Francoys par la grace de dieu
Selon l’ordonnance de 1539, le droit canon, cet ensemble d’ordonnances et de règlements pris par l’autorité ecclésiastique concernant le gouvernement d’une église chrétienne et de ses membres, est traduit en français. On peut y voir là une volonté de s’affranchir du latin, mais on doit surtout y déceler le souci d’homogénéisation du territoire. François Ier, à qui on peut attribuer la devise de l’époque : « Une langue par royaume » entreprend une perspective d’unification visant à lutter contre les nombreux patois répandus dans le pays. Il n’y réussira pas totalement : la Navarre et le Roussillon continueront de rédiger les textes administratifs en dialecte local, le gascon pour le premier, le catalan pour le second.
Les dialectes, de petites préciosités
De nombreux écrivains plaident en faveur des régionalismes. Pierre de Ronsard conseille aux jeunes poètes de choisir les vocables précis sans se soucier « s’ils sont gascons, poitevins, normands, du Maine, du Lyonnais ou d’autres pays, pourvu qu’ils soient bons et que proprement ils expriment ce que tu veux dire ». Quant à Montaigne, il résume ainsi la situation : « Que le gascon y aille, si le français n’y peut aller ».
Et, en ce siècle où le roi et sa cour officialisent la langue française, les dialectes vont devenir des bijoux, proches du peuple, dont on prend soin comme de vieux héritages, qu’on use plus pour faire authentique que sérieux.
Le latin est devenu la langue qui permet de communiquer par-delà les frontières, mais de quel latin s’agit-il ? Les latinistes ont tendance à oublier les règles strictes pour privilégier la compréhension rapide et c’est pour cela que la langue est parlée différemment d’un pays à l’autre… Le philosophe Érasme s’en inquiète d’ailleurs… L’idée qu’un prêtre italien pourrait ne plus être compris d’un savant germanique est si angoissante qu’il plaide pour le latin classique, comme dans les siècles passés.
Pendant ce temps-là, Louis Meigret « grammatise » à tout-va et publie, en 1550, Le Tretté de la grammère françoeze. Il écrit comme il en a envie et personne n’ose rien lui dire… puisqu’il est grammairien ! Il plaide pour une réforme de l’orthographe dans laquelle toute référence à la vieille langue romaine est gommée. Par ailleurs, selon lui, « les lettres doivent faire en entier leur devoir envers la prononciation », autrement dit chaque caractère tracé sur le papier a vocation à être exprimé. Il faut donc se débarrasser de toutes les lettres muettes. Ensuite, il suggère de retirer le u après le q, « question » devenant « qestion », ainsi que de supprimer toutes les consonnes doubles, « personne » s’écrivant désormais « person », et enfin, d’enterrer le ch prononcé k, « chronologie » laissant place à « kronologi ».
Et, même si cela semble farfelu aujourd’hui, ces concepts furent pris très au sérieux par les adeptes qui s’efforçaient d’écrire selon lé règle dicté par le metr. Cette (dé) mesure ne résistera pas au temps. Toutefois, Louis Meigret laissera une trace de lui : la cédille sous le c, un signe qu’il ira emprunter à l’espagnol, car, jusqu’ici, pour passer du son dur au son doux de la lettre c, on plaçait un z après le c : garczon.
Le français du Canada
En 1539, Jacques Cartier pose pour la première fois le pied en Amérique et découvre alors un pays que les Iroquois appellent Kanata, et que nous connaissons mieux aujourd’hui sous le nom de Canada. Le navigateur fait traverser l’Atlantique à la langue française qui s’installe au Québec, « là où le fleuve se rétrécit », selon le parler des Algonquins. Et c’est précisément le français du XVIe siècle, ses mots et son accent, qu’ont gardé fièrement les Québécois.
Dans le plus simple appareil
Origine : Italie
Date : XIe siècle
Signification : complètement nu
Le sens actuel de cette expression est déformé. De nos jours, le verbe « appareiller » signifie habituellement qu’un navire quitte le port. Or, au XVIe siècle, l’appareillage d’un navire faisait référence à sa préparation au départ, et non au départ lui-même. Il est issu du latin « apparere » qui voulait dire « préparer » et qui a donné naissance au mot dérivé « préparatif » cinq siècles plus tôt. C’est pourquoi, par extension, le mot « apparat » a vu le jour. Il était employé lors du déroulement d’une cérémonie ; on parlait d’ailleurs de costume d’apparat et c’est ainsi que le mot « appareil » a désigné l’apparence, souvent somptueuse, des convives, et certainement pas le fait de se retrouver nu.
Être d’un calme olympien
Origine : Grèce
Date : VIIIe siècle
Signification : être imperturbable
Le mont Olympe, la plus haute montagne de Grèce, qui culmine à 2917 mètres, est connu pour avoir abrité les Dieux de la mythologie. Homère, l’auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, raconte que le mont Olympe était un endroit extrêmement paisible où tous y vivaient dans le calme. Même la météo y était favorable ! C’est ce calme-là qui serait à l’origine de l’expression. Pourtant, si on en croit certaines histoires, Zeus, même s’il est souvent représenté comme quelqu’un de sage, entrait parfois dans des colères dignes du tonnerre. Il s’avère donc que l’expression serait propre à Héra, sa femme. Plusieurs fois trompée par Zeus, elle aurait su garder son calme et honorer coute que coute son étiquette de déesse du mariage !
À discrétion
Origine : France
Date : XVIIe siècle
Signification : à notre guise, comme et autant qu’on le souhaite
Aujourd’hui, lorsqu’on parle de « discrétion », on pense généralement à ne pas déranger ou à passer inaperçu. Pourtant, le mot « discretio », issu du latin, est apparu avec le sens de « discernement ». C’est-à-dire qu’on imaginait déjà que notre volonté devrait toujours s’accompagner de discernement. « Être à la discrétion de quelqu’un » voulait dire qu’on était dépendant de son bon vouloir et, là encore, il était attendu de l’un qu’il sache faire preuve de discernement pour ne pas profiter honteusement de l’autre et inversement.
La langue française est étonnante, n’est-ce pas ? Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.