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le Jeudi 9 février 2023 14:55 | mis à jour le 20 mars 2025 10:41 Divers

Expressions francophones – partie 7

Expressions francophones – partie 7
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La langue de l’amour

Quand, Athaulf, roi des Wisigoths, pille Rome avec son armée, il ne résiste pas au regard noir et aux cheveux de jais de Placidia. Il la prend en otage et décide de l’épouser. Il prend le soin d’organiser deux cérémonies : la première en Italie selon les rites germaniques et la seconde en France selon les traditions romaines. Ce mariage entre une Romaine et un barbare frappe les esprits.

Athaulf est finalement tué et Wallia, son successeur, est interpelé par le général romain Constance qui est, lui aussi, tombé sous le charme de Placidia. Ce dernier propose un échange : si Wallia lui livre la jeune femme, les Wisigoths pourront s’installer en Aquitaine et recevront le statut de peuple fédéré, allié des Romains.

Constance, ensuite proclamé empereur romain d’Occident, épouse donc Placidia, qui lui donnera un fils, Valentinien. À la mort de son mari, Placidia prétendra régner au nom de Valentinien, alors âgé de 3 ans, et gouvernera en sous-main l’Empire romain d’Occident pendant plus d’un quart de siècle.

La chute de l’Empire

La puissance romaine s’étiole peu à peu. Rome ne peut plus entretenir ses armées et les empereurs romains d’Occident successifs doivent seulement se contenter de freiner l’avancée des hordes d’envahisseurs venus de Germanie. Les Alamans, les Burgondes, les Francs et les Wisigoths se partagent la Gaule en ravageant tout sur leur passage. En 476, le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, se voit contraint d’abdiquer, vaincu par le germain Odoacre. L’Empire romain n’existe plus.

Le latin continue d’être parlé, mais il se divise à présent en plusieurs dialectes dont les différences sont parfois encore notables de nos jours.

Et cette langue de l’Église, qui se voulait unificatrice, dogmatique et officielle, subit des influences, supporte des déviances et endure des déformations, car la religion doit être surtout codifiée dans un style accessible à tous, afin d’être aisément enseignée aux fidèles. L’Église recommande donc à ses initiés de ne pas trop se préoccuper de la forme latine classique, mais plutôt d’utiliser un style rudimentaire.

Semo humilis, une parole simple.

« Mieux vaut nous faire réprimander par les grammairiens que de ne pas être compris par le peuple », proclame Saint-Augustin.

 

Un premier Roi de France

En 481, Clovis, âgé seulement de seize ans, devient roi des Francs. Il parle couramment le latin dont il veut faire la langue de l’élite, le parler de la noblesse, l’expression du progrès. Germain d’origine, il admire l’organisation des Romains et décide d’en reprendre tous ces modèles, dont l’administration fiscale. Les fonctionnaires doivent alors se mettre au latin pour pouvoir consulter les registres et assurer leur bonne tenue.

Sachant pourtant son armée et son peuple en nombre inférieur contre des millions de barbares venus d’ailleurs, il décide alors de se convertir au catholicisme. Il devient chrétien pour unir les Gallo-Romains et les Francs dans une même culture, une même foi et une même langue. Sa légitimité est renforcée.

 

L’accent des Francs

L’accent des Francs ne nous a jamais vraiment quittés. Cela se mesure par l’introduction de deux éléments inconnus dans la langue romaine : le h aspiré et le e muet.

La lettre h, aujourd’hui inaudible, était une véritable consonne dont le son était marqué comme dans hair (cheveu) en anglais ou hund (chien) en allemand.

Pourquoi faisons-nous certaines fois la liaison et d’autres fois pas ?

Nous prononçons les z’hommes ou les z’honneurs alors que nous disons bien les hanches, les hêtres ou les haches ?

C’est parce que les mots avec un h aspiré où nous ne faisons pas la liaison ont été introduits par les Francs, comme le hameau, le heaume, la honte ou la housse tandis que ceux avec lesquels nous faisons la liaison phonétique au pluriel sont des termes antérieurs à l’arrivée des Francs, au temps où les Gallo-Romains ne se posaient même pas la question.

Quant au e muet, il permet de transformer les mots tels que la corona en couronne et la tabula en table pour faire exister l’accent tonique et parler à la manière franque où il était très marqué.

On tapait très fort sur une syllabe, ce qui entrainait l’affaiblissement du son qui suivait. Corona se disait de la manière franque COUrona, en insistant sur la première partie du mot, la suite était donc moins audible, affaiblie au point qu’avec le temps on ne percevait plus la dernière lettre. Et TABoula a donné à son tour notre mot français, où ce qui suit le b a toujours du mal à se faire entendre.

 

Poser un lapin

Origine : France

Date : XIXe siècle

Signification : ne pas honorer une rencontre et faire attendre quelqu’un

Cette expression a d’abord signifié « ne pas rétribuer les faveurs d’une femme dite, de petite vertu » et elle vient de la combinaison des deux termes argotiques, poser et lapin.

En 1883, on trouvait « faire poser » dans le dictionnaire dans le sens de « faire attendre » et on employait « lapin » par allusion au lapin posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui parait facile à gagner et qu’on ne gagne jamais. Ce lapin désignait une somme d’argent.

Autrement dit, le « poseur de lapin » était celui qui faisait attendre son paiement ad vitam aeternam à la femme dont il avait profité.

Par extension, c’est devenu synonyme de « ne pas tenir un engagement ou une promesse ».

Trouver chaussure à son pied

Origine : France

Date : XVIIe siècle

Signification : trouver ce dont on a besoin (un objet ou une personne)

Cette expression est apparue avec un sens bien différent puisqu’elle voulait dire « trouver quelqu’un qui résiste ».

Son sens actuel est une métaphore basée sur quelque chose de parfaitement compréhensible : une chaussure de taille inadaptée peut très vite devenir extrêmement désagréable et douloureuse ; pour se chausser, mieux vaut donc trouver des souliers à la fois à la bonne taille et, ayant une forme adaptée à son pied.

De là la généralisation au fait de trouver quelque chose dont on a besoin (et donc qui nous convient).

Fleur bleue

Origine : France

Date : XIXe siècle

Signification : sentimental, peut-être un peu naïf

Cette expression contient un adjectif composé qui est extrait d’une locution parfois encore employée « cultiver la petite fleur bleue ».

Dans le langage des fleurs, le bleu pâle exprime une tendresse inavouée, discrète et idéale.

Il faut remonter à 1811 et à l’œuvre du baron allemand Georg Philipp Friedrich von Hardenberg, plus connu sous le nom de Novalis, pour trouver l’origine de cette expression.

Dans son roman inachevé Henri d’Ofterdingen, il y évoque, à sa manière, la légende d’un troubadour médiéval qui, parti à la recherche d’un idéal, découvre la fleur bleue, symbole de la poésie.

Les Allemands parlent d’ailleurs de « die blaue Blume der Romantik » autrement dit « la fleur bleue du romantisme ».

En traversant le Rhin, la fleur bleue a un peu changé de sens, puisque de la poésie, elle a été associée à une sentimentalité mêlée de naïveté.

Lune de miel

Origine : Mésopotamie (Irak)

Date : XVIIIe siècle

Signification : voyage de noces

L’expression est une traduction littérale de l’anglais honeymoon et est issue d’une tradition d’origine païenne. Autrefois, à Babylone, il était de coutume que le père de la mariée offre à son gendre, pendant tout le mois qui suit le mariage, autant de mead qu’il pouvait en absorber ; la mead étant une bière à base de miel.

Et, comme le calendrier était basé sur le cycle lunaire, le mois du miel est ainsi devenu la lune de miel.

La langue française est étonnante, n’est-ce pas ?
Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.