La soirée dansante au Casino Dommayer, le 15 octobre 1844, devient le premier concert présenté par Johann Strauss II et son orchestre. L’évènement se précédé de la présentation de sa composition chorale religieuse pour quatre voix : Tu qui regis totum orbem. Présentée à l’église de Am Hof le 4 aout 1844, cette œuvre de quatre minutes cristallise sa connaissance des méthodes d’écriture musicale, de composition polyphonique, et de contrepoint, acquises auprès de son maitre musical Joseph Drechsler.
Cette œuvre, ainsi que trois de ses premières valses : Gunstwerber (Faveurs), Sinnegedichte (Épigrammes), et Seraitänze (Danses du harem), valses présentées à son concert au Casino Dommayer, sont des œuvres majeures dans leurs genres. Johann Strauss II n’a alors que 19 ans et se démarque déjà comme compositeur et directeur d’orchestre. Il cristallise également la philosophie d’action du romantisme, qui consiste à « musicaliser » les émotions dans leurs variations d’intensité. Ses compositions vont se voir associer des peintres sur scène. Ceux-ci dynamisent les mouvements des danseurs dans des phrases musicales de quatre mesures avec un tempo de 150 à 180 battements par minute, qui, en dansant dans le sens des aiguilles d’une montre, progressent, tournoyant sur la piste de danse. Sans doute, le jeune Strauss fait preuve d’une complexité compositionnelle qui rappelle celles de son père.
En 1845, Johann Strauss II est nommé Maitre de chapelle du 2e régiment de la ville de Vienne, poste qui était vacant depuis la morte de Josef Lanner. Son orchestre prend alors de l’ampleur et se place au somment, en contraste avec l’orchestre de son père qui, en 1846, devient directeur des bals du château de Schönbrunn. La relation entre les orchestres du père et du fils n’est cependant pas en conflit, chacun possède sa propre niche, mais leurs idéologies politiques s’opposent à la suite de la Révolution française de février 1848, et des mouvements de révolte contre la monarchie autrichienne émergent chez les étudiants à Vienne. Alors que Johann Strauss père prend parti du côté monarchique, son fils se range du côté des révolutionnaires.