du Canada
Ayant déjà à son actif trois livres [Aussi longtemps que le fleuve coulera; Here I Sit; The Secret], un recueil de photographie et deux films, René Fumoleau croyait bien à son âge en avoir terminé avec la production littéraire. Mais c’était avant que des représentants des Conteurs du Canada avec qui il a beaucoup collaboré par le passé l’approche en février dernier. René Fumoleau explique que l’organisme a lancé un programme il y a quelques années pour préserver les histoires des conteurs. Seulement deux ou trois artistes au Canada ont collaboré à un projet d’enregistrement similaire jusqu’à maintenant, mais le Ténois explique que son projet apparaissait plus complexe.
« Dans mon cas, c’est un peu différent parce qu’il s’agit de mes propres histoires. C’est facile de raconter des histoires qu’on a déjà entendues, mais c’est beaucoup moins évident quand il s’agit d’histoires personnelles qu’on a vécues », a-t-il expliqué.
C’est pourquoi René Fumoleau a voulu produire le CD avec quelqu’un avec qui il se sentirait à l’aise. Les Conteurs du Canada lui ont bien offert de travailler avec des experts en production de partout au Canada, mais Fumoleau a plutôt demandé de faire le projet avec son ami de toujours Bill Gilday.
« Bill connaît le pays. Il connaît les gens d’ici. Et donc, pas besoin d’expliquer tout contrairement à si ça avait été un étranger. Ça simplifiait les choses. De plus, c’est un excellent technicien et il a beaucoup de patience », a soutenu M. Fumoleau.
« J’ai bien aimé travailler avec René, mais ça a été beaucoup de travail. Nous avons dû reprendre jusqu’à 5 ou 10 fois certains extraits. C’est quelqu’un de très perfectionniste », a noté de son côté Bill Gilday, qui ajoute que le duo s’est rencontré à au moins une trentaine de reprises pour compléter l’enregistrement.
Et ces innombrables heures de travail acharné font dire à René Fumoleau qu’il s’agissait bien là de l’ultime projet de sa longue carrière artistique.