Ne me dites pas que ça ne vous dit rien, comme expression, car je vais croire que vous ne lisez pas les journaux, que vous ne regardez pas la télévision, que vous venez d’une autre planète.
Les accommodements raisonnables, c’est accorder des privilèges à certaines groupes, en raison de leur religion ou de leurs croyances. Ainsi, les sikhs ont le droit de porter le turban dans le cadre de leurs fonctions dans la GRC. Les jeunes sikhs ont le droit de porter le kirpan à l’école, car ça fait partie de leur religion. Les femmes musulmanes ont le droit de porter le turban à l’école, pour cause de religion. Les musulmans se voient accorder une salle de prière spéciale pour aller faire leurs prières. Et je pourrais ainsi continuer la liste (pas très longtemps, quand même!).
Et ce sont ces accommodements raisonnables qui ont suscité tant de controverses et fait sortir Mario Dumont de ses gonds. En effet, l’incident du juif hassidim qui a demandé aux services de police de ne pas envoyer une femme quand ils demandaient les secours de la police en a fait sortir plus d’un de ses gonds, pas seulement Dumont. On se souvient aussi, l’histoire du kirpan, qui en avait fait réagir plus d’un, il y a une couple d’années. On avait lancé de hauts cris quand la Cour suprême avait tranché en faveur du jeune sikh. Et l’escalade avait ensuite pris de l’ampleur.
Et on en arrive à ce sondage ou 59 % des Québécois se disent racistes. Mais je crois que les Québécois interprètent leur racisme, et craignent d’être racistes s’ils ne sont pas d’accord avec le port du kirpan dans les écoles, ou le port du voile dans les garderies. Le sondage en question ne fait que dire tout haut ce que tout le monde savait tout bas. Et pourtant, les communautés culturelles se disent contents des Québécois et ne croient pas pour autant qu’ils soient plus racistes qu’ailleurs. Allez faire un tour en Iran, en Irak ou en Afghanistan, et vous m’en donnerez des nouvelles du racisme. Je sais, ce sont des pays en guerre (ou en voie de le devenir pour l’Iran), mais je vous jure que vous ne vous sentirez pas gros dans vos culottes. Et vous irez demander d’avoir des crucifix dans les classes, ou demander d’avoir votre salle pour le culte dans certains pays musulmans. Vous oublierez bien vite vos doléances, croyez-moi.
Donc, j’en reviens au sondage qui fait maintenant couler beaucoup d’encre et de mots. Ainsi, Richard Martineau (qui écrit maintenant dans le Journal de Montréal) lançait de bien vilaines paroles à l’égard de Pierre Foglia (La Presse), cette semaine. Foglia qui trouvait que c’était une bien mauvaise idée de faire un sondage sur le racisme. Et Martineau de donner plein d’exemples de pays qui ont tenu ce genre de sondage, comme la France. Donc, le feu est aux poudres, et les discussions vont bon train. Sommes-nous plus racistes qu’ailleurs ?, etc. Selon les participants à un panel organisé par TVA, les Québécois ne sont pas plus racistes qu’ailleurs et le racisme se fait dans tous les sens. Ainsi, les communautés culturelles éprouvent également un certain racisme pour les autres communautés culturelles. Vous me suivez? Ainsi, les asiatiques éprouvent un certain racisme pour les noirs, les noirs pour les arabes, etc. Donc, c’est un racisme sans fin.
Mais revenons au kirpan et au voile. Je crois que ce qui choque les Québécois, c’est de voir certaines choses accordées au nom de la religion, alors qu’ils pensent que qui prend pays, prend coutumes. Ainsi, normalement, les gens qui immigrent ici devraient mettre tout en oeuvre pour s’adapter à leur nouveau pays. Et ce n’est souvent pas le cas. Ils s’efforcent plutôt de conserver toutes leurs coutumes (dont certaines moyenâgeuses), et tentent par tous les moyens de les faire reconnaître par l’État qui les accueille. Vous vous souvenez, l’an dernier, ou il y a deux ans, alors que certains groupes musulmans voulaient faire valider la charia par le gouvernement ontarien. Les groupes qui demandaient la charia voulaient avoir le droit de trancher certains litiges selon leurs règles, et non selon les règles et lois de l’Ontario. Fort heureusement, des groupes de femmes musulmanes se sont inscrits en faux contre cet état de fait, et on a fait volte-face.
Les gens peuvent s’adonner aux rites de leur religion chez eux, dans leur foyer et dans les lieux du culte prévus à cette fin (églises, synagogues, mosquées, etc.), mais de là à obliger les autres religions et les autres de se plier à ces rites et coutumes, la différence est grande et pas toujours facile à avaler. Surtout quand on constate une montée de l’intégrisme musulman dans le monde entier.
N’oubliez pas que dans plusieurs pays musulmans, il y a quelques années (une trentaine d’années ou à peu près), les coutumes étaient beaucoup plus ouvertes. C’est l’arrivée de l’ayatollah Khomeny qui a renversé la vapeur, à la chute du shah d’Iran. C’est là que l’intégrisme a pris de l’ampleur et que plusieurs pays ont fait un retour en arrière face aux femmes et à certaines coutumes plutôt rétrogrades. Peu à peu, les hommes ont tassé les femmes, les ont empêchées d’aller à l’école, les ont voilées, etc.
La question est loin d’être réglée, et les choses vont probablement aller en empirant pendant encore un certain temps. Et tant que les religions continueront à tout faire pour se mêler de la politique, ça ne s’améliorera pas. Et de tout renvoyer aux tribunaux ne constitue pas non plus la grande solution.
Je n’ai pas l’intention de présenter des solutions, car je n’en ai pas. Je mets tout ça sur papier comme éléments de réflexion. Ce sont des choses importantes qui se produisent dans notre société, et faire l’autruche ne règle rien. Je vous laisse penser à tout ça, tout comme je continue d’y penser aussi. Des solutions doivent exister. Ensemble, on peut peut-être en trouver.