« Tout a commencé à Eigthy Eigth Mo », lance Jen Walden, la chanteuse du groupe Transience que nous avons rencontré au café Javaroma où ils jouaient, mardi dernier.
« Eigthy Eigth Mo », c’est le surnom affectueux qu’on donne à un shack fameux de l’île Latham où Jen et Jaqui Gagnon, le guitariste phare du groupe, ont été colocataires, à l’été 2004.
C’est comme ça que Jen et Jaqui commencent à jouer ensemble. Calés dans un divan effiloché du shack ou autour d’un feu de camp en regardant le soleil qui n’en fini plus de se coucher sur la baie Back, elle écrit des chansons originales, lui égrène les notes sur sa guitare sèche. Jusque-là, leur musique est privée, pour le plaisir.
« C’était la nuit des temps », blague le percussionniste de Transience, William Nalley.
Vagabonds incorrigibles, Jen et Jaqui ne resteront pas colocs très longtemps. Chacun de leur côté, ils s’installent dans un nouveau shack, mais ils n’arrêtent pas de jouer en semble pour autant . En fait, ils commencent à prendre ça au sérieux. Naît alors Francis, un duo acoustique – deux guitares, une voix – qui mise sur les textes de l’Ontarienne et les arrangements du Québécois.
Ils choisissent de s’appeler Francis « parce que c’est notre nom à tous les deux », explique Jaqui. Jen précise : il s’appelle Jaqui Francis Gagnon ; elle, Jennifer Francis Walden. « Tous les deux, c’est le nom de notre grand-père. »
Grand-père peut-être, mais même acoustique la musique de Francis est énergique et provoque, à coup sûr, le gigotement de l’auditeur. C’est pourquoi le duo conquis rapidement Yellowknife. Dès l’hiver 2005, ils sont applaudis un peu partout : au festival Aurora, au Caribou Carnival, au Relais pour la vie et dans les nombreux jam sessions de la villle.
En août 2005, Francis doit jouer au Friendship Festival de Fort Smith, mais Jaqui ne peut pas y aller. Tant pis. Jen qui joue déjà dans d’autres groupes y va quand même avec Mel Sabourin, un bassiste de Fort Simpson qui traîne souvent dans le « Woodyard » où Jen a son un shack, et Sean Best, un des meilleurs batteurs aux TNO.
Elle chante les tounes de Francis, mais cette fois avec un band. Ça marche. Il n’en faut pas plus pour que Jen convainque Jaqui de faire une pratique avec Mel et Sean.
« Ça a fonctionné du premier coup. On a tout branché en overdrive sur un ampli et ça a rocké ! », se souvient Jen.
Peu de temps après, Sean Best est remplacé par William et un nouveau groupe est formé. C’était en octobre 2005. C’est aussi à ce moment-là qu’ils changent le nom de groupe. « Les deux autres ne s’appelaient pas Francis, alors ça prenait autre chose », dit Jen.
Ils choisissent Transience que Jaqui, linguiste de son état, estime être intraduisible : « Caractère de ce qui est transitoire, peut être ». Ça colle en tout cas très bien avec ce groupe qui déménage tout en restant inclassable.
Même si Jaqui estime que le monde des shacks « ce sont nos racines », Transience ne veut surtout pas s’encabaner dans cette image, ni dans aucune autre d’ailleurs.
« Disons qu’on fait du folk-rock espagnol avec une lichette de funk », ose, sans se prendre au sérieux une minute, William, entre deux gorgées de café rose.
« Oui, oui, renchérit Jen crampée en deux, et notre funk-man c’est Mel », laissant à ce dernier la plaidoirie finale : « Et on dirait bien que ça marche. »
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Vous pourrez entendre Transience :
• au festival Bushed, ce dimanche au pub Monkey Tree, à Yellowknife
• au spectacle bénéfice Dream Weavers, le 17 mars au NACC
• au Block 1000 Rock & Roll Party dans le cadre du festival du Snowking, le 25 mars au château de neige
• à la mine Ekati, en juillet prochain.