Quand deux langues se disputent l’amour
Guillaume IX, comte de Poitiers, dont le nom n’est pas très évocateur, détient pourtant une seigneurie plus étendue que celle de Louis VI, l’actuel roi des Francs.
Fidèle religieux et adepte des croisades, il cherche par tous les moyens à financer ses expéditions et n’hésite pas à arracher le trésor de quelques églises, ce qui lui vaudra une excommunication en bonne et due forme. Marié à Philippa, il la répudie pour s’installer avec Amauberge, sa meilleure amie, elle-même mariée, ce qui lui vaut une nouvelle excommunication. Sa douce qu’il aime tant l’éveille alors à l’écriture de vers, de rimes et d’hymnes en tout genre. Une inspiration qui déclenchera en pays d’oc une passion pour l’amour, dont l’œuvre de Guillaume sera la source vivifiante.
Le comte meurt en 1127 et, même si l’Histoire s’est empressée de l’oublier, elle se souvient toutefois de sa descendance : sa petite-fille Aliénor d’Aquitaine, tour à tour reine de France et reine d’Angleterre, et son arrière-petit-fils Richard Cœur de Lion.
Quant à sa lignée poétique, elle fut diverse, envahissante et inoubliable. On parle l’amour, on chante l’amour, on récite l’amour, partout ! Et les maitres de l’amour, ceux qui inventent et déclament ces vers, sont appelés « troubadours », c’est-à-dire « trouveurs », parce qu’ils « trouvent » à discourir sur un sentiment dont on avait fait jusqu’ici peu de cas.
La fièvre amoureuse
Cet amour ardent, jamais rassasié, devient le fin’amor, le pur amour.
Pour nommer cet état, on invente le terme joy, tiré du latin gaudium, qui exprime à la fois le bonheur et le plaisir… mais le joy a autant de mérites que de fâcheuses conséquences. La femme acquiert un nouveau statut de liberté et d’indépendance. Il n’est plus tolérable qu’elle soit maltraitée par son mari et elle a donc le droit de s’égayer sous la couette en dehors des liens conjugaux.
Malheureusement, cette langue consensuelle ne s’étendra pas à tout l’Hexagone. La rumeur va bon train et charrie des mots comme hérésie, apostasie, sacrilège… car une foi nouvelle se répand. Dans les terres du Sud, on recherche une rigueur et une perfection dans les cultes qui incitent à nouveau à bousculer les pratiques religieuses en cours. Ceux qu’on appelle les cathares, ces chrétiens dualistes, refusent la chansonnette qui pourrait les distraire de leurs devoirs. Et puis, le cliquetis des armes n’étant guère favorable à l’éclosion poétique, les troubadours prendront finalement la fuite en Espagne ou en Italie.
La guerre de l’amour
En ce siècle de courtoisie amoureuse, les soldats de Francie et de Germanie organisent deux expéditions en Terre sainte, mais rentrent, deux ans plus tard, sans avoir pu prendre le siège de Damas ou de Jérusalem. Cependant, certains reviennent avec les yeux pleins de paysages fabuleux, la besace remplie de plantes inconnues et la langue émaillée de mots nouveaux.
Il y a aujourd’hui, en français, environ cinq-cents termes arabes ou issus d’une racine arabe : baraka, bédouin, derviche, djellaba, harem, henné, kaftan ainsi qu’abricot, algèbre, amalgame, café, douane, échec, matelas, sirop ou tabouret. Bien plus que de mots gaulois !
De son côté, le dialecte d’Île-de-France, devenu la langue de la cour depuis deux-cents ans, s’impose désormais sur tous les idiomes pour devenir la seule norme. C’est pourquoi les Parisiens ont souvent la prétention d’affirmer qu’ils parlent le vrai français… et cette arrogance ne date pas d’hier.
Mener une vie de bâton de chaise
Origine : France
Date : XVIIe siècle
Signification : mener une vie de débauche
Il faut remonter à l’époque de l’ancêtre des taxis, les chaises à porteurs ; ces grandes chaises avec un toit qui comporte deux grands bâtons latéraux servant à soulever la chaise et transporter une personne.
Les porteurs étaient toujours en déplacement et pouvaient attendre longtemps le retour du propriétaire de la chaise qui s’en allait dans les tavernes et les bordels. Ils gardaient donc leurs bâtons avec eux en toutes circonstances de peur de se les faire voler.
Vivre chichement
Origine : France
Date :XIIe siècle
Signification : vivre modestement
Cette expression veut dire « vivre de manière chiche ». À cette époque, le chiche désignait une personne avare qui ne voulait pas dépenser son argent. C’est de cette signification qu’est né l’adverbe « chichement » qui s’applique à quelqu’un qui, volontairement, même s’il dispose de moyens largement suffisants, dépense très peu pour vivre.
Sur le qui-vive
Origine : France
Date : XVe siècle
Signification : rester sur ses gardes, être vigilant
À l’origine, cette expression était sous sa forme latine « Qui vivat ? » et était utilisée pour demander à une autre personne de quel parti elle était (on parlait là d’un groupe organisé pour la défense d’intérêts et d’objectifs communs).
Plus tard, le soldat qui entendait un bruit à proximité de son lieu de garde posait la question « Qui vive ? » qui signifie simplement « Qui est vivant ici ? » ; cela sous-entendait donc à la personne qu’on voyait, ou non, de décliner son identité. Son objectif était de parer à tout danger qui pouvait survenir.
Œuf de Colomb
Origine : France
Date : XVe siècle
Signification : une réalisation qui semble simple, mais qui demande de l’ingéniosité
Isabelle, la reine de Castille, a envoyé Christophe Colomb vers les Indes via la traversée de l’Atlantique, à l’opposé du sens habituel. Il part en croyant arriver au Japon, mais il touche l’ile de San Salvador, aux Caraïbes.
À son retour, il est considéré comme un héros, mais beaucoup de personnes prétendent qu’il n’a eu aucun mérite pour cette découverte puisqu’il suffisait de naviguer dans la direction que lui avait suggérée la reine.
Et, lors d’un repas chez la reine où il était invité, Christophe Colomb a été raillé par quelques convives. Il prit donc un œuf et demanda aux moqueurs de le faire tenir debout sur sa pointe, sans l’appuyer contre quelque chose.
Bien entendu, personne n’y arriva, l’œuf roulait sur le côté. Christophe Colomb ramassa alors l’objet, en écrasa légèrement la pointe sur la table et réussit ainsi à le faire tenir dans la position voulue. Lorsqu’on rit de lui en disant que la solution était très simple, il dit à l’auditoire qu’une tâche peut paraitre aisée une fois que l’on sait comment la réaliser, mais encore faut-il avoir l’idée et la stratégie nécessaire pour l’accomplir.
Qui vole un œuf vole un bœuf
Origine : France
Date : XVIIe siècle
Signification : les petits délits sont les mêmes que les grands
Il s’agit, au départ, de punir de la même façon celui qui vole. Dans la justice, la liberté d’un individu se mesurait au fait qu’il soit propriétaire de biens et le fait de le voler équivalait à le dépouiller de sa liberté. Les magistrats s’attachaient donc aux faits plutôt qu’aux conséquences et ignoraient la valeur vénale du vol estimant ainsi que celui qui volait commettait l’acte de vol au détriment de la valeur de l’objet dérobé.
Chercher un poil sur des œufs
Origine : France
Date : XVIIe siècle
Signification : chercher la petite bête (un problème) sans y parvenir
L’ancienne locution connue était « chercher pouilles à quelqu’un » indiquant que les poux qu’on lui cherche n’existent pas. Il a donné des dérivés comme le nom « pouilleux » ou bien le verbe « pouiller » qui voulait dire « enlever les poux » (notre « épouiller » d’aujourd’hui). Au sens figuré, cela voulait également dire « injurier » tant il est vrai qu’à l’époque, accuser quelqu’un d’avoir des poux n’était pas considéré comme un compliment.
La langue française est étonnante, n’est-ce pas ? Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.