La commissaire aux langues officielles des TNO, Shannon Gullberg, a répondu, mardi, aux questions du Comité permanent sur la responsabilité et la surveillance de l’Assemblée législative, un comité formé des députés qui ne siègent pas au cabinet.
La commissaire devait y défendre son plus récent rapport annuel (2004-2005), mais finalement bien peu de questions des membres du comité ont porté directement sur le rapport. Les députés ont surtout consacré l’heure passée en la compagnie de Mme Gullberg à lui émettre des commentaires portant, surtout, sur les langues autochtones.
Dans la foulée du jugement Moreau, rendu la semaine dernière, qui affirme que le gouvernement des TNO n’a « systématiquement » pas respecté sa propre Loi sur les langues officielles, aucun des députés n’a tenu à savoir comment il était possible qu’une telle chose ait pu échapper à la commissaire dont le rôle est précisément de s’assurer que la Loi est respectée. Néanmoins, la députée de Range Lake, Sandy Lee, a effleurée la question en demandant à Gullberg si « elle avait assez de pouvoir pour dire au ministre [responsable des langues officielles] de régler ce qui cloche ».
« Je n’ai pas le pouvoir d’ordonner au gouvernement de faire quoi que ce soit, a répondu la commissaire. Mon seul pouvoir est d’émettre des recommandations. » Un pouvoir dont Shannon Gullberg ne s’est pas prévalu durant l’exercice 2004-2005.
Le président du comité, Kevin Menicoche, a voulu savoir si des formations en terminologie médicale étaient dispensées aux interprètes qui accompagnent les patients dans les hôpitaux.
« C’est exactement de ce genre de problème que je m’occupe. […] C’est un problème que nous voyons souvent. Dans certains hôpitaux, par exemple, on nous dit que, s’il y a une demande d’interprète, on peut appeler le concierge pour venir traduire, mais ce n’est pas l’idéal », a répondu Gullberg sans dire si de la formation en terminologie médicale était, oui ou non, dispensée.
Le député du Sahtu, Norman Yakeleya, qui s’est maintes fois posé en défenseur des langues dénées lors des travaux de l’Assemblée législative, a renchéri sur cette lancée. « C’est très difficile de traduire de l’anglais au déné. C’est une façon tout autre d’appréhender les choses », a-t-il commenté.
« C’est parfois difficile de trouver à temps des interprètes, dans certaines langues », a pour sa part relevé le député de Great Slave, Bill Braden. Un commentaire auquel la commissaire a fait écho, donnant l’exemple d’une radio qui a cherché, en vain, un interprète cri. « Comment est-ce possible ? Il doit bien y avoir quelqu’un ? », s’est demandé tout haut la commissaire.
Dans la même veine, le député de Nunakput, Calvin Pokiak, a suggéré que le ministère de l’Éducation de la Culture et de la Formation crée « une banque de traducteurs » pour s’assurer que des interprètes qualifiés soient disponibles, en tout temps. Il a également invité ses collègues députés à se prévaloir, eux-mêmes, plus souvent de leurs droits linguistiques.
« Maintenant nous pouvons utiliser nos langues en chambre, mais ça n’arrive pas souvent. On devrait peut-être commencer par là », a-t-il suggéré.
Le nouveau député de Monfwi, Jackson Lafferty, est le seul qui ait utilisé sa langue en chambre depuis l’ouverture de la présente législature. Le locuteur tlicho a pu témoigner de première main de la difficulté de trouver des interprètes qualifiés. « Jusqu’à présent, j’ai passé deux sessions parlementaires et deux interprètes », a souligné, un peu narquois, le jeune député.
Notant que le commissariat aux langues officielles n’avait reçu qu’une seule plainte en 2004-2005 (laquelle plainte a été rejetée), Lafferty a indiqué qu’il se pourrait que les citoyens ne soient pas assez au courrant de leurs droits à recevoir des services gouvernementaux dans leurs langues. Il a ajouté qu’Internet n’était pas un outil très efficace pour faire de la sensibilisation étant donné que les communautés éloignées n’ont souvent pas accès à des connexions assez rapides. Il a demandé si la commissaire pouvait se rendre dans les communautés pour expliquer leurs droits linguistiques aux citoyens.
« Mon budget ne me permettrait pas de visiter chacune des communautés », a répondu la commissaire. Cette réponse a semblé satisfaire le député de Monfwi, malgré que le Commissariat aux langues ait dépensé moins de 50 % de son budget annuel de 351 000 $, durant l’exercice 2004-2005.
La commissaire a quand même tenu à souligner les efforts entrepris récemment par le Commissariat pour créer du matériel promotionnel sur les droits linguistiques, entre autres, des brochures et des annonces à la radio. Elle a aussi cité un concours lancé dans les écoles pour créer des affiches sur les droits linguistiques.
« Le matériel promotionnel du concours n’était disponible qu’en anglais. J’ai pris l’initiative de le faire traduire. […] J’espère prêcher par l’exemple », a-t-elle dit.