le Mardi 17 février 2026
le Vendredi 8 juin 2007 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Culture

Deux oeuvres magistrales

Deux oeuvres magistrales
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Il y a peu de temps, j’ai eu la chance inouïe de voir deux oeuvres magistrales, à trois jours d’intervalle.

Tout d’abord, je m’étais procuré un billet pour la première de LipSynch, de Robert Lepage, pièce présentée dans le cadre du Festival des Amériques, à Montréal. Je suis une grande fan de Robert Lepage, et après voir fait le décompte, l’autre jour, en attendant dans la salle, j’ai réalisé que j’avais vu 9 des ses chefs d’oeuvre, dont les Sept branches de la rivière Ota (une pièce qui dure plus de 9 heures) et la Trilogie des dragons, pour ne nommer que celles-là.

Je m’en allais donc voir cette pièce sans appréhension aucune. Et je n’ai rien perdu pour attendre. Cette pièce qui dure plus de 5 h 20 minutes, avec les deux entractes, est tout bonnement, encore une fois pour Lepage, géniale. Encore une fois, il exploite la confrontation des langues. Un appareil situé à l’avant de la scène traduit en français tout ce qui se passe, car plus de sept langues sont utilisées dans la pièce, qui se passe dans plusieurs pays, à l’échelle de la planète. Et comme toujours, avec Lepage, le questionnement est constant, le déroulement un peu nébuleux, jusqu’à la fin où tous les éléments se mettent en place.

Et dans LipSynch, on rit beaucoup, contrairement à ce que certains pourraient croire. Lepage a un sens de l’humour impayable et certaines scènes de la pièce sont tout bonnement hilarantes. Je dirais que la scène qui se passe dans un salon funéraire au Nicaragua est l’une des plus drôles. Contradictoire, direz-vous que de faire rire les gens avec un sujet aussi grave que la mort. Sans doute, et il faut avoir un grand sens du respect pour le grand sujet qu’est la mort, pour réussir à faire rire les gens sur cet état de fait, sans choquer qui que ce soit.

Et cinq heures vingt minutes, c’est bien long pour un spectacle de théâtre, d’après certains. Je vous assure que je ne me suis pas ennuyée cinq minutes, et que j’ai quitté la salle à regret, tant l’atmosphère est magique et envoûtante.

Et je vous passe les commentaires sur le décor qui, en soi, est quasi un personnage, et qui est exploité à son maximum. Ce sont ces changements de décor, qui se font devant les spectateurs, qui ont agacé certaines personnes présentes, dont certains critiques; pour ma part, cela ne m’a pas dérangée, comme cela n’a pas dérangé la majorité des spectateurs. Bref, une oeuvre maîtresse pour Robert Lepage, encore une fois. Nul doute qu’il va encore une fois parcourir la planète avec ce « work in progress » ou, si vous voulez, ce travail en évolution. Au début du travail, cette pièce durait 9 heures. Après y avoir travaillé et retravaillé, on en est arrivé à une oeuvre de 5 heures 20. Si vous avez la chance de passer dans une ville où on présente une pièce de Lepage, ne vous en privez pas. Je peux vous certifier que vous ne le regretterez pas.

Enfin, trois jours plus tard, avec deux jours d’avance sur l’horaire prévu, en raison d’un match des Sénateurs, je suis allée voir Roger Waters au Colisée de Québec. Le show devait avoir lieu le mercredi, et lundi à Ottawa, mais comme il y avait un match des Sénateurs lundi à Ottawa, on a interverti les horaires. Et à peine venais-je de me remettre de mon LipSynch que je me suis précipitée pour assister à ce show monstre, gigantesque, réglé au quart de tour, et d’une puissance incroyable.

Roger Waters, le compositeur de The Wall, de Dark Side of the Moon, etc. fait une tournée mondiale et on a eu la chance de l’avoir à Québec, devant un Colisée bondé, effervescent, comblé.

Roger Waters, maintenant âgé de 63 ans en a encore beaucoup à donner. C’était incroyable de voir à quel point il se donne sur scène, dans un spectacle qui dure plus de trois heures. On a eu droit au fameux cochon gonflé à l’hélium qui se promène au-dessus de la foule, à des pluies de confettis, à des millions de bulles soufflées dans la salle, à un écran où déroulaient des images illustrant les chansons interprétées. Waters dénonce : la guerre, particulièrement les guerres de religion, les dictateurs. À un moment, on voit des images des dictateurs défiler : Staline, Ben Laden, Saddan Hussein, Bush, Blair, etc. Sur le cochon, on peut lire Fears build walls et de l’autre côté du cochon, on lit Religions kill Democracy.

Waters ne fait pas que donner un spectacle, il dénonce et prend position. La foule est en délire. À un moment, il chante une nouvelle chanson qui s’appelle Leaving Beiruth, où il raconte un voyage fait au Liban, alors qu’il était jeune, et où il a été pris sur le pouce par une famille libanaise qui l’a hébergé et qui a démontré une générosité qu’il n’a pu oublier. Touchant, cette partie du spectacle.

Waters poursuit sa tournée mondiale avec Ottawa et Montréal, et on le retrouvera ensuite sur toutes les grandes scènes du monde. Entendons-nous! C’est certain qu’il ne pourra pas faire son spectacle en Afghanistan, ni au Liban, ni en Irak. J’arrête ici, vous êtes assez fins pour continuer la liste interminable des pays où ce ne sera pas possible.

Et en revenant chez moi en bus, du spectacle de Waters, sous une pluie battante, par un froid de canard, je me disais que j’étais vraiment chanceuse d’avoir pu voir ces deux chefs d’oeuvre. Quand j’habitais Yellowknife, je m’étais dit que j’irais voir des spectacles quand je reviendrais au Québec. C’est ce que j’essaie de faire. Et on peut dire que cette semaine, c’est réussi.