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le Vendredi 22 septembre 2006 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Culture

Immortaliser l’histoire crie

Immortaliser l’histoire crie
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Le peintre Allen Sapp raconte que c’est sa grand-mère qui l’a incité a persévérer en tant qu’artiste. « Elle me disait ne prends pas d’alcool et ne fumes pas. Ce n’est pas bon pour toi. Mais continue ton art et un jour ça va t’apporter quelque chose », a-t-il confié à la salle comble venue assister au vernissage de l’exposition Through the eyes of the Cree présentée ces jours-ci au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles.

Et la grand-mère avait bien raison. À 78 ans Allen Sapp, est reconnu comme un des plus grands artistes autochtones au Canada, il a été décoré par la gouverneure générale, un musée porte son nom et il peint toujours.

« Je n’ai pas préparé de discours, mais si je l’avais fait, ç’aurait été un livre entier », a blagué le chef de la Nation dénée, Bill Erasmus, visiblement ému d’accueillir sur le territoire de son peuple ce gardien vivant de la mémoire des Cris des Plaines. « Cette exposition permet de jeter à nouveau des ponts entre nos deux cultures », a noté Erasmus qui rappelle que les Cris et les Dénés commerçaient entre eux bien avant l’arrivée du premier blanc aux Territoires du Nord-Ouest, et que les Cris ont été nombreux à déménager dans le Denendeh quand on a voulu les parquer dans des réserves.

Le premier ministre des TNO, Joe Handley, lui-même un Cri de la Saskatchewan, a noté que le village d’Allen Sapp, North Battleford, a déjà été la capitale des Territoires du Nord-Ouest. « Je le sais, je viens du village d’à côté », a rigolé le premier ministre.

Les toiles qui sont présentées au musée Prince-de-Galles sont d’une valeur inestimable tant du point de vue artistique que du point de vue historique.

Artistique parce que le pinceau de l’aîné est alerte : la lumière y est toujours juste, l’émotion toujours palpable.

Historique parce que les scènes agricoles qu’immortalisent les toiles de Sapp témoignent d’une époque charnière de l’histoire des Cris dont nous n’avons à peu près pas d’images. Ce sont les tableaux de l’enfance de l’artiste, une enfance vécue sur la réserve avec ses grands-parents, au moment où les cris nomades étaient forcés à se sédentariser. C’était l’époque où il fallait obtenir un permis auprès des Affaires indiennes pour aller vendre un bœuf au village, voire pour sortir de la réserve.

« C’est comme ça que nous vivions et Allen Sapp le peint de mémoire, atteste Joe Handley. Nous vivions vraiment comme ça »

Réouverture

Cette exposition présentée jusqu’en décembre marque la réouverture du musée Prince-de-Galles qui a été fermé au public durant tout l’été, en raison des rénovations.

Les habitués du musée trouveront cependant la place plutôt dénudée. Seule cette exposition et une exposition permanente sur l’aviation sont ouvertes, tout le reste demeure en plan. Même le portrait du Prince a été décroché.

Le directeur des expositions, Terry Pamplin, annonce cependant que de nouvelles expositions permanentes seront intégrées au fur et à mesure que les travaux avanceront. Il annonce déjà l’ouverture d’une salle consacrée aux artéfacts et à l’artisanat ancien du Nord pour le 1er novembre.

Une exposition sur la culture des pêcheurs norvégiens devrait aussi débuter cet automne.

La salle du restaurant, vide en ce moment, est toujours gardée pour des expositions d’artistes contemporains d’ici.