Amélie Legeay
La désillusion de la pax romana
Au IIIe siècle, la paix romaine est remise en cause au sein de l’empire. On y parle diverses langues, mais cette ouverture sur l’autre cache une grave crise. Une incessante guerre civile fait rage. Dix empereurs se sont succédé et ont été assassinés, tantôt par le peuple, tantôt par les soldats de l’armée.
Le chaos politique qui règne s’accompagne d’une instabilité économique. La paix a finalement eu une conséquence négative majeure, elle s’accompagne d’un manque de prisonniers qui, à cette époque, étaient utilisés comme des esclaves pour le travail dans les fermes…
Les récoltes sont incendiées et les populations sont affamées. Les assiettes de taxation augmentent, laissant certaines provinces écrasées par les charges.
La pax romana est alors remise en cause par de multiples insurrections et bientôt, c’est toute une partie du peuple qui se liguera pour former une armée sous l’étendard de la révolte.
Ces cohortes deviendront folles et ravageront complètement la Gaule. La mortalité est en hausse et la natalité, en baisse.
L’état d’urgence
L’empire décide de renforcer la présence militaire et d’imposer à nouveau le latin pour mieux communiquer et négocier. Les Romains veulent « simplement » qu’on les laisse faire des affaires et du profit et promettent d’offrir la paix au peuple gaulois en échange.
Rome recrute près de 300 000 soldats, dans toutes les provinces de l’Empire romain, de la Bretagne, à l’ouest, jusqu’aux côtes de la Syrie, à l’est, et développe alors un système de défense aux frontières pour protéger la paix et garantir l’ordre romain.
Même les plus sceptiques sont convaincus par la solde généreuse ainsi que les privilèges et les honneurs qui leur sont accordés après 20 ans d’engagement : un lopin de terre, une réduction fiscale et… la citoyenneté romaine !
Et, puisque le latin est la langue universelle du commandement, les Gaulois, par la force des choses, parleront finalement la langue couramment.
Un latin métamorphosé
La forme que revêtait ce parler devenu presque international se remaniait bon train. Un décalage de plus en plus grand est apparu entre le latin écrit et le latin parlé. Il y avait le sermo cotidianus, le discours classique, défendu par les gens éduqués, et le sermo plebeius, le discours populaire, utilisé seulement pour se faire comprendre. Ce dernier était créé par les emprunts aux barbares et était animé par une grammaire un peu tordue et une conjugaison presque inexistante.
C’est de ce latin-là qu’héritera notre langue française. Par exemple, edere, qui signifiait « manger », disparaitra au profit de manducare, terme que l’on pourrait traduire par « jouer des mandibules » : un verbe bien moins distingué, mais tellement plus imagé !
D’où vient le nom de la France ?
Tandis que certains barbares, les Alamans, traçaient tranquillement leur chemin en Gaule, d’autres, germains, les Franken, traversaient le Rhin pour piller le pays. Ceux que l’on nommait également les indomptables avaient la ferme intention de modifier et d’influencer la Gaule. C’est ainsi qu’ils ont été baptisés les Francs, qui ne désigneront plus uniquement un peuple barbare venu s’imposer. Le mot deviendra francus qui revêtira bizarrement le sens de « libre » puis s’étendra à la notion de justice. La Gaule deviendra ensuite la Francia, terme latin adopté au IXe siècle par les petits-fils de Charlemagne qui se partageront l’héritage de l’Empire d’Occident.
Et de ce mot découlera un vocabulaire : franchement, franchise, franchir, franco…
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Au marc le franc Origine : France Date : XIIe siècle Signification : proportionnellement, au prorata Autrefois, le marc était un poids de huit onces, soit 244,75 grammes, qui servait principalement à peser l’or et l’argent. Mais le marc n’était pas le seul poids employé, on utilisait également la livre (qui pesait deux marcs). C’est précisément de ces deux mesures-là qu’est née l’expression « Au marc ou à la livre » qui s’est ensuite transformée en « Au marc la livre » qui s’utilisait au XVIIe siècle – par confusion entre la livre (poids) et la livre (monnaie) – pour désigner ce que des créanciers pouvaient espérer récupérer de leur débiteur, au prorata de leur créance. Le sens a perduré et la livre a été remplacée au début du XIXe siècle par la nouvelle monnaie utilisée en France, le franc. |
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Franchir le rubicon Origine : France Date : Ier siècle avant Jésus-Christ Signification : faire un pas décisif et irréversible En l’an 49 avant J.-C., Jules César, après avoir battu les Gaulois, rentre à Rome, dirigée par Pompée, afin d’y trouver un repos bien mérité. Las, Pompée avait ordonné que tout général d’armée devait impérativement se séparer de ses troupes avant de rentrer dans Rome. Mais n’ayant pas envie d’obéir à un ordre qu’il considérait comme idiot, ses vaillants soldats ayant également le droit de jouir des plaisirs de la capitale, il prononça le célèbre Alea Jacta Est et le sort en fut jeté, il fit franchir le passage à ses troupes avec lesquelles il marchera sur Rome tandis que Pompée s’enfuira. Jules César prit là une décision irréversible qui risquait de déclencher une guerre civile, mais il l’assumait parfaitement et il n’eut pas à la regretter puisqu’il prit ensuite les rênes du pouvoir. |
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Faire le coup du père François Origine : France Date : XIXe siècle Signification : trahir À l’origine, le véritable coup du père François s’exerçait à deux et avait pour but de dépouiller une personne qui avait l’imprudence de se promener dans les rues durant la nuit. Il se pratiquait de la manière suivante : le premier des agresseurs engageait banalement la conversation avec le promeneur ; le complice, muni d’une courroie formant un nœud coulant, s’approchait puis étranglait par derrière la victime tout en lui maintenant le dos sur son propre dos, comme un sac de pommes de terre, de manière à ce que ses pieds ne touchent pas le sol et qu’elle n’ait pour seule préoccupation, si elle était encore consciente, que de tenter de se débarrasser de ce qui l’étranglait, sans chercher à se défendre du premier agresseur qui profitait lâchement de la situation pour fouiller et vider ses poches. Une fois le forfait accompli, les deux malfaiteurs récupéraient la courroie et disparaissaient. C’est de cette forme d’agression que, par extension, l’expression a été utilisée pour ceux qui utilisent des manœuvres déloyales. |
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De France et de Navarre Origine : France Date : XVIe siècle Signification : partout Les frontières de la France ont subi de nombreuses modifications au cours des siècles. Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, c’est le roi Henri III, de la lignée des Bourbons, qui dirige ce royaume alors qu’en France, c’est également un Henri III, mais de la dynastie des Valois-Orléans, qui a en main la destinée du pays. À la mort de celui-là, qui laisse la couronne sans héritiers, c’est à Henri de Navarre qu’elle revient. Pourquoi ? Sa grand-mère était la sœur de François Ier et sa mère était l’épouse d’Antoine de Bourbon. C’est comme ça que les Bourbons accédèrent au trône et commencèrent leur dynastie. Henri de Navarre devient alors Henri IV, roi de France et de Navarre. Ce territoire a été annexé à la France juste après la révolution, en 1790. Autrement dit, depuis Henri IV, chaque roi de France était roi de France et de Navarre. |
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Avoir les coudées franches Origine : France Date : XVIe siècle Signification : avoir une entière liberté d’action En 1606, le dictionnaire Thrésor de la Langue françoise (trésor de la langue française) donnait la définition suivante d’une coudée : « C’est depuis le ply du bras jusques au bout du doigt du milieu de la main ». Son sens d’origine était « avoir la liberté du mouvement des bras, pouvoir les étendre à droite et à gauche ». Par extension, elle s’est appliquée à toute action que rien ne peut venir contrarier. |
La langue française est étonnante, n’est-ce pas ? Retrouvez-moi la semaine prochaine pour découvrir de nouvelles expressions.