La folie réformatrice
Les guerres de religion ravagent la France et, dans la haine qui oppose catholiques et réformés, le souci de la langue n’est pas absent. Les protestants demandent une modernisation de l’orthographe dans un but culturel et social afin que les offices religieux soient compris par tous et partout tandis que les catholiques penchent pour une grammaire élitiste et une orthographe étymologique… et ce sont eux qui l’ont emporté finalement, malgré les quelques réformes venues ponctuer l’histoire de la langue depuis plus de cinq siècles.
Pierre Ramus, un maitre et humaniste qui enseigne au collège de Presle, à Paris, publiera une grammaire afin de répandre « la grâce et la douceur » du bon français avant d’être assassiné par des fanatiques et on lui doit la distinction entre la lettre u et la lettre v ainsi qu’entre la lettre j et la lettre i tout comme les accents sur la lettre e !
Quant à Honorat Rambaud, un maitre et grammairien, il publiera La Desclaration des abus que l’on commet en escrivant… et cela commence par la suppression de l’alphabet ! Il réinventera un abécédaire avec des caractères qui ressemblent graphiquement à un mélange de grec et peut-être d’hindi. Cette tentative, aussi audacieuse que ridicule, fit peur et on choisit la règle littéraire au changement.
Le temps était donc venu d’adopter certains usages et d’en rejeter d’autres, pour que tous s’accordent sur une base commune fixée définitivement.
Quand le français devient la langue de… Malherbe
Au XVIIe siècle, notre langue se pare de tous les talents.
Septembre 1605. Étrange face-à-face au Musée du Louvre entre deux hommes d’une cinquantaine d’années qui se reflètent, tel un miroir. Même barbe grisonnante, même longue chevelure, même nez busqué, mêmes lèvres charnues. Pourtant, lorsqu’ils se mettent à parler, la ressemblance s’estompe. Henri IV, le roi, s’exprime avec la rudesse de l’accent gascon tandis que François de Malherbe, le poète, s’évertue à parler le français de Paris en y mêlant des éléments normands aux relents latins du Sud. Ces deux provinciaux, venus faire la conquête de la future capitale, veulent promouvoir les belles lettres et réunir le royaume autour de la langue… et chacun a besoin de l’autre.
Sans le poète, le roi n’aurait aucune autorité sur le devenir de la langue. Sans le roi, le poète ne pourrait pas se faire entendre. Le combat de la vie de Malherbe est de défendre de façon intransigeante la langue française. Et il considère que ses seuls maitres en ce domaine sont… les crocheteurs du Port au Foin ! Oui, les débardeurs des rives parisiennes de la Seine. Parce que, explique-t-il, le peuple décide toujours de son langage et l’aménage selon ses besoins. Or une langue n’existe que si elle est utilisée, et c’est donc le peuple qui fait son avenir.
Celui qui est renommé « le tyran des mots et des syllabes » étonne par son attachement aux détails pointilleux. Qu’il enlève un l à « s’envoller » par respect au latin volare, soit. Mais pourquoi insiste-t-il à garder le d de brouillard, alors que le mot vient de l’ancien français broillars ?
Toutefois, son action se révèle salutaire. Il conserve donc certains termes, et en exclut d’autres. Par exemple, il déclare que le mot « barbier » est un mot sale, à utiliser le moins possible. Et c’est étrange envers une profession si utile à cette époque ! C’est qu’à la Renaissance, le barbier n’est pas seulement barbier, il est aussi chirurgien, donc chargé de pratiquer la saignée… qui s’applique à toutes occasions.
Une nouvelle assemblée
Chaque semaine, Valentin Conrart, un particulier qui vivait dans un hôtel de la rue Saint-Martin et qui se satisfaisait, à défaut d’être poète, d’être un ami des belles-lettres, réunissait une assemblée. Malherbe étant à présent décédé, ces malherbiens convaincus devisaient, lors de ces réunions bien innocentes, de littérature. Mais le cardinal de Richelieu, principal ministre du roi Louis XIII, ne les voit pas d’un bon œil. Cherchant à tout contrôler, il ne supporte pas de ne pas savoir ce que se disent ces littérateurs distingués. En réalité, ce qui l’inquiète surtout, c’est qu’ils appartiennent tous fièrement, et publiquement au protestantisme. Pour le cardinal, la paix religieuse n’empêche pas la méfiance… Alors, il choisit d’user de flatterie pour surveiller de près la fine équipe. Il leur suggère de créer une académie, dans un cercle inspiré de la Rome antique, qui favoriserait l’émergence de la belle langue dont ils seraient, eux, les garants ! Et le lundi 13 mars 1634, rue des Vieilles-Étuves, à l’endroit où s’étire aujourd’hui l’esplanade du centre Georges-Pompidou, s’ouvre la première réunion… de l’Académie française ! Une réunion agrandie, car de nouveaux participants ont été priés de se joindre au cénacle : les quelques espions de Richelieu.
Un maitre queux
Origine : Italie et Pays-Bas Date : XIe siècle
Signification : un chef cuisiner, principalement sur les bateaux
Le mot « queux » (avec un x) dont il est question vient du latin coquus lui-même lié à coquere qui signifie cuire. Les rôles en cuisine étant toujours bien définis, le maitre queux s’occupait alors des mets principaux et des desserts. Aujourd’hui, on utilise rarement cette dénomination et elle sert seulement pour désigner un simple cuisinier.
Quant au mot « coq », il a également une racine latine, empruntée au néerlandais kok qui désignait un cuisinier à l’époque de la suprématie de la navigation hollandaise, ce qui explique son usage dans le monde maritime.
Un mouton de Panurge
Origine : France
Date : XVe siècle
Signification : une personne dénuée de sens critique, un suiveur
Panurge est un héros de Rabelais qui, pour se venger d’une altercation avec le propriétaire d’un troupeau, a proposé de lui en acheter le chef, la plus belle bête, alors qu’ils étaient ensemble sur un bateau pour une traversée. Une fois l’animal payé, Panurge l’a jeté à l’eau.
Et, puisque dans un troupeau de moutons, lorsque la tête du troupeau change de direction, les autres suivent « bêtement », il est évident que ceux-là se soient donc noyés.
Mettre les écureuils à pied
Origine : France
Date : XIXe siècle
Signification : couper les arbres
À l’origine, « mettre à pied » signifie « licencier ». Et, sachant que les petits écureuils jouent principalement dans les arbres, il faut, pour les obliger à se mouvoir au sol, abattre les arbres où ils vivent.
Copains comme cochons
Origine : France
Date : XVIe siècle
Signification : de très bons amis
Le cochon a souvent donné naissance à des expressions plutôt péjoratives alors pourquoi l’utilise-t-on dans celle-ci ?
Il n’y a aucune référence à l’animal ici. Le « cochon » est une déformation du mot « soçon », lui-même parfois déformé en « chochon », qui voulait dire « camarade. » À l’origine, on disait « camarades comme cochons ».
La langue française est étonnante, n’est-ce pas ?
Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.