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le Jeudi 11 mai 2023 12:36 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Expressions francophones – partie 21

Expressions francophones – partie 21
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À la recherche de nouveaux mots

Malgré les propositions de quelques grammairiens, auxquelles l’Académie française a parfois donné son accord par seul gout du compromis, l’association renonce à chambouler de fond en comble l’orthographe. Il y a plus urgent… On manque de mots !

La rigueur classique du siècle précédent ne convient pas à l’effervescence technique, scientifique et philosophique des temps nouveaux.

Le chimiste Antoine Lavoisier souhaite parler d’un élément chimique, mais il faut un mot. Il invente alors « oxygène », un dérivé de termes grecs signifiant « générateur d’acide » parce qu’il pensait qu’une des propriétés de l’oxygène était « de former des acides en se combinant avec la plupart des substances ».

Stanislas Leszcynski, duc de Lorraine, baptise « bébé » une personne de sa cour atteinte de nanisme, un terme forgé sur l’anglais baby et qui entrera dans la langue française avec le sens de nourrisson. Et beaucoup feront comme lui, ainsi packet boat, destiné au transport du courrier, donnera « paquebot », riding coat, en référence à la tenue vestimentaire portée pour monter à cheval, donnera « redingote » et « sentimental » sera emprunté au titre du roman A Sentimental Journey Through France and Italy, publié en 1768.

Devant tant de nouveaux mots, les membres de l’Académie française s’interrogent tout de même, rechignent, hésitent et se querellent, mais, puisqu’il faut encore et toujours fournir le vocabulaire de la langue française, on ira dénicher des mots partout où l’on peut en trouver…

 

Des batailles universelles

L’Europe parle français, mais elle s’apprête à se déchirer dans le premier conflit mondial de l’Histoire, la guerre de Sept Ans. En effet, c’est quasiment le monde entier qui va s’embraser pour la possession de la Silésie revendiquée par l’Autriche, pour la rivalité territoriale entre la France et la Grande-Bretagne en Amérique du Nord, pour le maintien des comptoirs français aux Indes ou encore pour la pérennité de la présence espagnole aux Philippines.

Deux blocs s’opposent : la France, l’Autriche, rejointes bientôt par la Russie et l’Espagne, contre la Prusse et la Grande-Bretagne. Et c’est la Grande-Bretagne qui s’imposera comme la grande puissance mondiale, avant que le traité de Paris, instaurant la paix, soit signé en 1763.

La France est meurtrie ; elle a perdu la plupart de ses territoires outre-Atlantique. On continuera seulement de parler français en Martinique, en Guadeloupe, à Marie-Galante ou à Sainte-Lucie et, au Canada, les Québécois et les Acadiens continueront ardemment à entretenir la mémoire française.

Malgré tous ces évènements, Frédéric II reste un inconditionnel admirateur de la langue française. L’Académie de Berlin, pour lui complaire, met au concours un sujet ainsi formulé : « Qu’est-ce qui a rendu la langue française universelle ? »

Deux vainqueurs ex aequo sont déclarés. Pour le premier, l’allemand Johann Christoph Schab, les éléments capables de procurer à un langage l’empire sur toutes les nations sont constitués « d’une langue plus facile, plus parfaite ; d’une civilisation plus grande, et de la prépondérance politique, effet de sa grandeur et de sa puissance ». Quant à la théorie du français Antoine de Rivarol, il juge que « le français ayant reçu des impressions de tous les peuples d’Europe a placé le gout dans les opinions modérées, et ses livres composent la bibliothèque du genre humain ». Le fait important réside dans l’existence même de ce concours puisque, en 1783, personne ne trouve étonnant et contestable d’entendre l’Académie de Berlin, réputée pour son sérieux, déclarer le français langue universelle !

Cela ne durera pas. Les cours européennes remettront en cause cette adhésion à la langue française et, six ans plus tard, en 1789, la Révolution balayera toutes les idées établies.

 

Carte blanche

Origine : France

Date : XVe siècle

Signification : avoir le champ libre, pouvoir faire tout ce que l’on désire 

L’histoire démontre que le blanc est souvent le symbole de la pureté, mais c’est aussi fréquemment le symbole du rien, quelque chose qui n’existe pas.

Cette carte blanche, dont il est question ici, est attestée depuis 1451. Elle est issue du domaine militaire. Il faut donc imaginer une feuille sur laquelle toutes les consignes d’une mission étaient censées être clairement écrites et, puisqu’elle était blanche, cela signifiait que les soldats, et leurs pairs avaient les pleins pouvoirs, aussi bien cruels qu’illégaux.

Dans un contexte de guerre, cette carte blanche a eu aussi des significations un peu différentes. On pouvait entendre l’expression « mander la carte blanche » qui signifiait « se mettre à la merci du vainqueur, se rendre sans condition » et plus tard, au XVIIe siècle, « donner la carte blanche » a signifié « laisser dicter ses conditions ».

 

Jouer rip

Origine : France

Date : XIVe siècle

Signification : s’en aller au bon moment

Cela n’a rien à voir avec la locution R.I.P (Rest in Peace), mais l’expression a quand même été influencée par l’anglais puisque « play rip », dans l’argot du théâtre anglais, voulait dire « faire relâche » et cela faisait référence à l’opéra-comique Rip dans lequel le personnage Rip van Winkle s’endormait pour un sommeil de cent ans.

Ensuite le mot a beaucoup évolué.

Au XIVe siècle, le verbe « riper » voulait dire « gratter ».

Au XVIIe siècle, on grattait la pierre avec un outil appelé une « ripe ».

Puis, au XVIIIe siècle, sur les bateaux, on disait des cargaisons mal arrimées qui se déplaçaient lorsque le bateau bougeait qu’elles « ripaient » dans le sens de « glisser ».

C’est seulement au début du XXe siècle que l’expression « faire la ripe » a pris un sens figuré et est apparue dans le sens de « s’en aller », avant finalement d’être remplacée par « jouer la ripe ».

 

Faux jeton

Origine : France

Date : XVIIe siècle

Signification : hypocrite et fourbe

Avant que les chiffres arabes et que le système décimal ne soient utilisés, le système monétaire de la Nouvelle-France était calculé selon la méthode du « jet », sur des planches où étaient tracées des colonnes (qui correspondaient aux monnaies de l’époque soit les deniers, les sols et les livres…). Dans ces colonnes, on y posait et accumulait des jetons pour faire des comptes. Un peu comme un boulier.

Mais comme ces jetons avaient parfois l’apparence de vraies pièces, certains tentaient de s’en servir comme telles auprès des personnes plus naïves, d’où notre expression.